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{"1d248a52-9fe9-521f-9654-0315d2af0583":{"title":"Honaïne","description":""},"2df15d5c-ab21-568e-ab3f-9e5c544082a2":{"title":"L'Art Mamelouk. Splendeur et Magie des Sultans","description":"Le Caire, Fuwa et Alexandrie sont les principales étapes de cet itinéraire qui invite le visiteur à remonter aux sources de l’art Mamlouk. Développé en Égypte et au Levant (actuelle Syrie) entre le XIIIe et le XVIe siècle, cet art s’est épanoui sous le règne des sultans Ottomans au Caire. Il se caractérise par une riche production d’objets décoratifs, alliant avec finesse émaux délicats, pierres précieuses et métaux divers. Quant à l’architecture, de facture monumentale elle rythme le tissu urbain, donnant aux villes un nombre d’édifices remarquables : complexes défensifs, résidentiels, sociaux ou religieux, rythmant au gré du calendrier la vie de la cour et des citoyens. En parcourant l’ensemble des huit sous-itinéraires égyptiens, le visiteur sera plongé dans l’atmosphère mamelouke et pourra être témoin, notamment au Caire, de moments aussi emblématiques que les processions du Sultan (cf. Itinéraire II).","extra":{"introd_type":"other-intro#3"}},"30365ac4-3b12-5055-98a6-01207e53126a":{"title":"Achir","description":""},"30e55473-f8d1-542a-a3b6-ef4aea1890e7":{"title":"Annaba","description":""},"3bd697d1-1027-5e5d-9907-d117f0bf38fb":{"title":"Par les Terres de la Maure Enchantée. L'art islamique au Portugal","description":"On ne peut dissocier l’avènement de la civilisation islamique du contexte géographique et culturel ni des traditions urbaines méditerranéennes qui ont vu, à l’époque, de graves schismes secouer les systèmes religieux, notamment le christianisme. Il est de plus en plus admis que la nouvelle mystique religieuse s’est plus propagée dans les milieux citadins et marchands, qu’elle ne fut imposée par les escadrons militaires des guerriers. Adopter ce point de vue permet de mieux comprendre l’évolution de l’islam ibérique pour expliquer l’avancée rapide et efficace d’un prosélytisme religieux qui s’étendit, en quelques années seulement, à presque toute la péninsule Ibérique. Les recherches archéologiques et l’historiographie récente tendent désormais à minimiser les faits militaires pour mettre de l’avant un phénomène de contamination et de synthèse culturelle apportés par des marins, des marchands et des muletiers qui profitèrent du développement de grands axes maritimes et de l’essor des centres urbains. \nC’est ainsi qu’en parcourant les Terres de la Maure Enchantée, le visiteur est invité à découvrir en dix circuits les singularités d’un art islamique qui, au Portugal, s’est développé en marge des grands centres de la civilisation andalouse. Depuis Coïmbra jusqu'aux confins de l'Algarve, les populations de l'ancien Gharb al-Andalus ont intégré leurs héritages riches et variés pour refléter dans leurs réalisations l'expression d'une symbiose délicate qui caractérise l'architecture populaire locale. \nSi aujourd’hui les produits manufacturés restent rares dans les collections muséales, l’art islamique se décline, entre autres, dans le patrimoine architectural. 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Le mausolée de Sidi Okba érigé en 63/683, quelques années après sa mort, sur les lieux mêmes où il fut combattu, témoigne de l’adhésion des populations locales à la nouvelle religion, même si, aux dires d’Ibn Khaldoun, les Berbères étaient aussi prompts à la conversion qu’à l’apostasie – “douze fois en soixante-dix ans”, avance-t-il. \n \nDurant la période de transition entre les califats omeyyade et abbasside, le Maghreb est encore gouverné par les héritiers des premiers conquérants arabes sous diverses dénominations : Fihrissites (tribu d’origine de Sidi Okba), *wullat* (pluriel de *wilaya*, province), comme attesté par l’étalon de poids en verre conservé au Musée national des antiquités et des arts islamiques et découvert dans la ville de Mila. Il porte une inscription en caractères coufiques qui déclare : “Au nom de Dieu. Parmi ce qu’a ordonné / le gouverneur Abd al-Rahman ben Habib / à Masal ben Hammad, préfet de Mila / vingt *ukiya*, en l’an / cent vingt-sept”. Le Maghreb appartient toujours au bloc politico-religieux du monde musulman. \n \nCependant, les nouveaux conquérants arabes appliquent une lourde fiscalité et affichent un mépris pesant à l’égard des nouveaux convertis. La réaction, alimentée par un particularisme exacerbé, se traduit alors par une entrée en dissidence avec l’adoption de la doctrine kharidjite. Celle-ci est un schisme à caractère révolutionnaire né en Orient, après que les partisans du calife Ali lui eurent manifesté leur désapprobation en “sortant” de ses rangs. Au Maghreb, elle fournit à la résistance berbère un fondement idéologique religieux contre le despotisme et l’arbitraire des Arabes. Différents noyaux de dissidence se créent alors. En 140/758, ces Kharidjites parviennent à s’emparer de la capitale, Kairouan, mais en 143/761, son gouverneur, Abd al-Rahman ibn Rostom, en est chassé. Il réussit à prendre la fuite et créera bientôt le premier état kharidjite de tendance ibadite. \n \nAu même moment, Abou Qorra fonde lui aussi un royaume kharidjite aux environs de la ville de Tlemcen. En 771, ces deux royaumes coalisés tiennent le Maghreb central et l’Ifriqiya. \n \nTahert, près de l’actuelle ville de Tiaret, sera la première capitale ibadite et restera le symbole de l’opposition au pouvoir central de Kairouan tout au long des cent trente-deux ans de son existence en tant que capitale du royaume rostémide. De cette cité jadis florissante, il ne reste que quelques vestiges à proximité de Tiaret. Elle est détruite en 298/911 par la nouvelle force montante qui apparaît alors au Maghreb central, la dynastie fatimide, qui, de sa base établie à Ikjan en Petite Kabylie, fera tomber successivement toutes les cités kharidjites. \n \nAprès la chute de leur capitale, les Kharidjites sont contraints au “regroupement défensif” et à l’exil. Ils se réfugient alors au Sahara, à Sédrata (Isedraten), leur deuxième capitale, près de la ville de Ouargla. Malgré les terribles fièvres et l’aridité absolue du désert environnant, les fugitifs décident d’y construire leur ville car, à soixante mètres de profondeur, ils trouvèrent une nappe artésienne immense. Dès lors, la ville ne cessa de se développer et connut, comme Tahert dont elle était l’héritière, un rayonnement intellectuel intense. Elle sera à son tour détruite par les Hammadides en 469/1077 et abandonnée, ne tardant pas dès lors à être enfouie sous les sables. \n \nAprès la destruction de leur ville, les Ibadites s’enfonceront, plus à l’ouest, dans la vallée du M’zab, où ils avaient fondé, à partir de 433/1042, les cinq villes où leurs descendants vivent encore aujourd’hui, ne manquant pas, chaque année au printemps, de se rendre en pèlerinage et de prier longuement avec leurs coreligionnaires sur les vestiges de ce qui fut leurs capitales primitives de Tahert et de Sédrata. \n \nAujourd’hui, installés dans le cadre naturel hostile de la vallée du M’zab dompté par leur génie créatif, ils ont pu maîtriser les précieuses ressources hydrauliques, inventer des formes d’urbanisation et d’architecture originales et allier la prospérité économique à la ferveur religieuse de l’ibadisme. Ghardaïa, la capitale mozabite, est une leçon d’architecture pour nombre de prestigieux architectes : “Un mode de construction \nqui dicte la forme et en donne l’esthétique” (Hassan Fathy) ; “Le M’zab est prestigieux sans intention de prestige” (André Ravereau). Depuis sa création, la ville n’a cessé d’assurer cet axe essentiel du commerce transsaharien de Kairouan à Gao et d’Alger aux abords du Nil et aux villes saintes de La Mecque et de Médine.","extra":{"introd_type":"ET-long#2","et_introduction":"IAM;dz;I;en;1"}},"47626984-b0e6-5a43-a47f-b45bd0d69084":{"title":"Rabat","description":""},"4c826830-28fc-5f55-a48a-4b1db5a7171b":{"title":"Tamentit","description":""},"4d1283f1-3039-5147-9e77-748c596e2f3f":{"title":"Setif","description":""},"4e4922f8-6cb3-5fd8-bd0e-d9ec2ff93219":{"title":"Les Omeyyades. Naissance de l'Art Islamique","description":"La dynastie des Omeyyades a gouverné le monde musulman du VIIe au début du XIe siècle. En Jordanie, sa présence a favorisé l’émergence de l’art islamique naissant, en une subtile transition entre vestiges des civilisations successives précédentes et avènement d’une nouvelle tradition artistique. Celle-ci garde, aujourd’hui encore, certains de ses mystères tels les châteaux omeyyades du désert. Quelle fut la fonction exacte de ces surprenantes constructions ? Quelle est la signification de leurs décorations aux intrigantes représentations anthropomorphiques ? Que ce soit dans l’influence hellénistique du tracé des fresques de Qousayr Amra ou dans celui du plan orthogonal de la ville d’Aqaba, les Omeyyades ont tiré parti des influences classiques et orientales. Avec une grande liberté, ils ont su réinventer, en un ingénieux syncrétisme, les formes d’une nouvelle expression artistique, trait d’union entre Asie et Méditerranée.","extra":{"introd_type":"other-intro#3"}},"4e77196e-e40e-5eda-84dc-8e76171356bb":{"title":"Alger","description":""},"50476e17-6d49-5df1-94bd-d5845b628a69":{"title":"Tleta","description":""},"5832c384-a296-5aad-bd78-97b1516eb533":{"title":"L'Art Mudéjar. L'esthétique islamique dans l'art chrétien","description":"Une des facettes les plus remarquables de l’art Mudéjar est qu’il soit si caractéristique à un espace géographique précis : la péninsule ibérique et tout particulièrement l’Espagne. Il est né de la volonté éclairée des souverains catholiques d’employer les techniques et le savoir-faire des artisans musulmans réchappés des vagues d’exode post-Reconquista, et dont les réalisations architecturales avaient fasciné la monarchie et la noblesse chrétienne. \nDans sa forme et sa structure, l’art Mudéjar est intrinsèquement lié aux valeurs de la culture chrétienne dont le message est porté par les motifs et ornements hérités de la culture islamique. Peu de lieux auront vu éclore avec autant d’harmonie un art issu de la rencontre entre Orient et Occident, au fil des influences romanes, gothiques ou renaissance. Préconisant, dès le XVIe siècle, l’avènement du baroque, l’art Mudéjar a su s’affranchir au fil des époques des riches traditions chrétiennes ou islamique pour adopter un caractère unique dans l’histoire de l’art.","extra":{"introd_type":"other-intro#3"}},"7419b646-9287-5686-94ae-78b0f25f1330":{"title":"Le Fahs d'Alger","description":""},"75d41794-03f0-5db8-9ea7-c68f08e138a7":{"title":"L'Art Arabo-Normand. La Culture Islamique dans la Sicile Médiévale","description":"La plus grande île de la Méditerranée a été un véritable creuset artistique, riche des grandes civilisations qui s’y sont croisées, affrontées et qui y ont cohabité au grés des dominations successives. La culture islamique dans la Sicile médiévale -remontant aux Xe et XIe siècles-, a su être réinterprétée par les Normands, du XIe au XIIIe siècle pour culminer sous Roger II. D’une grande tolérance, souverain rassembleur, son règne prolifique vit éclore une culture dont les ramifications puisaient tant dans le patrimoine byzantin qu’islamique, assumant un rôle de trait d’union entre l’Europe et le monde islamique. C’est ainsi que le style arabo-normand, à travers la finesse de son art décoratif et ses joyaux d’architecture alliait et réinterprétait de façon harmonieuse les traditions arabes et byzantines. \nLes beautés naturelles de la Sicile servent de toile de fond aux châteaux, jardins, églises et anciennes mosquées qui animent les dix circuits illustrant l’Art arabo-normand.","extra":{"introd_type":"other-intro#3"}},"763f5b82-70cf-58e1-8eeb-3b674169b8e8":{"title":"Aïn Al-Kabira","description":""},"7e6a3555-d948-57b8-8581-259b39fcf727":{"title":"M'sila","description":""},"80c4a6b8-15f2-53aa-83df-bef4da2876a9":{"title":"Tafessera","description":""},"80c97588-3473-5f34-af5f-90dbac53709e":{"title":"Sédrata","description":""},"8192ebfd-2898-5761-90e0-0869085cebaa":{"title":"Mansourah","description":""},"89cf8234-4f0c-507a-b94f-c01159eda8a0":{"title":"Timimoun","description":""},"8c050798-6235-5949-bdda-f7a2c2ce8e75":{"title":"Ouargla","description":""},"a4f326fd-72be-5c67-8afb-f645b3a38545":{"title":"El-Khemis","description":""},"b61e581c-6f65-51e6-87a2-07473182756d":{"title":"Bejaïa","description":""},"b8e173fa-3a23-581d-8c95-c98dcaa436c1":{"title":"El-Eubad","description":""},"b9f9c1e6-e988-5d4d-8fdc-d50701602035":{"title":"Biskra","description":""},"ba7d8d55-c367-5fe2-bfab-fdb3c1139f2d":{"title":"L’ère ayyoubide. Art et architecture dans la Syrie médiévale","description":"L’itinéraire syrien se développe tant en milieu urbain (Damas, Alep, Bosra…) qu’à travers les plaines désertiques, autour de huit sous-itinéraires qui couvrent les particularités des mouvements d’art atabeg puis ayyoubide. Développés au Proche-Orient entre le XIe et XIIIe siècle, ces mouvements artistiques ont connu l’influence de l’art chrétien au temps médiéval. \nSi le centre du pouvoir Ayyoubide se trouve au Caire, la Syrie connait un mécénat plus développé, à l’origine de remarquables réalisations architecturales, notamment de nombreux mausolées et madrasas. Un des plus beaux spécimen d’architecture militaire est sans conteste la citadelle d'Alep dont la construction en pierre témoigne du climat d’insécurité qui régnait à l’époque. La madrasa Firdaws, exemple d’architecture religieuse, abrite un chef-d’œuvre de l’art islamique : son mihrab, fruit d’une technique typiquement syrienne : l’ablaq, dont les bandes de marbres colorés forment des motifs géométriques caractéristiques.","extra":{"introd_type":"other-intro#3"}},"c03adb9d-b0e0-559a-be6e-ebcfe7944006":{"title":"Les Ksours","description":""},"c084dd48-b2eb-5c52-bae9-e706786e0884":{"title":"Tlemcen","description":""},"c1a540ef-96d4-549b-aa51-a54c071643f6":{"title":"Genèse de l'Art Ottoman. L'Héritage des Émirs","description":"Aux XIVe et XVe siècles, le contrôle turc sur les côtes de la mer Égée et de la mer de Marmara voit l’avènement des dynasties Mentecheïde, Aydinide, Saruhanides et marque les débuts de l’empire Ottoman. Très rapidement, celui-ci profite de la faiblesse des émirats voisins pour les annexer et étendre son emprise sur Byzance. En moins d’un siècle, l’empire naissant va contrôler une grande partie de la Méditerranée, la péninsule des Balkans, jusqu’à arriver aux portes de Vienne. \nL’avènement de cet empire est raconté en huit circuits échelonnés du sud au nord de l'Anatolie occidentale et de la Thrace. Ce parcours invite à la découverte d’œuvres d'art et de monuments qui reflètent le mieux l’expression artistique turque pendant la première période ottomane, avec des étapes comme Manisa ou Birgi, le long des côtes Égéennes. Car, parallèlement à une volonté politique d’apposer l'empreinte des nouveaux pouvoirs dans tous les territoires anatoliens, la richesse et la prodigalité des innovations influenceront grandement le monde des arts et de l’architecture. 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Puisant dans les traditions successives, des Abbassides, jusqu’aux Ottomans l’art islamique a marqué l’urbanisme, modelé les paysages et marqué le quotidien, puisant aux sources des motifs traditionnels arabes, romains ou berbères. \nFermement ancrée sur le continent africain, l’ancienne Ifriqiya a su tirer profit de sa position méditerranéenne pour offrir au gré de onze circuits un héritage fortement empreint de syncrétisme, permettant au visiteur de parcourir treize siècles d’art et d’architecture.","extra":{"introd_type":"other-intro#3"}},"d1d218dc-ec8f-509d-a884-ab514bdbd6f5":{"title":"Nédroma","description":""},"d279bee3-f6b6-5f26-ba6d-68f7ae36fe97":{"title":"Alger, l'enceinte fortifiée","description":""},"d43e148a-b4da-5321-8531-c985d4bf377a":{"title":"Pèlerinage, Sciences et Soufisme. L'art islamique en Cisjordanie et à Gaza","description":"L'art islamique a connu en Palestine un essor spectaculaire malgré la modeste superficie du pays. La tradition artistique locale y a prospéré dans une grande diversité, enrichie par les influences hellénistiques, romaines et byzantines. Au carrefour entre l'Égypte et la Syrie, entre le Croissant fertile et la péninsule Arabique la situation géographique centrale de la Palestine a contribué au développement d’un art profondément marqué par les influences architecturales et artistiques des périodes ayyoubide et mamelouke des grands centres voisins que sont Le Caire, Damas ou Alep. \nL’art islamique en Palestine se décline le long de neuf circuits, en quantité de bâtiments religieux, commerçants et civils : mosquées, madrasas, zawiyas, caravansarays, hammams, souks... C'est ainsi que la Palestine possède le monument islamique le plus ancien et le plus important qui ait survécu jusqu'à nos jours: le Dôme du Rocher à Jérusalem, contribuant à faire de la ville trois fois sainte une des plus belles du Moyen Âge, mais aussi une des plus riches sur le plan religieux, culturel, social et artistique.","extra":{"introd_type":"other-intro#3"}},"dafc39e4-ee1d-521d-bf45-b02a3bf27169":{"title":"Le Maroc Andalou. À la découverte d'un Art de Vivre","description":"En parcourant l’itinéraire marocain, le visiteur va à la découverte d'un art islamique qui s’échelonne sur plus de cinq siècles, aux confins de la frontière occidentale du Maghreb et d’Al-Andalus. Ici, des dynasties successives ont façonné un art et une architecture qui se révèlent le long de huit sous-itinéraires, dans la splendeur des minarets, mosquées et madrasas. L’apport de l'architecture cordouane voisine et des modèles décoratifs andalous témoigne des interpénétrations continues qui ont fait émerger des sites et monuments prestigieux à Meknès, Fès, Chefchaouen, Tétouan et tant d’autres. À Rabat-Salé, les auteurs proposent la découverte d’un haut-lieu de l’itinéraire marocain. 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D’abord dénommée Agadir par les anciens Berbères (*agadir* : forteresse ou falaise selon les étymologies), c’est l’une des plus anciennes villesì du Maghreb. Carrefour important en tant que dernière cité avant les grandes étendues du Sud et ville d’accès vers l’Ouest et le Maroc, Tlemcen a suscité la convoitise des Romains, puis des premières dynasties berbères. Ralliées à l’islam, ces dernières allaient prendre tour à tour la vieille cité mythique pour capitale. \n \nAu Ier/VIIe siècle, l’islam et Abou el- Mouhadjir pénètrent dans Agadir, et Abou Qorra, chef d’obédience kharidjite, donc schismatique, y établit une royauté éphémère. À la fin du IIe/VIIIe siècle, les Idrissides construisent la première mosquée du Maghreb central. \nMais ce sont surtout les Almoravides, grands nomades sahariens partis des confins du désert, qui laisseront leur empreinte sur la ville. \n \nEn 471/1079, Tagrart, le campement militaire établi pour assiéger Agadir, deviendra la ville nouvelle, par opposition à Agadir l’ancienne. En fusionnant, Tagrart à l’ouest et Agadir à l’est formeront Tlemcen, “sources d’eau” en berbère. Mais les Almoravides, austères Sahariens, n’étaient pas des constructeurs, et à part la Grande Mosquée qu’ils ont tôt fait de bâtir, ils n’ont pas tout de suite contribué à la grandeur de la ville. Mais ils n’allaient pas s’arrêter à Tlemcen. Poursuivant leur conquête en Espagne, ils seront eux-mêmes conquis par le raffinement andalou et la douceur des villes de Grenade, Cordoue et Séville, d’où ils rapporteront vers Tlemcen ce nouvel art de vivre. Les premières constructions en briques rougeâtres des Almoravides se transforment alors en mosquées et palais raffinés, entourés d’agréables jardins, inaugurant ce qu’on s’appellerait plus tard l’art hispano-mauresque. “Le paradis de l’éternité, ô Tlemcéniens, ne se trouve que dans votre patrie et s’il m’était donné de choisir, je n’en voudrais d’autre que Tlemcen”, écrit Ibn Khefadja de Cordoue. Se développant rapidement, Tlemcen subira ensuite l’assaut des montagnards originaires du Maroc actuel, les Almohades, en 539/1145, puis passera sous la domination successivement des Abdalwadides et des Zyanides au VIIe/XIIIe siècle. \n \nDevenue ville royale, à l’instar de sa voisine de toujours, Fès la marocaine, considérée comme la capitale du royaume mérinide, Tlemcen connaîtra alors un nouveau développement, attirant artistes, lettrés et architectes. Vingt-sept rois de la dynastie des Zyanides s’y succèderont (633/1236 à 962/1555), ayant tous le souci de rendre leur ville encore plus belle. “C’est la ville des beaux cavaliers, de l’air et de l’eau”, dit d’elle un fameux poème arabe de l’époque. \n \nDevenue hafside après l’assaut des rois de Tunis, Tlemcen passera au Xe/XVIe siècle sous la suzeraineté du gouverneur espagnol d’Oran, puis sous la domination d’Aroudj Barberousse de la Régence d’Alger et enfin des Turcs en 960/1553. “Grande et royale cité”, disait d’elle Léon l’Africain au XVIe siècle, émerveillé par la civilité et le raffinement de ses habitants. “Tlemcen a sept murailles, sept enceintes et ses habitants ne dorment jamais”, répètent de leur côté les vieux citadins pour rappeler que de tout temps, la ville a été convoitée et s’est habituée à la menace. Ce sont donc autant de superpositions culturelles qui font Tlemcen, et depuis les vieux remparts romains ou berbères jusqu’aux mosquées contemporaines de celles de Grenade, la ville déroule le fil de son histoire. \nSi l’on tombe indéniablement sous le charme de Tlemcen, on ne peut s’empêcher d’admirer l’environnement qui a présidé à la construction de la ville. La région des Beni Snous est parsemée de villages nichés dans les montagnes, ou encaissés dans des vallées qui bruissent du son des cascades, ou encore isolés au milieu du plateau désertique du Mefrouch. Du haut de Tlemcen, d’où le panorama est sublime, on peut admirer la plaine de Hennaya, coupée par l’oued Tafna, et apercevoir la mer par beau temps. Au nord-ouest, le massif des Traras pointe ses pics du Fillaoucène, du Tadjera et du Sfyane. À l’ouest, la route de Fès, au Maroc voisin, est visible par une trouée naturelle. \n \nDe toutes les régions qui entourent le pays tlemcénien, c’est certainement la vallée des Beni Snous qui possède le cachet le plus particulier et les ressources touristiques les plus prometteuses. Vallée mystérieuse sortie du fond des âges, elle est située à 40 km de Tlemcen, allongée d’est en ouest sur une superficie d’environ 40 km qui s’étend entre Maghnia et Sebdou, entre le massif du Ténouchfi et la haute Tafna. Dans un cadre féerique où l’on ne peut faire un pas sans entendre le tonnerre des eaux gronder aux pieds des montagnes déchiquetées, l’ensemble Beni Snous comporte plusieurs villages alignés dans la vallée fertile : Zahra, Tafessera, Mghanine, el-Khemis, el-Kef, Beni Bahdel, Beni Achir, Sid el-Arbi, Beni Zidas, Mazzer et Beni Hagel. Réservoir historique de populations, la vallée des Beni Snous a fourni de nombreux savants, le plus connu étant un grand théologien, Essnoussi, ainsi que plusieurs rois berbères de la dynastie des Zyanides. \n \nCes populations Zénata qui parlent encore, en grande partie, la langue berbère, comme à el-Kef et à Sid el-Larbi, sont d’excellents agriculteurs et font de bons artisans. Les femmes sont connues pour la préparation d’huiles essentielles aux mille vertus. \n \nAttestée dès la période romaine, l’occupation de la vallée est très ancienne. Avec leurs vieux *ksour* qui constituent les centres de leurs villages, les Beni Snous ont gardé des traditions authentiques, dont la plus connue est la fête de Ennayer, Nouvel An de rite agraire toujours célébré par la population, et qui fait d’elle la dépositaire d’une antique culture berbère très spécifique. Également appelée Ayrad (le lion), cette fête, qui marque l’ouverture de l’année le 12 janvier, est une vieille coutume mettant en scène des lions qu’il faut nourrir symboliquement. La tradition étant observée ici mieux que partout ailleurs, cette fête accorde aux Beni Snous une facture culturelle très originale.","extra":{"introd_type":"ET-long#2","et_introduction":"IAM;dz;IV;en;1"}},"eb01170e-205c-5495-b0d9-1cf58404bca5":{"title":"Les Hammadides et la naissance des villes fortes au Maghreb central","description":"Après la fondation et la domination des royaumes kharidjites de Tahert et de Tlemcen au IIIe/IXe siècle sur le Maghreb central, celui-ci tombe sous les coups de la nouvelle force apparue dans la région, la dynastie fatimide, d’obédience chiite – du mot chiisme, ce schisme légitimiste, comme le kharidjisme, mais auquel il est opposé par son attachement strict aux descendants d’Ali, gendre du Prophète. À partir de 289/902, toutes les cités du Maghreb central tombent tour à tour aux mains des Fatimides qui s’installent, en 297/910, à Raqqada, la capitale aghlabide d’Ifriqiya. \n \nNéanmoins, une véritable résistance contre la doctrine chiite ne tarde pas à provoquer des soulèvements parmi les tribus berbères, tandis que d’autres restent fidèles aux Fatimides. Ainsi les Sanhadja, grande confrérie de tribus berbères islamisées du Maghreb central, qui, selon Ibn Khaldoun, “sont si nombreux que bien des personnes les \nregardent comme formant le tiers de toute la race berbère”, luttent aux côtés des Fatimides. Les Sanhadja se subdivisent en plusieurs branches, soixante-dix, parmi lesquelles les Talkata. Menad ibn Manqouch fut le premier chef qui les organisa et en assura l’autorité, mais c’est surtout son fils, Ziri ibn Menad, que l’histoire a retenu pour ses faits de guerre et sa loyauté envers les Fatimides. Lors de la grande révolte populaire d’Abou Yazid, “l’homme à l’âne”, fervent opposant aux chiites fatimides, ceux-ci ne durent leur salut qu’aux renforts que leur apporta Ziri à la tête de son armée de Sanhadja. En signe de reconnaissance, ce dernier fut alors autorisé par le calife fatimide à créer une ville. En 323/935, il choisira le site de la cité qui deviendra sa capitale, Achir, \ndans l’Atlas tellien dominant la steppe. \n \nAprès la mort de Ziri, c’est son fils, Bulughin ibn Ziri, qui reçoit le commandement du Maghreb central en vassal des Fatimides qui, ayant conquis l’Égypte, partent s’y installer et lui laissent le soin de gouverner en leur nom les territoires s’étendant sur le Maghreb central mais aussi sur l’Ifriqiya et la Tripolitaine : la dynastie ziride était créée. Bulughin eut sept successeurs : al-Mansour, Badis, al-Mouiz, Tamim, Yahia, Ali, al-Hassan. Partis s’installer en Ifriqiya en tant que successeurs des Fatimides, les Zirides avaient confié le commandement de la ville d’Achir à leurs cousins, les Beni Hammad. Ceux-ci, après une période de loyauté, marquent leur volonté d’autonomie en créant une nouvelle ville, rivale de celle d’Achir : la Qalaa des Beni Hammad. La ville est fondée en 397/1007 dans les monts du Hodna, près de la ville de M’sila, au sud-est d’Alger. Elle eut un grand rayonnement et ne tarda pas à éclipser sa rivale Achir en devenant la capitale de la dynastie hammadide, qui y éleva de nombreuses et importantes constructions : châteaux fortifiés, mosquées, plusieurs palais et un rempart de sept kilomètres. Elle fut un centre caravanier important. \n \nHammad ibn Bulughin, le fondateur de la cité et de la dynastie hammadide, eut huit successeurs : al-Qaid, al-Muhsin, Bulughin ben Mohammed, al-Mansour, al-Nasir (qui marqua l’apogée de la dynastie hammadide et de la ville de Béjaia), Badis, al-Aziz et Yahia. \n \nLa guerre ne tarda pas à se déclarer entre les cousins zirides d’Ifriqiya et hammadides du Maghreb central. La rupture eut lieu en 405/1015 et occasionna des luttes jusqu’en 433/1042, date à laquelle leurs descendants conclurent la paix qui vit alors l’ensemble des tribus berbères du Maghreb central et d’Ifriqiya passer sous la domination berbère sanhadjienne. \n \nCette période du Maghreb central est unanimement reconnue par les géographes de l’époque comme ayant connu une grande prospérité : agricole (blé, oliviers, vergers), artisanale (textile, cuivre) et commerciale, à l’abri des villes fortes d’Achir et de la Qalaa des Beni Hammad, “construites en bordure de plaines sur des terrasses élevées protégées par des pics ou des chaînes peu pénétrables, elles se posent en sentinelles face à l'ennemi\". \n \nAvec leurs palais et leurs mosquées, ces deux capitales, bientôt rejointes par Béjaia, participent au rayonnement de la région. Elles développeront une architecture locale qui inspirera durablement celle de villes prestigieuses comme Tlemcen ou al-Djazaïr, longtemps après elles. \n \nEn 439/1048, al-Mouiz, l’émir ziride, acquis au malékisme, école juridique religieuse opposée au chiisme, fait acte de rébellion à l’égard des Fatimides. Il proclame la suzeraineté du calife abbasside. Après la répudiation politique, la rupture religieuse est plus décisive : dans les mosquées, les chiites font l’objet d’anathème. La frappe d’une nouvelle monnaie permet également de se démarquer des anciens suzerains fatimides. \n \nEn représailles à cette rupture du lien de vassalité, le calife fatimide du Caire décide d’envoyer contre le Maghreb rebelle les tribus arabes des Beni Hilal et des Banu Solaym, originaires de la péninsule Arabique mais campant en Égypte où elles occasionnaient des troubles incessants. Elles apparaissent alors au Maghreb vers 442/1051 avec familles et \ntroupeaux. \n \nLe déferlement des Arabes nomades marque un tournant dans l’histoire de la région. Les Zirides assistent, impuissants, à la désagrégation de leur territoire, où Kairouan est ravagée. Réfugiés à Mahdia, ils se montrent incapables de lutter contre l’invasion. L’Ifriqiya est livrée à l’anarchie. Ses habitants s’enfuient à la Qalaa des Beni Hammad car les Hammadides se font, un temps, les alliés des nomades. Rapidement, le sultan hammadide al-Mansour doit leur payer un lourd tribut sur ses récoltes. Peu après, ils l’obligent à leur abandonner la ville. \n \nC’est à Béjaia que les Hammadides trouvent refuge lorsqu’ils quittent la Qalaa. Al-Nasir, en 459/1067, avait fondé la ville sur le site antique de Saldae. Il lui donne le nom de Nasiria, mais la ville garde son nom de Béjaia en référence à la tribu des Bgayet. \n \nLa ville de Béjaia gagne en importance tandis que la Qalaa décline avec le départ d’al-Nasir puis d’al-Mansour (483/1090) fuyant la pression exercée par les tribus des Beni Hilal et l’insécurité qu’elles faisaient régner. \n \nL’exode le plus important fut enregistré à la suite de la victoire, en 547/1152, des Almohades et d’Abdelmoumen ben Ali sur les Beni Hammad et l’écrasement de la Qalaa. Les populations s’éparpillèrent dans les localités voisines de Béjaia pour bénéficier de la protection directe du souverain almohade, et dans les montagnes du Djurdjura, des Bibans et des Babors, ainsi que dans la vallée. Béjaia elle-même n’échappe pas aux représailles du vainqueur almohade. Yahia, le dernier émir hammadide, est démis de son \ntrône et les personnalités connues pour leur attachement à l’ancienne dynastie sont expulsées vers Alger, Tunis et Constantine où elles trouvent refuge et emploi. La région connut, dans son ensemble, un bouleversement important, d’une part à cause de la disparition de nombreuses familles citadines aisées et célèbres par leur savoir ou leurs fonctions, et d’autre part à cause de l’implantation de nouveaux habitants dans les montagnes jusque-là relativement peu peuplées. \n \nLa constitution des trois royaumes maghrébins à la suite de l’effritement de l’empire almohade rendit à Béjaia, en certaines périodes, sa renommée de capitale intellectuelle, sa prospérité et sa puissance dans le Maghreb. Les guerres que se livrèrent les Hafsides, les Mérinides et les Abdalwadides entraînèrent le long siège d’Abou Hamou Moussa, sultan de Tlemcen. \n \nLa population citadine de Béjaia connut un autre bouleversement dans sa composition \nethnique lors de la prise de la ville par les Espagnols en 915/1509. Ceux-ci obligèrent toute la population à évacuer la ville afin d’appliquer la politique de Charles-Quint qui visait à la création de places fortes et de colonies peuplées uniquement de chrétiens. Les réfugiés andalous qui s’y étaient installés par vagues successives s’expatrièrent, une fois encore, vers Alger, Tunis, Constantine. La ville fut prise en 962/1555 par Salah Raïs et passa sous la bannière de l’empire ottoman.","extra":{"introd_type":"ET-long#2","et_introduction":"IAM;dz;II;en;1"}},"ee24c08d-c6f1-5f20-bda0-de65252be8b3":{"title":"Le Manuélin. L'Art Portugais à l'Époque des Grandes Découvertes","description":"L’itinéraire *L’art Manuélin. L'Art Portugais à l'Époque des Grandes Découvertes* transporte le visiteur à une époque qui marque l’entrée du Portugal dans l’ère moderne. Dans le sillage des Grandes Découvertes maritimes, Manuel Ier se lance dans une entreprise d’affirmation du pouvoir qui s’appuiera sur le développement d’un style et d’une expression artistique assez particuliers dans l’Histoire de l’art. En effet, la première grande puissance maritime attire bon nombre d’artistes et artisans étrangers. L’art manuélin est ainsi le fruit de cette rencontre de talents et de cultures diverses. \n \nLa floraison de cet art et de cette architecture, emblématiques du pays et du monarque qui leur a légué son nom, se veut le reflet du pouvoir et son meilleur moyen de communication. Que ce soit à travers les variations d’un gothique tardif hautement porté par l’architecture, ou encore dans l’influence flamande de la peinture du XVe siècle, pas moins de douze sous-itinéraires font revivre les divers accents du Manuélin, ponctués de forteresses, d’églises, de chapelles ou de grandes demeures, de la pointe de Faro au sud, jusqu’à Bragance au nord, en passant par les Açores et Madère.","extra":{"introd_type":"other-intro#3"}},"f401563c-05e5-5f0b-8e9c-ec25ea4fdddf":{"title":"Adrar","description":""},"f5f336ec-1c2f-5850-8503-96dc48af2c12":{"title":"Une architecture de lumière","description":"L’itinéraire « Une architecture de lumière. Les arts de l’Islam en Algérie » recouvre l’ensemble du territoire national, depuis la chute des Almohades jusqu’à l’avènement du règne ottoman. Cinq sous-itinéraires invitent ainsi le visiteur à se familiariser avec les formes spécifiques de l’islam maghrébin, fruit de l’intégration de la civilisation berbéro-africaine au bloc arabo-musulman nouvellement constitué. À la croisée de l’Orient ottoman, de l’Occident andalou et des apports autochtones, les expressions architecturales et artistiques y révéleront un syncrétisme spécifique. \nEn cette période d’avènement de l’islam en Méditerranée occidentale, le « Maghreb central », relativement éloigné du siège du pouvoir du califat, voit se développer des mouvements dissidents tels que le kharidjisme. L’émergence des imamats rostémides de Tahert, de Tlemcen et de Sédrata appuient une politique d’opposition aux centres du pouvoir que sont Damas puis Bagdad. Mais si une rupture politique s’entame, les relations culturelles -à travers l’art et l’architecture-, restent vivaces. En effet, l’art qui se développe dans ce contexte revêt des influences venues de l’Orient abbasside ou fatimide, mais aussi de la proche Andalousie. Aujourd’hui, en parcourant la région de Tlemcen, le visiteur y admirera les plus importants monuments d’art islamique en Algérie : mosquées, mausolées, palais, mais aussi musique, poésie et artisanat. Tout un patrimoine matériel et immatériel y est préservé autant dans les centres urbains que dans les petits villages de montagne des Beni Snous et des bords de mer. La ville d’Alger n’est pas en reste : désormais siège de la Régence ottomane, elle inaugure une ère de prospérité et de rayonnement qui durera tout au long des XVIe et XVIIe siècles.","extra":{"local_team":"**Comité scientifique et auteurs:** \nFarida Benouis \nHouria Chérid \nLakhdar Drias † \nAmine Semar \n \n*Avec des contributions de:* \nFarida Bakouri \nNedjma Serradj-Remili \n \n**Coordinateur local** \nBoussad Ouadi \n \n**Photographies** \nMusée national des antiquités et des arts islamiques","introd_type":"other-intro#3"}},"f5fe78dc-f363-5fb7-a9c3-58913f0bc018":{"title":"Constantine","description":""},"ffea8eaa-d5b6-5227-ac5a-413e7376d129":{"title":"Alger : De la médina des Beni Mazghenna à la capitale de la Régence ottomane","description":"Selon la tradition historique la plus crédible, le territoire qui correspond à l’Algérie dans l’Antiquité émergea de la préhistoire lorsque, vers le XIe siècle av. J.-C., y débarquèrent les Phéniciens, fameux navigateurs et commerçants de la côte syro-libanaise qui sillonnaient la Méditerranée. \n \nLe site d’Alger offrait, du côté de Bab al-Oued, une large plage abritée des vents d’ouest par l’avancée du massif de la Bouzaréah dans la mer, qui représentait un excellent mouillage pour les navires. De l’autre côté, la baie bien dégagée et ses quatre îlots proches du rivage offraient une position de repli idéale en cas d’attaque. \n \nEn 1940, la découverte archéologique d’un lot de 158 pièces de monnaie a révélé, gravé sur l’avers, le nom de ce comptoir, “Ikosim” (île aux Mouettes), tandis que la date de sa fondation, IVe siècle av. J.-C., fut attestée par la mise au jour de débris de céramiques retrouvés au fond d’un puits en 1952. \n \nAvant l’arrivée des Romains, Ikosim fait partie du royaume maure de Bocchus et de ses successeurs, puis, après la pénétration romaine, du royaume de Juba II, vassal de Rome pour, en 43 ap. J.-C., être rattachée à la province de Maurétanie césarienne, prenant, sous l’empereur Vespasien, le nom d’Icosium. \n \nElle est citée par Ammien Marcellin, dans sa relation de la révolte du prince berbère Firmus, qui mit la ville à sac en 371-372 avant de la restituer, avec tout le butin, au général Théodose, envoyé par Rome. \n \nCette révolte constitue un épisode du schisme donatiste qui a profondément marqué l’histoire du christianisme en Afrique et dont l’introduction à Icosium se situerait vers le IIIe ou IVe siècle. On connaît, en effet, au Ve siècle, trois de ses évêques, dont le plus célèbre, Crescens Episcopus Cositanus, participa à la conférence de Carthage en 411. \nÀ cette époque, la ville, entourée d’une muraille fortifiée, occupait la partie basse du site, îlots compris, jusque vers Bab al-Oued. Les restes d’une nécropole romaine y ont été retrouvés, ainsi que les emplacements d’un théâtre romain, d’une église, de maisons, d’édifices thermaux. Des vestiges d’égouts et de voies romaines, cardo et decumanus, ont aussi été exhumés. \n \nLes habitants d’Icosium vivaient des produits de l’agriculture et de l’élevage qu’ils tiraient des fertiles collines et plaines environnantes du Sahel et de la Mitidja. Ils fournissaient probablement du blé et de l’huile à Rome. \n \nL’invasion vandale, de 430 à 530, entraîne la destruction du rempart romain d’Icosium. Elle est suivie par l’occupation byzantine de 533 à 649. \n \nAprès cette date, la ville connaît une longue période de silence. Le site n’a plus porté qu’un habitat léger ou considérablement réduit pendant deux siècles et demi, jusqu’à sa refondation, dans la seconde moitié du IVe/Xe siècle, par un prince de la dynastie berbère ziride, Bulughin ibn Ziri. \n \nAprès la conquête arabe, à la fin du Ier/VIe siècle, le Maghreb central est devenu une province de l’Empire musulman. Les tribus berbères islamisées des Sanhadja du Maghreb central sont sous le commandement du prince berbère, Ziri ben Menad installé à Achir, sa capitale, située près de Médéa. Son fils, Bulughin, grand guerrier, fonde trois villes sur un axe stratégique les reliant à Achir : Médéa, Miliana et Djazaïr Beni-Mezghenna, l’Alger actuelle. Il donnera ce nom à la ville en référence aux îlots tout proches (Djazaïr, “les îles” en arabe) et à la tribu des Beni-Mezghenna, de la confédération des Sanhadja, qui y vivait sur les vestiges d’Icosium. \n \nLa ville est ressuscitée et se reconstruit à partir des matériaux provenant de ses propres ruines. Ibn Khaldoun situe sa refondation et son repeuplement autour de 338-348/950-960. La muraille antique est renforcée ou reconstruite ; le tracé de la ville reprend les principales voies romaines, bien que rétrécies et obéissant plus ou moins au plan orthogonal propre aux Romains. \n \nC’est par les géographes et voyageurs de l’époque que nous sommes renseignés sur la vie économique, essentiellement agraire, de Djazaïr Beni-Mezghenna. Ibn Hawqal, le premier, met l’accent sur les activités du port, parle d’exportations “de beurre, miel, figues et autres fruits”. Au Ve/XIe siècle, al-Bakri parle de relations importantes avec la côte espagnole, et au VIe/XIIe, al-Idrissi évoque un “commerce florissant”, qui s’est étendu au froment, à l’orge et au bétail. Au VIIe/XIIIe, al-Djazaïr est signalée sur les cartes géographiques, signe de l’importance prise par le port et la ville qui échangent “peaux, laine, huile contre draps et tissus européens”. \n \nDe nombreux bazars, le long de trois ou quatre rues principales aux activités spécialisées, constituent le premier noyau commercial et urbain qui va se développer au fil des siècles. \n \nLa vie religieuse se concentre autour de deux établissements principaux, encore debout aujourd’hui : la Grande Mosquée, construite sous la dynastie berbère des Almoravides, en 490/1097, et la mosquée Sidi-Ramdane avec sa *madrasa* (école). \n \nDe cette époque date le premier système défensif de la ville. Si, aux IVe/Xe et Ve/XIe siècles, les îlots servent encore de refuge, au IXe/XVe siècle, Léon l’Africain, peu avant l’arrivée des Ottomans, peut parler de “murailles très belles et très solides faites de grosses pierres”. \n \nOn signale déjà, dans le mur d’enceinte, les quatre portes que l’on retrouvera sous les Ottomans, à l’exception de Bab al-Djadid, ajoutée ultérieurement. L’ancienne Citadelle surplombant la médina, al-Qasba al-Qadima, se trouvait trois cents mètres plus bas que l’actuelle. Elle remonterait à la dynastie almohade (544-647/1150-1250), connue pour son architecture militaire. \n \nDe nombreuses sources d’eau ont permis la construction de hammams, généralement accolés aux mosquées, comme Hammam Sidna, que l’on peut encore voir aujourd’hui. \nLes habitations, quant à elles, commencent à gravir les premières pentes du site, se répartissant de part et d’autre des dépressions causées par le ruissellement des eaux de pluie qui servaient de lieux de passage. \n \nSur le plan politico-militaire, l’histoire de la ville va rejoindre celle du Maghreb central. \nDeux dynasties berbères réussiront de courtes tentatives d’unification territoriale. Les Almoravides, partis du Maghreb extrême, se rendront maîtres, sous la conduite de leur chef, Youssef ibn Tachfin, d’un immense empire englobant tout le Maghreb et l’Espagne. Alger tombera en 474/1082. Les Almohades, avec à leur tête Abdelmoumen, reprendront toutes les possessions des Almoravides, dont Alger à partir de 546/1152 et jusque vers le milieu du VIIe/XIIIe siècle. \n \nLes trois dynasties suivantes, les Hafsides de Tunis, les Abdalwadides de Tlemcen et les Mérinides de Fès, verront leur pouvoir s’affaiblir progressivement, au détriment les unes des autres, leurs territoires s’amputant respectivement. La ville subit les vicissitudes de ces querelles et des occupations diverses. \n \nÀ partir de 909/1504, les offensives espagnoles et portugaises, véritable croisade africaine, se renforcent, menant à l’occupation des ports maghrébins aménagés en places fortes avec garnisons. Oran est livrée en 914/1509, Béjaia, berceau de la piraterie, tombe en 915/1510. \n \nAprès la prise de cette ville, les gouvernants d’al-Djazaïr se hâtent d’y envoyer une délégation pour faire acte de soumission au souverain espagnol. Celui-ci impose au sultan de la ville, le cheikh Salim Toumi, de lui livrer un des îlots du port sur lequel il édifie la forteresse du Peñon (le rocher) chargée de contrôler les mouvements des navires et de surveiller la ville. En 921/1516, après la mort de Ferdinand de Castille, les notables d’al-Djazaïr se considèrent comme libérés de leur serment à l’égard du nouveau souverain espagnol et font appel aux frères Barberousse. \n \nCes corsaires, originaires de l’île de Metelin (Lesbos), s’étaient rendus célèbres en aidant les Andalous qui fuyaient l’Inquisition espagnole à rejoindre les villes du littoral maghrébin pour y trouver refuge. C’est à ce titre de champions de l’islam contre la chrétienté que les habitants d’al-Djazaïr firent appel à eux pour les délivrer de l’emprise espagnole. \n \nLa première tentative d’Aroudj, un des deux frères Barberousse, pour reprendre le Peñon est un échec. Transgressant les accords avec les notables d’al-Djazaïr, il fait assassiner leur chef et se proclame sultan de la ville. Appelé à intervenir à Tlemcen, il est battu et tué en 923/1518 après s’être emparé des villes du Maghreb central, laissant à son frère, Khair-Eddine, le noyau d’un empire. \n \nCelui-ci prend sa suite, mais l’ère des initiatives individuelles est révolue. Il recherchera la protection du sultan de l’Empire musulman turc, Sélim Ier, qui accepte avec empressement, lui envoie 6000 hommes avec artillerie et lui octroie le titre de pacha et de beylerbey. Al-Djazaïr devient la première ville vassale de l’Empire ottoman au Maghreb, la Régence. \n \nAvec l’avènement de la Régence ottomane d’Alger par Khair-Eddine, les bases d’une nouvelle organisation sont posées. État-gendarme, doté d’une sorte de constitution militaire, ses structures politiques et administratives ne varieront que très peu jusqu’en 1830. Au sommet, se trouvent les beylerbeys jusqu’en 994/1586, puis les pachas triennaux jusqu’en 1069/1659 (trente pachas), les aghas jusqu’en 1081/1671, puis les deys jusqu’en 1232/1817. Ils sont assistés par un Conseil ou Diwan, formés d’officiers ou dignitaires de l’armée, dont les membres sont désignés par eux. La région d’Alger est sous l’autorité directe du dey : c’est le Dar al-Soltane. Le pays est divisé en trois provinces ou beyliks, beylik d’Oran à l’ouest, de Médéa au centre et de Constantine à l’est, avec à leurs têtes, un bey nommé par le dey. \n \nLes deux autres forces de la Régence sont la milice militaire des janissaires ou Odjak, et la confédération des corsaires ou Taïfa des Raïs. Ils sont tous deux les soutiens du nouvel État. \n \nÊtre janissaire était un grand honneur. Ils bénéficiaient de nombreux avantages, achetant leurs produits alimentaires à des tarifs inférieurs à celui fixé pour la population. \nIls logeaient dans huit casernes construites sur le type de la maison traditionnelle. Ils accomplissaient leur service selon le rythme de la vie en garnison, puis dans des camps mobiles pour collecter les impôts. Ils représentaient le pilier essentiel du pouvoir, ne souffrant pas le moindre retard dans le paiement de leurs soldes, se révoltant fréquemment et n’hésitant pas à recourir à la plus grande violence. \n \nLa Taïfa des Raïs constitue le troisième pouvoir. Le port d’al-Djazaïr était déjà anciennement un repaire propice aux navires corsaires musulmans. Il comptait parmi les places où les prieurs de l’ordre de la Merci rachetaient, depuis le VIe/XIIe siècle, les captifs chrétiens pris lors des combats. Ibn Khaldoun écrivait déjà en parlant des premiers corsaires : “Ces guerriers vont faire des descentes sur les côtes et îles habitées par les Francs, ils y arrivent à l’improviste et enlèvent tout ce qui leur tombe sous la main. Ils attaquent aussi les navires des Infidèles, rentrent chez eux chargés de butin et de prisonniers. De cette manière, les ports se remplissent de captifs : les rues retentissent du bruit de leurs chaînes.” \n \nAl-Djazaïr n’est pas la seule ville de course en Méditerranée. Surtout, celleci n’est pas une invention musulmane ou algéroise. C’est une pratique courante en Méditerranée, créée par les Européens eux-mêmes : Rhodes, puis Malte avec les Chevaliers de Saint-Jean, La Valette, Palerme, Messine poursuivaient et rançonnaient les bateaux musulmans au nom de la religion. Les Raïs combattaient, au nom de l’État, pour protéger les navires musulmans et en particulier ceux des Andalous expulsés d’Andalousie. En 935/1529, Khair-Eddine réussira à débarrasser les Algérois des Espagnols installés dans la forteresse du Peñon, “cette épine plantée dans leur coeur”. Il commence à aménager le port par la construction, à partir des matériaux du Peñon détruit, d’une jetée reliant la ville aux îlots. Cet abri sûr derrière ce môle va doter la ville du port qui fera sa notoriété. \n \nAlger devient alors la cible privilégiée des attaques espagnoles. En 947/1541, Charles-Quint, irrité par les incursions des redoutables corsaires d’al-Djazaïr, se présente à l’embouchure de l’oued al-Harrach, non loin de la ville, avec 516 navires et 40000 hommes. En raison d’une violente tempête, l’opération tourne au désastre et les Espagnols perdent le tiers de leurs moyens matériels et humains. \n \nLes bénéfices de la Course réalisés par les Raïs, chefs corsaires, sont considérables et la ville entière en vit. “Tout Alger”, note H. de Grammont, qui séjourne dans cette ville, “se mêlait à la Course. Les grands étaient armateurs, les petits marchands et les baldis \\[citadins\\] se cotisaient pour acheter et équiper un navire ; les femmes elles-mêmes vendaient leurs bijoux pour prendre part à cette fructueuse opération”. \n \nHaëdo raconte : “La société des corsaires où figuraient de nombreux renégats, c’est-à-dire des chrétiens convertis, les Turcs de profession”, était caractérisée par son cosmopolitisme où Turcs et Kouloughlis (descendant de père turc et de mère autochtone) côtoient les Maures réfugiés d’al-Andalus, des juifs, des chrétiens, des Arabes et des Berbères autochtones, attirés par la manne corsaire. \n \nLe XIe/XVIIe siècle apparaît comme l’âge d’or des corsaires algérois, de gloire et de prospérité pour Alger, ville-État invincible. Les nombreuses expéditions punitives contre Alger échouent. \n \nLa supériorité des corsaires d’Alger sur les navires chrétiens vient, d’après Haëdo, de l’adaptation des galères, galiotes et brigantins à la guerre de course et surtout à l’entraînement et à la discipline impitoyable des chiourmes. Équipés de navires plus grands et plus rapides, et surtout des fameux “vaisseaux ronds”, les Raïs ne se contentent pas de la Méditerranée. Ils franchissent le détroit de Gibraltar et mènent des incursions jusqu’en Angleterre et en Islande. En 1024/1616, Mourad Raïs en ramena un riche butin et 400 captifs. Pendant la guerre contre la France (1039-1043/1630-1634), les corsaires algériens s’emparent de 80 navires et font plus de 1300 captifs. \n \nAlger, dans cette conjoncture, devient une grande métropole méditerranéenne dont la population dépasse les cent mille habitants, sans compter les milliers de captifs. On en a compté jusqu’à vingt-cinq mille. La ville s’agrandit, se dote de nombreuses mosquées et de maisons de maître, particulièrement dans son Fahs ou campagne alentour, dans lesquelles l’ameublement et la décoration constituent un véritable patchwork : faïences de Delft, marbres d’Italie, verreries de Bohême, glaces de Venise, pendules d’Angleterre, mais aussi les armes, les tapis et cuivres locaux, ainsi que les broderies de soie sur étamine ou toile.","extra":{"introd_type":"ET-long#2","et_introduction":"IAM;dz;III;en;1"}}}
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{"06373f8f-cb0e-5013-97ed-7a0ea76e58fc":{"title":"TAFESSERA","description":"Village de la vallée des Beni Snous, Tafessera est aussi l’un des plus anciens foyers de peuplement de la région. Autour de la médina, très ancienne, qui a gardé ses premières structures berbères, des traces de l’Empire romain représentées par les vestiges de la chapelle du fortin Kouiyet Errom ont été datées de l’époque de saint Augustin. \n \nKouiyet Errom, littéralement “petit fort chrétien”, est aujourd’hui la mosquée principale du village. Impressionnante par les murailles qui l’entourent, elle reçoit des visites nombreuses et attire les curieux de toute la région, tout comme la *madrasa* construite pour les étudiants en théologie. \n \nEn dehors d’une vieille source, aujourd’hui tarie mais qui fait encore l’objet d’un culte très ancien, la particularité du village réside dans l’habitat troglodytique creusé sous terre et datant de plusieurs siècles. 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La ville fut baptisée et célébrée dans l’Antiquité sous l’appellation Théophore de Sicca Veneria, dégénérée, au cours de la basse latinité, en Shikabeneria, que les Arabes transformèrent en *Shaqbanaria*. Le bon sens populaire voulait y reconnaître “*shaq binnar*”, celui qui a traversé l’enfer. \n \nLe nom actuel, el-Kef, apparu au cours du Xe/XVIe siècle après l’achèvement de l’arabisation du pays, prête à confusion et frôle le sacrilège ambigu. El-Kef, celui qui empêche et arrête le mal, signifie surtout le lieu de refuge. Sa longue histoire de lieu de havre sûr, particulièrement pour les habitants de Lorbeuss, situé en rase campagne, et de forteresse avancée de la Régence de Tunis, confirme cette vocation et justifie pleinement cette appellation qui désigne par ailleurs le plateau, en géographie. \n \nEtablie sur les derniers promontoires du plateau de Djebel Dyr, la ville du Kef est profondément marquée par son histoire de place forte et de centre religieux. Ici, les dispositions particulières du site naturel favorisent l’émergence de ce paradoxe fondateur, propre aux sommets, où le sacré et l’instinct grégaire de protection se conjuguent pour créer un haut lieu original et fécond. Le destin du Kef est comme scellé par cette invocation binôme, où deux histoires, l’une guerrière, l’autre religieuse, se sont souvent croisées. Le paysage urbain et architectural illustre et identifie le parcours historique d’une authentique ville citadelle-temple. La ville suggère plutôt la présence d’un gros village *chaoui* des Aurès ou celle d’un hameau kabyle, accroché à son piton rocheux. Romaine et rigide dans l’Antiquité, orientale et souple aux époques paléochrétienne et arabo-musulmane, c’est un lieu de transition entre deux paysages urbains superposés, l’un vernaculaire, l’autre méditerranéen; les structures archéologiques, héritées de toutes les époques, font sentir et pousser leurs formes dans la morphologie et le tissu dense de la médina actuelle. \n \nEtagée sur les flancs du rocher primitif, au pied de la citadelle et sur le palier des sanctuaires, la médina du Kef étale ses cubes en cascades, domine la grande source de Ras el-‘Ayn et sa corbeille verdoyante. Un paysage qui témoigne autant du génie des lieux que des apports extérieurs successifs; une heureuse synthèse en fait un site naturel exceptionnel et une ancienne et riche histoire. De son ancienne grandeur militaire, la vieille cité garde sa casbah et ses fortifications. Les minarets et les innombrables coupoles ponctuant çà et là un paysage de plus en plus changeant sont les témoins qui rappellent la métropole confrérique et le centre maraboutique d’autrefois. \n \nD’origine probablement libyque, le premier noyau urbain de la ville devait remonter au Ve siècle av. J.-C. Siège d’un évêché dès le IIIe siècle, son église connut, grâce à ses évêques, ses heures de gloire; c’est ainsi qu’Arnobe y enseignait la rhétorique, saint Augustin y animait la vie monastique et saint Fulgence tenta vainement d’y fonder un ordre. Sicca fut dotée, du temps des Byzantins, de solides fortifications et de plusieurs basiliques; elle devait surveiller les grands axes de la résistance maure. \n \nAprès l’installation des Arabes, *Shaqbanaria* resta pour un temps, jusqu’en 171/788, un fief du kharijisme. Elle se rendit célèbre, tout au long du haut Moyen Âge et à l’aube du VIIe/XIIIe siècle, par le rôle de sa forteresse, *qal’a*. Située sur la voie des citadelles, *tariq el-qila‘*, la ville garde encore le souvenir des quarante “hommes des citadelles”, *rijal elqila‘*, sorte de saints guerriers. Siège de gouverneur à l’époque ziride, *Shaqbanaria* se mua en cité-Etat au Ve/XIe, au moment de l’invasion hilalienne. Son importance fut néanmoins amoindrie par la ville voisine de Lorbeuss, malgré la présence de Sidi Ahmed Ibn Harzallah qui enseignait déjà le mysticisme. \n \nFief des Banou Channouf au moment de la décomposition du pouvoir hafside, *Shaqbanaria*, devenue au cours du Xe/XVIe siècle. El-Kef, sera reprise par les Turcs de Tunis qui en firent un solide point d’appui. En 1046/1637, après la neutralisation des Banou Channouf, on installa au Kef une garnison permanente, *oujak*, appuyée par des *arrouch senjaq*, des tribus alliées au pouvoir central appelées *makhzen*. L’importance croissante de son rôle stratégique en fera, après la fixation des frontières entre Alger et Tunis, un bastion avancé de la Régence de Tunis face à l’ouest et face aux tribus indépendantes de la région. Avec ses fortifications, la ville est le perpétuel enjeu des multiples conflits armés qui marquèrent la fin du XIe/XVIIe et le début du XIIe/XVIIIe siècle, opposant les prétendants mouradites soutenus à Alger par Brahim Chérif. Profitant de ces conflits, Alger tenta, en 1089/1679, de s’emparer du *senjaq* du Kef. Le dernier cycle de l’histoire du Kef, à partir du XIe/XVIIe siècle, fut marqué par une dualité motrice casbah-zaouïa. Si la casbah et son *oujak* se rapprochaient du pouvoir central, les confréries en revanche avaient, par leur prosélytisme, préparé l’assimilation au pays. Cette fusion, soit par le biais du service *makhzen* soit par l’affiliation confrérique, avait rapproché la ville de ses campagnes et facilité les rapports nomades sédentaires. Les chefs militaires et religieux avaient été des agents actifs de diffusion de courants culturels et sociaux multiples et de l’imbrication de la ville et de sa région dans des espaces plus larges. \n \nTout au long du XIIe/XVIIIe, Le Kef fut le principal théâtre des guerres entre *Husseiniya* et *Bachiya*, nourries par les interventions armées des Turcs d’Alger. Fief des *Bachiya*, le Kef se dressa, sous la conduite de Sidi Ramdhane Ben Channouf, saint de la ville, contre Hussein Ben Ali. Après l’échec de la révolte, la casbah sera reconvertie en *ribat*, pour loger les marabouts. La dernière campagne de 1169/1756 verra, toutefois, la ruine de la ville et la destruction de ses fortifications. \n \nAu début du XIIIe/XIXe siècle, Hammouda Pacha, dans sa volonté de s’affranchir de la mainmise d’Alger, relèvera de nouveau ses remparts. Ceux-ci permirent de remporter la victoire sur Alger, d’agrandir le territoire de la Régence de Tunis et de préserver son indépendance. On implorait souvent, à cette époque, le secours des saints du Kef, *rijal el-Kef*, tels que de Sidi Amor, porteur du cimeterre, *el-bala*, et Sidi el-Bdiri qui mourra ainsi que ses compagnons en défendant la ville. A partir de la fin du XIIe-d.XIIIe/f. XVIIIe siècle, le Kef apparaît comme une métropole confrérique et à la fin du siècle dernier la plupart des grandes confréries comme la Issaouiya, les Rahmaniya et la Qadriya étaient présentes. \n \nCette dernière, fondée en 1239/1824 par el-Haj Mohamed Ibn Ammar el-Mazouni el-Gharbi, originaire de Mazouna dans l’Oranie, connaîtra une extension extraordinaire en Tunisie et dans l’est algérien. Par son rayon, estimé à plus de 150 km, par le nombre de ses adhérents dans la région, comptant plus de 5 911 personnes, recrutées en particulier chez les tribus ounifa, par sa richesse, évaluée à plus de 3 millions de francs à l’époque, la confrérie acquit un grand poids politique. Décédé en 1294/1878, Sidi el-Mazouni fut remplacé, à la tête de la confrérie, par son fils adoptif Qaddour qui se lia d’amitié avec Bernard Roy, agent français de renseignement et futur secrétaire général du gouvernement. Le cheikh Qaddour fut favorable à l’occupation de la ville du Kef par les troupes françaises en 1881. Cette attitude et les faveurs accordées à cette confrérie par les Français jetèrent le discrédit sur celle-ci. \n \nA la mort de Qaddour, en 1916, son petit-fils Ahmed prit la suite jusqu’en 1941, date à laquelle il fut relayé par son fils Abdelhafidh. Ce dernier assista à l’Indépendance, à la dissolution de la zaouïa, et à la liquidation de ses biens et à nombre de déboires. Le patrimoine immobilier considérable de la Qadriya s’étendait audelà de l’actuelle route qui mène à la casbah. Une grande partie fut démolie pour les besoins de la construction d’une résidence officielle. Seuls les espaces sacrés furent soustraits à ce sort. Après avoir abrité une bibliothèque, pendant quelques années, ils ont retrouvé leur fonction cultuelle. La mosquée comporte encore quelques-uns des éléments qui composaient un complexe confrérique. La façade a été remaniée en 1919, par l’adjonction du minaret actuel, venu remplacer un ancien. De conception maghrébine, il est formé d’une tour carrée, reproduisant sur les quatre faces le décor en entrelacs losangés inspiré du minaret almohade de la casbah de Tunis. Un poème gravé dans un panneau de marbre, encastré dans la base du minaret, en attribue le mérite au cheikh Ahmed Qaddour. \n \nLa ville se trouva en 1280/1864 au coeur de l’insurrection des tribus de la région contre le pouvoir beylical. Durant ces troubles, les chefs des confréries de la ville jouèrent un rôle modérateur. Le Kef connaîtra, après les calamités de 1283/1867, un déclin notoire qui fut aggravé par l’occupation française en 1881, d’autant plus que certains chefs des confréries ne furent pas défavorables au colonisateur. Dissoutes en 1958 pour leur rôle démobilisateur au cours de la lutte nationale, les confréries, hormis leur patrimoine architectural, n’eurent plus de poids politique ni économique, mais le maraboutisme a récupéré son importance passée. Actuellement, la ville du Kef est le chef-lieu administratif et politique du gouvernorat, elle connaît d’importantes mutations urbaines, socio-économiques et culturelles.","extra":{"author":"Mohamed Tlili"}},"21cad775-0b8b-5dde-b320-6c19bd19c918":{"title":"GUADALUPE"},"2d4c27fe-808a-505b-b6a2-2f2c5c1e29ca":{"title":"TLEMCEN","description":"Tout en étant la capitale algérienne de l’art islamique, Tlemcen a aussi été la mystique capitale de l’Ouest, considérée comme la “Jérusalem du Maghreb” car dans la vieille ville, musulmans et israélites se partageaient leurs lieux saints et leurs cimetières, adorant le même Dieu avec des rites différents. Les quartiers juifs ou musulmans, situés à l’intérieur des remparts du vieux Tlemcen, se visitent à pied, nombreuses étant les ruelles qui ne sont pas accessibles en voiture.","extra":{"author":"Author: Comité scientifique (Farida Benouis, Houria Chérid, Lakhdar Drias, Amine Semar)"}},"2df15d5c-ab21-568e-ab3f-9e5c544082a2":{"title":"L'Art Mamelouk. Splendeur et Magie des Sultans","description":"Le Caire, Fuwa et Alexandrie sont les principales étapes de cet itinéraire qui invite le visiteur à remonter aux sources de l’art Mamlouk. Développé en Égypte et au Levant (actuelle Syrie) entre le XIIIe et le XVIe siècle, cet art s’est épanoui sous le règne des sultans Ottomans au Caire. Il se caractérise par une riche production d’objets décoratifs, alliant avec finesse émaux délicats, pierres précieuses et métaux divers. Quant à l’architecture, de facture monumentale elle rythme le tissu urbain, donnant aux villes un nombre d’édifices remarquables : complexes défensifs, résidentiels, sociaux ou religieux, rythmant au gré du calendrier la vie de la cour et des citoyens. En parcourant l’ensemble des huit sous-itinéraires égyptiens, le visiteur sera plongé dans l’atmosphère mamelouke et pourra être témoin, notamment au Caire, de moments aussi emblématiques que les processions du Sultan (cf. Itinéraire II).","extra":{"introd_type":"other-intro#3"}},"2f5d3234-4758-548b-97ce-f13c23ebebf8":{"title":"TANGER","description":"L’histoire nous renseigne très peu sur la situation de l’ancienne capitale de la Mauritanie Tingitane romaine lorsque Moussa Ibn Nosayr s’en empare en 86/705 pour la convertir à l’Islam. \n \nDevenue quelques années plus tard le chef-lieu d’une grande province, elle fut administrée par des gouverneurs dépendants des Califes omeyyades de Damas. Ceux-ci eurent à faire face à un soulèvement des tribus berbères du Rif qui, mécontentes des exactions fiscales, avaient adhéré au mouvement schismatique kharijite. \n \nIdriss Ibn Abdallah qui y débarqua en 171/788, fuyant les Abbassides, n’y demeura que peu de temps avant de se rendre à *Oualili* (Volubilis). \n \nÀ la mort d’Idriss II, fondateur de Fès, la principauté de Tanger revint à ses fils Qassim puis Omar. \n \nDurant la seconde moitié du IVe/Xe siècle, la ville fut l’enjeu de disputes entre les Omeyyades d’Espagne et les Idrissides et finit par tomber entre les mains des Fatimides d’Ifriqiya en 346/958. \n \nEn 467/1075, les Almoravides s’en rendent maîtres, suivis, en 543/1149, par les Almohades, qui lui préfèrent la ville de Ceuta, sa rivale, pour y établir leur siège de commandement du nord et leur lieu de résidence. \n \nLes Mérinides s’en emparent en 672/ 1274 et lui accordent tous leurs soins. Grâce à la sollicitude de ces monarques, la ville connaîtra durant leur règne (VIIe/XIIIe-VIIIe/XIVe siècles) une période de splendeur. Ils la dotèrent d’une grande mosquée et d’une médersa, où se déploie le raffinement de l’art architectural et décoratif maroco-andalou. \n \nIl est intéressant de signaler que la pierre de fondation de cette médersa, dont il ne reste pas de trace actuellement, avait été découverte par les Anglais en 1084/1674 dans le mur d’un couvent de Dominicains que les Portugais avaient édifié à l’emplacement de cette médersa durant leur occupation de la ville. \n \nLes Mérinides développèrent également les activités économiques en signant des traités de commerce avec des négociants des villes italiennes:Venise, Pise, Gênes, ainsi qu’avec Marseille. Son port devint ainsi la plaque tournante du commerce méditerranéen et saharien. La ville importait des draps, des épices et des métaux et exportait les peaux, le cuir, les tapis et la canne à sucre. \n \nC’est certainement dans les caravansérails qui accueillaient cette population d’étrangers de toutes nations qu’un jeune Tangérois, qui deviendra le fameux Ibn Battouta, a vu naître sa vocation de voyageur et son désir de visiter les pays lointains. \n \nEn 875/1471, pour assurer leur position sur le détroit, les Portugais s’emparèrent de la ville après maintes tentatives infructueuses. Ils la transforment et réaménagent la mosquée en cathédrale et la médersa en couvent. Ils relèvent les murailles qu’ils avaient démantelées en les renforçant de bastions et de forts, et construisent dans la partie haute, à l’ouest de la baie, une forteresse pour dominer la ville. \n \nAprès la mort du roi Dom Sebastião, dans la fameuse Bataille des Trois Rois en 985/ 1578, la couronne du Portugal revint à Philippe II d’Espagne et la ville passa alors sous domination espagnole. \n \nEn 1071/1661, après être redevenue portugaise, elle est offerte à l’Angleterre comme dot de l’infante Catherine de Bragance qui épousa le prince anglais Charles II. \n \nDès son accession au trône, le monarque alaouite Moulay Ismaïl assiégea la place en 1089/1679. Les Anglais, en l’évacuant, détruisent au préalable le môle du port et la majeure partie de la ville. \n \nMoulay Ismaïl chargea alors le pacha Ali Ibn Abdallah Errifi de restaurer les remparts et de reconstruire la ville.Ainsi, en relevant les ruines, des maisons de type marocain traditionnel furent construites, des mosquées et une médersa érigées et une casbah édifiée sur les hauteurs, avec un palais, une mosquée et des dépendances. Le fils du pacha qui remplaça son père dans sa charge, Ahmed Ibn Ali, continua son oeuvre. \n \nEn 1196/1782, le sultan Sidi Mohamed Ibn Abdallah, qui voulait regrouper les représentations diplomatiques dans une même ville, choisit Tanger comme siège des consulats européens. Au cours du XIXe siècle, la ville sera promue officiellement capitale diplomatique du royaume et un délégué permanent du sultan, le *nayib*, sera nommé auprès du corps consulaire à Tanger. Dès lors, avec les diplomates, affluèrent des négociants, des hommes de lettres et des artistes. Ces derniers, subjugués par la beauté du site et le charme de son architecture musulmane et des ses ruelles étroites et mystérieuses, ont chanté dans leurs écrits ou peint sur leurs toiles la féerie et la magie qui se dégagent, encore de nos jours, de cette ville. \n \nÀ partir de 1906,Tanger fut dotée d’un statut spécial qui plaçait la ville et ses environs sous l’autorité d’une commission internationale. En 1956, elle fut de nouveau rattachée au pays.","extra":{"author":"Naïma El-Khatib Boujibar"}},"30365ac4-3b12-5055-98a6-01207e53126a":{"title":"Achir","description":""},"30ca7a5a-f30c-578a-ad9b-a8f20826adfd":{"title":"GELİBOLU"},"30e55473-f8d1-542a-a3b6-ef4aea1890e7":{"title":"Annaba","description":""},"30fb6fbc-4986-5621-9d1d-2a2759f051f9":{"title":"MANİSA"},"31480749-0e53-56bd-a5a0-86bbf36e92e3":{"title":"ASILAH","description":"Asilah fut fondée par les conquérants arabes, probablement au début du IIIe/IXe siècle, près d’une rade, sur des récifs, loin de la ville antique Zilil dont elle tire son nom. Elle connut tout au long du Moyen Âge et des temps modernes une histoire mouvementée liée à celle de Tanger. \n \nMentionnée par le géographe arabe al-Bakri, elle eut à subir par deux fois, dans la seconde moitié du IIIe/IXe siècle, les incursions des Normands attirés par ses richesses céréalières. Reconstruite par le calife omeyyade de Cordoue, al-Hakam II, elle dut, pour se protéger d’éventuelles attaques, s’entourer d’une enceinte. Elle fut dotée d’une mosquée composée de cinq nefs que les vagues “*atteignaient quand la mer était agitée*”. Son port, qui offrait un bon abri aux navires, avait une jetée construite en pierres de taille qui se déployait en arc de cercle pour protéger le mouillage. \n \nLa ville, qui semble avoir eu une vie paisible au VIe/XIIe siècle, s’ouvrit au commerce avec l’Occident à l’avènement des Mérinides et vécut dans une certaine prospérité. Les Wattassides en firent un de leurs principaux points d’appui dans leur lutte pour le pouvoir. \n \nElle fut prise d’assaut par les Portugais la même année que Tanger, en 875/1471, et resta sous leur domination jusqu’en 957/1550. Ces derniers reconstruisirent les remparts en pierres, les fortifièrent avec de solides bastions et élevèrent un donjon pour servir de tour de surveillance. Les garnisons retranchées dans cette forteresse subirent pendant de longues années des harcèlements continuels menés par les sultans wattassides, et par le fameux prince de Chefchaouen, Moulay Brahim. Libérée en 957/1550, la ville fut réoccupée en 984/1577 par le roi Dom Sebastião en récompense de son alliance avec le prince saadien Mohamed al-Masloukh. C’est là que le dernier roi portugais de la dynastie des Avis, rêvant de reconquérir le Maroc, séjourna avec son armée, avant de se rendre sur les lieux de la bataille d’Oued al-Makhazin près de Ksar al-Kébir, qui lui coûta la vie. La ville fut restituée au roi saadien al-Mansour, en 997/1589, puis récupérée par l’Espagne pour quelques années, vers la fin du XIe/XVIIe siècle. Elle fut prise d’assaut par Moulay Ismaïl et libérée en 1102/1691. Peuplée par les gens du Rif, elle fut dotée de deux mosquées, d’une médersa et de bains et mena dès lors une existence modeste. En 1906, elle tomba au pouvoir de Moulay Ali Ibn Raïssoul qui en devint pacha, et fut ensuite occupée par les Espagnols de 1912 à 1956. \n \nDe nos jours, Asilah se fait connaître par un festival international annuel durant lequel des rencontres culturelles réunis sent des hommes de lettres, des philosophes et des artistes venus des quatre coins du globe. Elle préserve, derrière les hauts murs ocre de ses remparts qui l’enserrent comme un écrin, la blancheur immaculée de ses maisons et l’authenticité de son architecture.","extra":{"author":"Naïma El-Khatib Boujibar"}},"33598575-8404-5b92-bfea-14aa8e9b5544":{"title":"SINTRA"},"37d6f9fc-2d1d-58a5-809b-e7326bd1dc23":{"title":"RABAT","description":"C’est au IVe/Xe siècle que des guerriers musulmans orthodoxes, en lutte contre des tribus hérétiques, construisirent un camp fortifié, *ribat*, sur la rive gauche de l’embouchure du Bou Regreg, non loin des vestiges de l’antique cité romaine de Sala Colonia. Elle-même fut érigée sur l’emplacement d’une petite agglomération qui servait, dès le Xe siècle avant J.-C., d’escale phénicienne puis carthaginoise lorsque l’unité du Maghreb occidental, d’Alger à l’Atlantique, du Sahara à al-Andalus, fut réalisée par les Almoravides (447/1056-542/1147). Ces *Mourabitines*, “hommes du ribat”, donnèrent au *ribat* du Bou Regreg une dimension sacrée et en firent la tête de pont de la lutte contre les Berghouata, responsables de la mort de Abdallah Ibn Yassin, fondateur de la dynastie. Les Almohades ayant supplanté les Almoravides, le *ribat* du Bou Regreg, au lieu de perdre son rôle défensif et militaire, entre dans l’Histoire sous le règne du premier souverain almohade Abd al-Moumen (524/1130-558/1163) sous le nom de “*Ribat al-Fath*”, “Cantonnement de la Conquête”. \nEn effet, c’est vers 540/1146 qu’Abd al- Moumen, le fondateur du plus grand empire musulman d’Occident qui ait jamais existé, ordonna la création d’une casbah avec ses palais, sa mosquée et ses bassins de retenue. Il la baptisa, dans un premier temps, *Mahdiya*, la ville du *Mahdi* par référence à Ibn Toumert, promoteur du mouvement réformiste musulman qui se proclama *Mahdi*, c’est-à-dire “Elu de Dieu”, choisi pour prôner le Bien et combattre le Mal. \nSelon le témoignage de Hassan al-Ouazzane, connu sous le pseudonyme de Léon l’Africain, le calife almohade s’attacha, d’une manière toute particulière, à la nouvelle casbah et prit l’habitude de s’y rendre chaque année entre avril et septembre, de même qu’il y tenait, de temps à autre, des réunions élargies où il rassemblait autour de lui les gouverneurs des provinces et les chefs de l’armée. De plus, le *ribat* prit une dimension guerrière accrue en devenant un lieu de rassemblement des troupes, un jalon sur le chemin de la conquête de l’Espagne où les musulmans faisaient face à un regain d’opposition chrétienne.Abd al-Moumen agrandit donc le *ribat*, fortifia la casbah, Salé et la Maamora, et édifia un important chantier naval. Les villes du Bou Regreg venaient d’entrer de plain-pied dans l’Histoire. \nL’Empire almohade connut son véritable âge d’or sous le règne du petit-fils d’Abd al-Moumen, Abou Youssef Ya‘coub al-Mansour (579/1184-595/1199), qui défit les Castillans à Alarcos en 591/ 1195, collectant à cette occasion un butin énorme qui lui permit de réaliser sa grande oeuvre de bâtisseur. C’est ainsi qu’il décida, en particulier, d’édifier une véritable capitale almohade, à l’instar de la Fès des Idrissides et de la Marrakech des Almoravides. Ayant à l’esprit le destin andalou de son empire, il choisit le site du *ribat* du Bou Regreg, directement ouvert sur l’océan, pour abriter, selon lui, une des plus grandes villes du monde musulman. Il entreprit la construction d’une mosquée gigantesque qui devait être la plus grande de l’Islam après celle de Samarra en Iraq. Mais en 595/1199, alors que le minaret s’élevait déjà à plus de 40 m du sol,Ya‘coub al-Mansour mourut et les travaux s’arrêtèrent pour ne reprendre, sur le même site, que sept siècles et demi plus tard pour l’édification du mausolée de Mohamed V. \nAinsi, après que *Ribat al-Fath* fut devenue une charmante cité dont les géographes de l’époque vantaient les belles demeures, la côte attrayante, les vergers variés et généreux, les nombreuses barcasses assurant en permanence la navette entre les deux rives du fleuve que reliait d’ailleurs un pont de bois, ainsi que la prospérité de ses habitants et la sécurité qui y régnait, elle se dépeupla progressivement après la mort d’al-Mansour,mais aussi et surtout après la défaite de Las Navas de Tolosa, en 608/1212, qui mit le holà à la conquête musulmane d’al-Andalus. Elle conserva toutefois une certaine prospérité économique, issue de la pêche et de l’agriculture, d’autant plus qu’elle profita des nouvelles techniques importées par les réfugiés andalous. \nAvec l’effritement de l’Empire almohade, *Ribat al-Fath* entra dans une ère de morosité et d’effacement, bien que l’estuaire du fleuve gardât son caractère sacré. C’est ce prestige mythique et mystique qui incita le fondateur de la dynastie mérinide,Abou Youssef Ya‘coub (656/1258-685/1286), à enterrer son épouse, al-Horra Oum al-Izz, dans l’antique site du Chellah en 682/1284 et à s’y faire enterrer lui-même à sa mort. Les différents souverains de la dynastie perpétuèrent cette tradition et, en 739/1339, Abou al-Hassan fit ériger un rempart et une zaouïa. Et même lorsque Abou Inan, fils d’Abou al-Hassan, se révolta contre son père tué dans la bataille, le corps du calife fut ramené à Rabat pour y être enterré dans la nécropole. \nLorsque les Hafsides de Tunisie créèrent des troubles qui accaparèrent les Mérinides et leur firent négliger l’embouchure du Bou Regreg, la rive gauche vécut dans une sorte d’hibernation pendant que le Chellah veillait ses morts dans le silence. Mais Salé continua de connaître une activité agricole et portuaire importante, et reçut plusieurs apports de populations: Berbères, Andalous et aussi Tunisiens.","extra":{"author":"Kamal Lakhdar"}},"39b8eaff-ee45-5678-bd24-37bb72687b8e":{"title":"TAORMINE"},"3ac8be4a-60b0-501f-ae16-415814fefcd9":{"title":"ADRANO"},"3b8103a8-becc-51c6-a642-41a3f1554497":{"title":"LEMTA","description":"Agglomération d’origine libyco-punique, Leptiminus est mentionnée pour la première fois, au IVe siècle av. J.-C. Ralliée à Rome, lors de la troisième guerre punique, en 146 av. J.-C., elle profita, après la défaite de Carthage, du statut d’une ville libre. Elevée au rang de colonie par Trajan, elle devint le chef-lieu de la région domaniale de Leptiminensis. Après la conquête byzantine, elle devint la résidence du commandement militaire de la Byzacène. Sa renaissance date de l’époque aghlabide: d’un simple *ribat* qui sert de refuge aux pêcheurs, Lemta devint un des plus importants ports de l’Ifriqiya. Néanmoins, elle fut supplantée par Mahdia, au IIIe-IVe/d. Xe siècle. Aux alentours de Lemta se trouve une saline qui produisait, selon el-Bekri, un sel de très bonne qualité.","extra":{"author":"Mourad Rammah"}},"3bd697d1-1027-5e5d-9907-d117f0bf38fb":{"title":"Par les Terres de la Maure Enchantée. L'art islamique au Portugal","description":"On ne peut dissocier l’avènement de la civilisation islamique du contexte géographique et culturel ni des traditions urbaines méditerranéennes qui ont vu, à l’époque, de graves schismes secouer les systèmes religieux, notamment le christianisme. Il est de plus en plus admis que la nouvelle mystique religieuse s’est plus propagée dans les milieux citadins et marchands, qu’elle ne fut imposée par les escadrons militaires des guerriers. Adopter ce point de vue permet de mieux comprendre l’évolution de l’islam ibérique pour expliquer l’avancée rapide et efficace d’un prosélytisme religieux qui s’étendit, en quelques années seulement, à presque toute la péninsule Ibérique. Les recherches archéologiques et l’historiographie récente tendent désormais à minimiser les faits militaires pour mettre de l’avant un phénomène de contamination et de synthèse culturelle apportés par des marins, des marchands et des muletiers qui profitèrent du développement de grands axes maritimes et de l’essor des centres urbains. \nC’est ainsi qu’en parcourant les Terres de la Maure Enchantée, le visiteur est invité à découvrir en dix circuits les singularités d’un art islamique qui, au Portugal, s’est développé en marge des grands centres de la civilisation andalouse. Depuis Coïmbra jusqu'aux confins de l'Algarve, les populations de l'ancien Gharb al-Andalus ont intégré leurs héritages riches et variés pour refléter dans leurs réalisations l'expression d'une symbiose délicate qui caractérise l'architecture populaire locale. \nSi aujourd’hui les produits manufacturés restent rares dans les collections muséales, l’art islamique se décline, entre autres, dans le patrimoine architectural. Au fil des palais, des mosquées christianisées, des fortifications et des centres urbains s’affirme la splendeur d'un passé glorieux où s’est forgé l'identité culturelle du Portugal.","extra":{"introd_type":"other-intro#3"}},"3c220c46-7247-5a4c-8307-edb69c9d95b2":{"title":"Touggourt","description":""},"3cb405e1-d7e3-557c-a9d5-195513f53afb":{"title":"Qalaa des Beni Hammad","description":""},"3e4984f1-8471-5aa4-b8db-98582c1a7b9e":{"title":"CALERA DE LEÓN"},"3faf7c9b-92f5-500e-8dce-9b0469575b83":{"title":"MADABA","description":"L’existence de Madaba remonte aux origines bibliques; mais cette “Cité des mosaïques” est surtout célèbre en tant que siège d’un évêché byzantin et par son école de mosaïques. À l’époque romanobyzantine, Madaba fait partie de la *Provincia Arabia* créée par l’empereur Trajan après la conquête de la région. À partir de la conquête arabo-musulmane du début du Ier/VIIe siècle et pendant la période omeyyade, Madaba sera rattachée à la région de la Belqa, sous la juridiction de la province militaire de Damas. Les sources archéologiques et les archives concordent pour attester que la population et le rôle de Madaba sont en déclin à partir du IIIe/IXe siècle. 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Le mausolée de Sidi Okba érigé en 63/683, quelques années après sa mort, sur les lieux mêmes où il fut combattu, témoigne de l’adhésion des populations locales à la nouvelle religion, même si, aux dires d’Ibn Khaldoun, les Berbères étaient aussi prompts à la conversion qu’à l’apostasie – “douze fois en soixante-dix ans”, avance-t-il. \n \nDurant la période de transition entre les califats omeyyade et abbasside, le Maghreb est encore gouverné par les héritiers des premiers conquérants arabes sous diverses dénominations : Fihrissites (tribu d’origine de Sidi Okba), *wullat* (pluriel de *wilaya*, province), comme attesté par l’étalon de poids en verre conservé au Musée national des antiquités et des arts islamiques et découvert dans la ville de Mila. Il porte une inscription en caractères coufiques qui déclare : “Au nom de Dieu. Parmi ce qu’a ordonné / le gouverneur Abd al-Rahman ben Habib / à Masal ben Hammad, préfet de Mila / vingt *ukiya*, en l’an / cent vingt-sept”. Le Maghreb appartient toujours au bloc politico-religieux du monde musulman. \n \nCependant, les nouveaux conquérants arabes appliquent une lourde fiscalité et affichent un mépris pesant à l’égard des nouveaux convertis. La réaction, alimentée par un particularisme exacerbé, se traduit alors par une entrée en dissidence avec l’adoption de la doctrine kharidjite. Celle-ci est un schisme à caractère révolutionnaire né en Orient, après que les partisans du calife Ali lui eurent manifesté leur désapprobation en “sortant” de ses rangs. Au Maghreb, elle fournit à la résistance berbère un fondement idéologique religieux contre le despotisme et l’arbitraire des Arabes. Différents noyaux de dissidence se créent alors. En 140/758, ces Kharidjites parviennent à s’emparer de la capitale, Kairouan, mais en 143/761, son gouverneur, Abd al-Rahman ibn Rostom, en est chassé. Il réussit à prendre la fuite et créera bientôt le premier état kharidjite de tendance ibadite. \n \nAu même moment, Abou Qorra fonde lui aussi un royaume kharidjite aux environs de la ville de Tlemcen. En 771, ces deux royaumes coalisés tiennent le Maghreb central et l’Ifriqiya. \n \nTahert, près de l’actuelle ville de Tiaret, sera la première capitale ibadite et restera le symbole de l’opposition au pouvoir central de Kairouan tout au long des cent trente-deux ans de son existence en tant que capitale du royaume rostémide. De cette cité jadis florissante, il ne reste que quelques vestiges à proximité de Tiaret. Elle est détruite en 298/911 par la nouvelle force montante qui apparaît alors au Maghreb central, la dynastie fatimide, qui, de sa base établie à Ikjan en Petite Kabylie, fera tomber successivement toutes les cités kharidjites. \n \nAprès la chute de leur capitale, les Kharidjites sont contraints au “regroupement défensif” et à l’exil. Ils se réfugient alors au Sahara, à Sédrata (Isedraten), leur deuxième capitale, près de la ville de Ouargla. Malgré les terribles fièvres et l’aridité absolue du désert environnant, les fugitifs décident d’y construire leur ville car, à soixante mètres de profondeur, ils trouvèrent une nappe artésienne immense. Dès lors, la ville ne cessa de se développer et connut, comme Tahert dont elle était l’héritière, un rayonnement intellectuel intense. Elle sera à son tour détruite par les Hammadides en 469/1077 et abandonnée, ne tardant pas dès lors à être enfouie sous les sables. \n \nAprès la destruction de leur ville, les Ibadites s’enfonceront, plus à l’ouest, dans la vallée du M’zab, où ils avaient fondé, à partir de 433/1042, les cinq villes où leurs descendants vivent encore aujourd’hui, ne manquant pas, chaque année au printemps, de se rendre en pèlerinage et de prier longuement avec leurs coreligionnaires sur les vestiges de ce qui fut leurs capitales primitives de Tahert et de Sédrata. \n \nAujourd’hui, installés dans le cadre naturel hostile de la vallée du M’zab dompté par leur génie créatif, ils ont pu maîtriser les précieuses ressources hydrauliques, inventer des formes d’urbanisation et d’architecture originales et allier la prospérité économique à la ferveur religieuse de l’ibadisme. Ghardaïa, la capitale mozabite, est une leçon d’architecture pour nombre de prestigieux architectes : “Un mode de construction \nqui dicte la forme et en donne l’esthétique” (Hassan Fathy) ; “Le M’zab est prestigieux sans intention de prestige” (André Ravereau). Depuis sa création, la ville n’a cessé d’assurer cet axe essentiel du commerce transsaharien de Kairouan à Gao et d’Alger aux abords du Nil et aux villes saintes de La Mecque et de Médine.","extra":{"introd_type":"ET-long#2","et_introduction":"IAM;dz;I;en;1"}},"422310e1-b698-5e49-9b64-ee6a30f98420":{"title":"GHAWR AL-SAFI / ÇOAR","description":"Le site de l’antique Çoar se trouve à Khirbat Cheikh Isa, près de Ghawr al-Safi, à l’extrémité sud-est de la mer Morte, à environ 63 km au sud-ouest de Karak. Çoar est mentionnée pour la première fois dans les récits bibliques de la Genèse (14:2). La cité apparaît sous le nom de Bala‘ dans l’épisode des quatre rois d’Orient qui envahissent les cinq villes de la plaine de la mer Morte. Cette campagne des quatre rois est censée avoir eu lieu au temps d’Abraham, au cours du deuxième millénaire av. J.-C. Cependant, pour le célèbre spécialiste de l’histoire biblique de Vaux, les récits de la Genèse 14, écrits surtout pour attribuer un rôle à Abraham dans les événements, sont difficilement compatibles avec les connaissances historiques sur le Moyen-Orient. Quoi qu’il en soit, Çoar est de nouveau mentionnée dans le récit du châtiment de Sodome et Gomorrhe. Cet épisode de la Genèse 19 rapporte que Loth, le neveu d’Abraham, priait pour le salut de la petite ville proche de Sodome, et que Yahvé accéda à sa demande. Ainsi, Bala‘ sera renommée Çoar, “la petite”, du fait qu’elle a été épargnée en partie à cause de son insignifiance. Finalement, Loth va s’enfuir dans la montagne et trouver refuge dans une grotte (cf. “Le monastère de Saint-Loth”). C’est là, poursuit le récit, que ses filles donneront naissance l’une à Moab, le père des Moabites, et l’autre à Ben Ammi, l’ancêtre des Ammonites. Des relevés récents faits à Ghawr al-Safi ont permis la redécouverte des ruines de Khirbat Cheikh Isa –comprenant une impressionnante section d’un mur d’enceinte– qui sont maintenant identifiées comme le site antique de Çoar. \nÇoar sera de nouveau mentionnée dans les prophéties de Jérémie (Jr, 48:34) et d’Isaïe (Is, 15:5), à propos d’événements survenus au VIe siècle av. J.-C.: “*Mon coeur gémit sur Moab; ses fugitifs courent jusqu’à Çoar…*” Cet oracle fait référence à une invasion des Babyloniens, soit celle de Nabuchodonosor II, en 598, soit celle de Nabonide, en 552 av. J.-C. Au cours de sa marche sur Tayma, en Arabie, Nabonide, le dernier roi de Babylone, fera la conquête de Moab et d’Edom. Un basrelief sculpté dans la roche de Sela‘, au sud de Tafilah, l’immortalisera. \nSous les Nabatéens, la cité devient certainement une des principales haltes sur la route de Pétra à la mer Morte dont le bitume, alors vendu aux Égyptiens qui l’utilisaient pour la momification, était très recherché. Sa position stratégique vaudra à Çoar d’être soumise par le prince asmonéen Alexandre Jannée en 83-82 av. J.-C., mais aussi d’être finalement rétrocédée à Aretas III par Hyrcan II. À la suite de l’annexion du royaume nabatéen, en 106, une garnison romaine s’établit à Çoar. Le camp romain se trouvait au-dessus de Khirbat Cheikh Isa, sur le site d’Oum al-Tawabin. \nSous le règne d’Hadrien (117-138), Çoar sera mentionnée de nouveau dans les archives de Babatha, une femme riche d’origine juive, qui vit à Maoz, le port de Çoar sur la mer Morte. Au moment de la révolte de Bar Kokhba, qui éclate en 132, Babatha rassemble tous ses documents personnels pour les dissimuler dans une grotte près d’En-Gedi. Grâce à ces archives, nous savons qu’elle a été mariée deux fois, non sans avoir rencontré quelques difficultés pour son deuxième mariage, la première épouse de son mari refusant de divorcer. Babatha lui intentera un procès. Elle aura encore d’autres litiges avec Jean, fils de Joseph Eglas, et avec Abodobodas, fils d’Ellouthas, les tuteurs de son enfant orphelin de père, Jésus. Ses procès seront portés devant le gouverneur de Pétra ou d’Areopolis-Rabba. \nAu moment de la réorganisation de l’empire romain par Dioclétien, à la fin du IIIe siècle, Çoar sera rattachée à la *Palestina Tertia*. Sur la carte en mosaïques de Madaba, Çoar est figurée par une église, à la droite d’une palmeraie ; elle est nommée “Balak”. Au Moyen Âge islamique, la ville de Çoar (*Zaghar*, en arabe) deviendra très prospère et son oasis est alors célèbre pour ses productions de dattes, d’indigo, de sirop, de sucre et de baume.","extra":{"author":"Fawzi Zayadine"}},"439fce29-6fb5-52b1-ab0a-8ff0dd1c62d4":{"title":"FARO"},"4513cc9c-f21f-5c79-865a-7a8c13b43f2a":{"title":"BEJAÏA","description":"C’est sans aucun doute pour son site abrité que les Phéniciens avaient choisi ce lieu afin d’y établir leur comptoir. Avant l’occupation romaine, la ville faisait partie des territoires de la Numidie de Massinissa. Après les révoltes berbères menées par Jugurtha, Rome annexa la Numidie occidentale à la Maurétanie et Saldae, la ville romaine, devint alors une colonie fondée par Auguste : une inscription découverte dans la région la cite comme “Colonia Julia Augusta Saldantium”. \nÀ l’époque vandale, Béjaia devint capitale. C’est, dit-on, “Saldae que Genséric choisit pour capitale”. Ensuite, elle tomba sous le règne des Byzantins. Plusieurs amphores, des mosaïques, des chapiteaux et des pièces de monnaies ont été trouvés par les archéologues lors de récentes fouilles. Au IIe/VIIIe siècle, elle est occupée par les Arabes. \nSelon Ibn Khaldoun, c’est en 459/1067 que le sultan hammadide al-Nasir fonde la ville à laquelle il donne le nom de Nasiria mais qui gardera son nom de Béjaia, en référence à la tribu des Bgayet. C’est sur les conseils de l’émissaire de l’émir ziride Tamim qu’al-Nasir fonda la ville qui devait devenir la deuxième capitale du royaume hammadide. Port bien situé, facile à défendre, elle connut une vie culturelle et religieuse brillante. \nDes milliers d’ouvriers se mirent à l’oeuvre et construisirent, en quelques mois, l’immense mur d’enceinte, flanqué de bastions qui, du bord de mer, s’élève par gradins sur les pentes abruptes du mont Gouraya. Il fermait la ville du côté de la mer en suivant les sinuosités du littoral. La muraille percée de plusieurs portes protégeait de nombreux palais. \nAl-Nasir favorisa le peuplement de la cité en dispensant ses habitants de l’impôt (*kharadj*) et en la reliant par une route royale (*tarik al-Soltane*) à la Qalaa. C’est sous le règne d’al-Mansour, en 482/1090, lorsque celui-ci dut abandonner la Qalaa sous la pression des nomades, qu’elle devint capitale d’un royaume qui s’étendait de Ténès à Annaba, exerçant une autorité indirecte sur Tlemcen et Tunis. Béjaia représentait le pôle majeur de tout le Maghreb central et compta jusqu’à 100000 habitants. \nAu sud-ouest de la ville se trouvait le quartier nommé Dar Senaa, darse, arsenal maritime et chantier naval où, d’après al-Idrissi, on “construit de gros bâtiments et des vaisseaux de guerre car le bois de construction ne fait pas défaut dans ses vallées et dans ses montagnes et la forêt produit de l’excellente résine ainsi que du goudron”. \nUn grand nombre de savants y séjournèrent. Un historien qui en était originaire établit la liste de pas moins de 104 personnalités en droit, médecine, poésie ou religion qui y vécurent. La ville fut le lieu de rencontres de la culture orthodoxe d’Orient et de celle, plus libre, d’al-Andalus. \nDe ce passé prestigieux, il reste peu de choses. Des portes sont parvenus les vestiges de Bab al-Bahr (porte de la Mer) et Bab al-Bounoud (porte des Étendards). On ne trouve plus trace des palais abrités dans l’enceinte de la ville, mais le géographe Ibn Hamdis nous en a décrit les cours intérieures dallées de marbre et les “vasques au bord desquelles sont assis des lions qui alimentent de leurs gueules la fontaine, avec l’eau qui ressemble à des lames de sabres”. \nLe palais de la Perle, Qasr al-Lou’lou’a, était muni de fenêtres barreaudées de fer ; les portes étaient ajourées et incrustées. Les murs des salles de réception à stalactites étaient couverts de marbre sculpté sur toute leur surface, peints en certains endroits en or et en grenat, et portaient des inscriptions écrites en caractères arabes en or. La Grande Mosquée, située non loin de ce palais, était des plus remarquables. \nAl-Mansour, fils d’al-Nasir, continua l’oeuvre de son père. Il bâtit à son tour des palais parmi lesquels on cite le palais d’Amimoun, décrit par Léon l’Africain : “À côté de la montagne existe une grande forteresse aux murs solides.” \nBéjaia fut également un foyer intellectuel et scientifique rayonnant. Sa renommée attira de partout des savants, des commerçants, des poètes, des marins, donnant ainsi à la ville l’aspect d’une capitale d’un pays prospère et de siège d’une puissante dynastie. Le rôle joué par cette ville dans la transmission du savoir au Moyen Âge musulman est confirmé par les séjours plus ou moins longs de personnalités scientifiques et littéraires prestigieuses, versées dans tous les domaines de la connaissance : le métaphysicien andalou Ibn Arabi, le mathématicien italien Leonardo Fibonacci, le philosophe catalan Raymond Lulle, l’historien Ibn Khaldoun, le poète sicilien Ibn Hamdis. Il y eut aussi le *wali* Sidi Boumediène, natif de Séville et dont le tombeau est encore, à Tlemcen, objet de vénération. C’est encore à Béjaia que le *mahdi* Ibn Toumert séjourna avant de rencontrer, à Mellala, près de la ville, Abdelmoumen qui deviendra chef des Almohades.","extra":{"author":"Author: Comité scientifique (Farida Benouis, Houria Chérid, Lakhdar Drias, Amine Semar)"}},"453bd9ed-5689-560d-9d8c-e978393425a4":{"title":"L’ARIANA","description":"L’Ariana existait-elle déjà dans l’Antiquité ? Bien qu’un texte de Marmol la présente comme “bastie par les Romains” et que Léon l’Africain l’attribue aux Goths, aucun élément archéologique ne corrobore ces dires. Par contre, un texte du IVe/Xe siècle, relatif à la biographie de Sidi Mahrez, mentionne l’Ariana comme étant le lieu où ce cheikh vécut avant de s’installer à Tunis où il fut reconnu comme le saint patron de la ville. Nous savons par ailleurs qu’au Ve/XIe siècle, cette cité avait sa mosquée, et un hammam, et qu’elle fut suffisamment prospère pour justifier l’envoi par les Zirides d’un gouverneur chargé de lever les impôts. \n \nCette plaine fut, pour la salubrité de son climat et sa richesse en eau, choisie par le sultan el-Mustansir pour édifier sa résidence estivale de Abou Fihr, objet d’admiration de tous les visiteurs (Ibn Khaldoun, le poète Dimamini...). L’Ariana est connue également pour son rôle d’avant-poste défendant Tunis des incursions venues par mer, à travers les plaines d’el-Aouina et de la Soukra. C’était l’itinéraire qui fut suivi par les croisés, conduits par le Roi de France, Saint Louis. De l’Ariana partirent les contingents de guerriers comptant parmi eux Sidi Ammar El-Maaroufi, un mystique, accouru de Kairouan pour répondre à l’appel de la Guerre Sainte. Il mourut de dysenterie peu après le départ des croisés et fut enterré à l’entrée de l’Ariana. Considéré comme le saint protecteur de la ville, sa tombe est devenue l’objet de la vénération assidue de tout Arianais. \n \nAu XIe/XVIIe siècle, l’Ariana accueillit une importante communauté morisque qui introduisit de nouvelles coutumes au niveau de l’art culinaire, du costume, du parler, et de l’art de l’arboriculture maraîchère encore perceptibles de nos jours. \n \nAu XIIe/XVIIIe, l’Ariana vit l’arrivée des premières familles juives venues d’Algérie et la fondation de la première synagogue, la Ghriba. Cette communauté connut une telle croissance qu’elle devint majoritaire tout au long des années 30 de notre siècle.Au XIIIe/XIXe siècle, l’Ariana attira les hauts dignitaires de Tunis qui y édifièrent des *borj*s au milieu de vastes jardins où poussait la rose de l’Ariana (Borj Ben Ayed, Borj El-Baccouch, Borj El- Zaouch, Borj Raffo...). Les Tunisois de condition modeste, musulmans ou juifs, louaient dans le village une chambre ou deux, le temps d’une villégiature printanière. \n \nPetit à petit, les vacanciers s’établissaient définitivement à l’Ariana, et le village prit l’allure d’une ville, gérée depuis 1908 par une municipalité.Avec l’explosion urbaine, l’Ariana et Tunis ne sont désormais plus séparées que par une voie automobile.","extra":{"author":"Jamila Binous"}},"47626984-b0e6-5a43-a47f-b45bd0d69084":{"title":"Rabat","description":""},"481d69ba-fef4-5f6a-bd9f-ec4ccbc7e317":{"title":"ALCALÁ DE HENARES"},"4c826830-28fc-5f55-a48a-4b1db5a7171b":{"title":"Tamentit","description":""},"4cda4f97-49cc-5340-be3a-bfee0962a2f0":{"title":"TİRE"},"4d1283f1-3039-5147-9e77-748c596e2f3f":{"title":"Setif","description":""},"4e4922f8-6cb3-5fd8-bd0e-d9ec2ff93219":{"title":"Les Omeyyades. Naissance de l'Art Islamique","description":"La dynastie des Omeyyades a gouverné le monde musulman du VIIe au début du XIe siècle. En Jordanie, sa présence a favorisé l’émergence de l’art islamique naissant, en une subtile transition entre vestiges des civilisations successives précédentes et avènement d’une nouvelle tradition artistique. Celle-ci garde, aujourd’hui encore, certains de ses mystères tels les châteaux omeyyades du désert. Quelle fut la fonction exacte de ces surprenantes constructions ? Quelle est la signification de leurs décorations aux intrigantes représentations anthropomorphiques ? Que ce soit dans l’influence hellénistique du tracé des fresques de Qousayr Amra ou dans celui du plan orthogonal de la ville d’Aqaba, les Omeyyades ont tiré parti des influences classiques et orientales. Avec une grande liberté, ils ont su réinventer, en un ingénieux syncrétisme, les formes d’une nouvelle expression artistique, trait d’union entre Asie et Méditerranée.","extra":{"introd_type":"other-intro#3"}},"4e77196e-e40e-5eda-84dc-8e76171356bb":{"title":"Alger","description":""},"4ed768cc-401b-50c2-beb4-7aae3d01fc17":{"title":"TOZEUR","description":"Le nom de Tozeur vient du latin Thusorus, nom que les Romains lui ont attribuée alors qu’elle n’était pour eux qu’ une citadelle sur le *limes* qui devait contenir les populations berbères nomades. Les Arabes, conduits par Hassan Ibn Nou‘man, en l’occupant en 73/693, trouvèrent une ville latinisée, christianisée et influente. Sa reddition rapide lui a épargné des représailles. D’après el-Tijani, les conquérants ont respecté les églises et ont construit à côté de chacune d’elles une mosquée. Les ruines de ces églises étaient encore debout au moment de sa visite à la région. \n \nDès l’occupation, les nouveaux maîtres ont attribué à Tozeur un deuxième nom également d’origine latine: Qastiliya, de Castella, la citadelle. Chef-lieu de tout le Jérid, Tozeur partagera avec lui ce nouveau nom, jusqu’au XIIIe/XIXe siècle à peu près. Depuis ce moment, les documents officiels et les relations de voyage ne parlent que de pays des palmiers, *Bled el-Jerid*. \n \nLa population de Tozeur, faite d’un fond romain auquel se sont greffés les groupes arabes de l’occupation et des fractions berbères, perdra son équilibre au VIe/XIIe siècle avec l’invasion hilalienne qui fut suivie de troubles souvent sanglants. \n \nLes chroniqueurs arabes du haut Moyen Âge nous la présentent comme la principale ville du Jérid, opulente et active, et nous parlent avec admiration de ses remparts construits de pierres et de briques, de ses souks nombreux, de sa mosquée bien construite, de ses larges faubourgs et de sa luxuriante oasis qui produit les meilleures dattes et les plus abondantes de toute l’Ifriqiya. “Elle libère quotidiennement, dit au Ve/XIe siècle el-Bekri, 1 000 chameaux chargés de dattes”. Sa richesse lui venait de l’exportation des dattes et des produits de l’artisanat, essentiellement celui du tissage de la laine et de la soie. \n \nOpulente et lointaine, Tozeur, comme le reste du Jérid, fut convoitée par des dissidents en révolte contre le pouvoir central ou animés, sous l’ambition de familles puissantes, de velléités d’indépendance. Les Majorquins Banou Ghaniya, disputant le pouvoir aux Almohades, font de Tozeur et de Gafsa jusqu’en 582/ 1187-583/1188 leur base d’attaque. Entre 732/1332 et 792/1390, les Banou Yamloul ont pu, quoique avec des coupures forcées par le pouvoir central, devenir les potentats de cette ville, ne reconnaissant que pour la forme leur allégeance aux souverains hafsides. \n \nEn dépit de ces convulsions, parfois sanglantes, et des exactions fiscales, Tozeur a continué à briller de son éclat jusqu’au milieu du XIIIe/XIXe siècle. El-Tijani en dresse un tableau fascinant. D’après lui, les habitants de Tozeur occupent essentiellement l’oasis où les habitations sont plus grandes et plus belles que celles de la ville. Emerveillé par le spectacle que lui offrait un observatoire situé au point de rassemblement des eaux, il nous le décrit ainsi: “Les foulons s’y rassemblent et étendent leurs tissus colorés et toutes sortes d’objets décorés, à tel point que tout l’espace se trouve couvert. Le spectateur a l’impression de se trouver dans un paradis aux fleurs épanouies et aux ruisseaux libérés”. Les “ruisseaux libérés” n’étaient autres que les cours d’eau s’échappant de l’oued et que nourrissent les sources ainsi que les canaux d’irrigation, *seguia*, de l’oasis. Le système d’irrigation, judicieux, permettait à chacun d’avoir équitablement sa part d’eau et au pouvoir son dû fiscal. Dans ce partage qui se base sur la mesure du temps, on utilisait les *qadus*: clepsydres rudimentaires en poterie qui se vidaient huit fois par jour. \n \nTozeur actuelle présente des quartiers modernes et des quartiers anciens, particulièrement celui de Zebda et d’Ouled el-Hadef. Les rues de celui-ci, tortueuses et couvertes, en tronçons, par des voûtes épaisses, débouchent sur des placettes. Les façades des maisons, des zaouïas et des mosquées sont parées de beaux revêtements de briques réticulées. \n \nR. Brunschvig, interprétant les témoignages des géographes du Moyen Âge et ceux de Léon l’Africain au Xe/XVIe siècle, est enclin à penser que Tozeur médiévale se trouve à Bled el-Hadhar, situé légèrement au sud de Tozeur actuelle: “C’est là, à l’intérieur d’une petite mosquée, dit-il, qu’on peut admirer un beau *mihrab*, daté de 590/1194, construit sous les Almohades, ou plutôt par Yahya Ben Ghaniya”.","extra":{"author":"Kadri Bouteraa, Ali Zouari"}},"4fca1279-fab7-5a6b-90c6-3cc036ec94e1":{"title":"ALCAMO"},"4fd583ae-55e5-5b24-ad6e-b47f82ce22a4":{"title":"AL-‘UBBAD","description":"De son nom d’origine “Ribat el-Eubad, c’est-à-dire place fortifiée d’el-Eubad, le village était constitué de deux parties, el-Eubad el-Fouqi (celui d’en haut), l’actuel el-Eubad, et el-Eubad Essefli (celui d’en bas), qui aujourd’hui se confond totalement avec l’extension de Tlemcen. En dehors des *koubba*s de Sidi Senoussi et Sidi Bou Ishaq el-Tayyar, deux saints patrons du village, l’intérêt d’el-Eubad réside dans l’ensemble architectural composé du tombeau et de la mosquée Sidi Boumediène. \n \nAu bout du petit chemin qui monte à el-Eubad, on accède à une grande cour dallée de marbre par une entrée couverte. L’ensemble est construit sur un plan rectangulaire et se partage entre, à gauche le tombeau et à droite la mosquée. Bâtie en 729/1329, la mosquée est d’abord remarquable par son porche monumental qui en signe l’entrée. Avec son arc de 7 mètres de haut et son escalier qui mène à sa belle porte à deux battants en cèdre, décorée de feuilles de bronze ciselées, c’est un monument à lui seul. Sur la façade du porche, dans un encadrement rectangulaire en triple feston de brique incrustée d’émail et de filets verts, une composition d’arabesques en zelliges de quatre tons – blanc, brun, vert et jaune – encadre l’arc. Au-dessus de cet encadrement rectangulaire, une frise épigraphique est dédiée au sultan Abou al-Hassan, le commanditaire. \n \nLe minaret est à droite de la mosquée et remarquablement bien conservé, ce qui permet d’admirer les belles faïences qui le recouvrent, ses panneaux en losanges et le revêtement de sa couronne en mosaïque de faïences aux rosaces à vingtquatre branches.","extra":{"author":"Author: Comité scientifique (Farida Benouis, Houria Chérid, Lakhdar Drias, Amine Semar)"}},"50476e17-6d49-5df1-94bd-d5845b628a69":{"title":"Tleta","description":""},"506ebfbe-e49b-5f19-8db5-62c712fa2323":{"title":"VILLALÓN DE CAMPOS"},"53224035-1f11-5b34-8672-584f4a9db127":{"title":"ARÉVALO"},"54a22a50-1d3e-5afe-8ad5-6532ec457aab":{"title":"MAYORGA DE CAMPOS (option)"},"54f3557a-f461-5e80-9858-4d48823dfd96":{"title":"SILVES"},"5832c384-a296-5aad-bd78-97b1516eb533":{"title":"L'Art Mudéjar. L'esthétique islamique dans l'art chrétien","description":"Une des facettes les plus remarquables de l’art Mudéjar est qu’il soit si caractéristique à un espace géographique précis : la péninsule ibérique et tout particulièrement l’Espagne. Il est né de la volonté éclairée des souverains catholiques d’employer les techniques et le savoir-faire des artisans musulmans réchappés des vagues d’exode post-Reconquista, et dont les réalisations architecturales avaient fasciné la monarchie et la noblesse chrétienne. \nDans sa forme et sa structure, l’art Mudéjar est intrinsèquement lié aux valeurs de la culture chrétienne dont le message est porté par les motifs et ornements hérités de la culture islamique. Peu de lieux auront vu éclore avec autant d’harmonie un art issu de la rencontre entre Orient et Occident, au fil des influences romanes, gothiques ou renaissance. 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Le coeur de la ville est constitué par le *ksar* Mestawa dominé par la Grande Mosquée dotée d’encadrements de portes et de colonnettes en marbre blanc. La façade est revêtue de carreaux de faïence vernis. Près de la mosquée se dresse un minaret construit en briques de terre cuite. \n \nDurant les premiers siècles de l’islam, la ville de Touggourt dépendait des gouverneurs de Biskra. Au IXe/XVe siècle, après l’arrivée du premier souverain, Souleyman ben Djellab, d’origine marocaine et apparenté aux Mérinides, une nouvelle dynastie régna pendant quatre siècles avec l’aide des populations nomades de la région. Au Xe/XVIe siècle, l’influence ottomane se fit plus dure pour les populations soumises au paiement de lourds impôts. 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Okba conçut le plan de Kairouan en implantant en son milieu la Grande Mosquée à côté de laquelle il construisit le palais du gouvernement et jeta les bases de l’artère principale qui portera plus tard le nom du “Grand Simat” avant de procéder à la distribution des parcelles de terrain à ses soldats. Kairouan devint une ville et les gens affluèrent de partout. Ni la révolte de Kusseila (64/684) ni la rébellion de la Kahina contre Hassan Ibn el-Nu‘man (78/698- 82/701) ne parvinrent à ensevelir la nouvelle-née qui a vu le jour dans un environnement très hostile. En effet, après la pacification du pays, la ville souffrit des menées des Berbères kharijites qui se révoltèrent en prônant l’égalité entre les races. Ils la saccagèrent et massacrèrent sa population à plusieurs reprises (124/742-139/757). C’est alors que la protection de la ville s’imposa: ce fut l’oeuvre de Mohamed Ibn el-Ach, le premier chef abbasside qui s’installa à Kairouan et entreprit de la protéger contre les envahisseurs par l’édification d’un rempart en 144/762. Le calife abbasside el-Mansour écrivit à ce propos à el-Aghlab Ibn Salam Tamimi, son gouverneur en Ifriqiya, en lui recommandant “d’être juste envers ses sujets, de fortifier la ville de Kairouan et ses défenses et d’organiser sa protection”. Certes, ces mesures n’avaient pas empêché les assauts contre la ville, elles avaient néanmoins aidé à améliorer sa sécurité et à favoriser son urbanisation. Kairouan connut sous le règne des Beni el-Muhallab une période de paix relative. Yazid Ibn Hatim entreprit les travaux de réaménagement et d’agrandissement de la Grande Mosquée, ce qui constitue un critère de son essor et de son accroissement démographique. Il organisa les souks et y installa les différents corps de métiers. Auparavant, plusieurs souks avaient proliféré au sein de la médina, attestant une activité économique et commerciale intense. Depuis la seconde moitié du VIIe siècle, Kairouan se préparait à devenir un important centre arabo-musulman fortement peuplé sans prétendre, pour autant, devenir une grande capitale luxueuse et opulente; ses habitations restèrent modestes. Le mérite revient aux Aghlabides de l’avoir propulsée au rang des grandes capitales de la Méditerranée. Pourtant, la nouvelle ère commença sous de mauvais augures. Le fondateur de la dynastie, Ibrahim Ier, se démarqua des Kairouanais en fondant, en 185/801, une nouvelle capitale, el- Abbassiyya, à 5 km au sud. Son fils, Ziyadat Allah, châtia ses habitants pour avoir soutenu le chef arabe rebelle Mansour el- Tanboudhi et détruisit ses remparts. Mais après la consolidation du pouvoir des princes aghlabides, Kairouan se distingua par sa fidélité à leur dynastie qui dota la ville de ses plus beaux monuments. C’est ainsi que Ziyadat Allah Ier entreprit, dès 220/835, la reconstruction de la Grande Mosquée afin de la rendre digne du rôle spirituel qui n’avait cessé d’incomber à la ville de Kairouan. Abou Ibrahim chargea son affranchi Khalef (246/860) de construire un bassin considéré comme l’un des ouvrages hydrauliques les plus importants du monde musulman. \n \nLes sources historiques attestent que Kairouan atteint avec les Aghlabides son rythme de croisière et ne cessa de se développer. La vie intellectuelle ne fut pas moins débordante et Kairouan devint un des plus brillants foyers de la culture islamique d’où le malékisme allait se répandre sur tout l’Occident musulman grâce surtout à l’oeuvre du grand savant Sahnoun Ibn Said (159/776-239/854). \n \nLorsque les Fatimides s’installèrent en Ifriqiya (296/909), ils n’accordèrent pas une importance particulière à Kairouan qui opposa une résistance farouche aux chiites, les contraignant à chercher refuge sur la côte en fondant la ville de Mahdia. Les Kairouanais se rallièrent même aux Kharijites lors de la révolte de “l’homme à l’âne” en 329/941. Mais, excédés par les exactions des Berbères, ils finirent par soutenir le calife fatimide el- Mansour qui après sa victoire pardonna aux Kairouanais leurs fautes et fonda sa nouvelle capitale, Sabra el-Mansouriya (en 337/949), à la porte de leur ville. Plus tard, el-Mou‘izz édifia un aqueduc qui approvisionne les citernes de la ville en eau potable après avoir alimenté sa capitale Sabra. Kairouan semble en pleine expansion: on comptait une quinzaine d’artères, émanant toutes de la Grande Mosquée, engendrant une configuration urbaine circulaire, ce qui laisse supposer que le plan de la ville s’est inspiré de celui de Bagdad, la ville ronde. Quinze citernes, situées extra-muros, alimentaient la ville en eau et l’on dénombra plus de quarante-huit bains maures. La ville constituait un noeud commercial, reliant les deux extrémités du monde musulman et un centre économique qu’abordaient les caravanes venant de l’Andalousie et des gisements aurifères du sud du Sahara. Kairouan était entourée de villages populeux tels la Sardaigne, Jaloula, Housr et Sadaf qui l’approvisionnaient en denrées et produits agricoles. D’autre part, la ville de Kairouan était devenue un des plus grands centres de la fabrication de tissus, de céramique, et de poterie. Elle pouvait ainsi répondre aux critères qui l’habilitaient à devenir une des plus grandes villes de l’époque. Il est probable qu’elle soit devenue, à côté de Cordoue et Foustat, l’une des plus grandes métropoles de la Méditerranée. \n \nAprès le départ du calife fatimide el-Mou‘izz en Egypte (361/972) à la suite de la fondation du Caire, l’Ifriqiya devint province ziride. Et depuis l’installation du prince el-Mansour à Sabra en 375/986, s’amorça un rapprochement entre les Zirides et les Kairouanais. Il se renforça en 406/1016, à la suite de la persécution des chiites à Kairouan et aboutit, en 438/1047, à la répudiation par el-Mou‘izz de l’obédience fatimide et à la proclamation du sunnisme. La réaction des Fatimides fut tragique pour la ville. \n \nEn effet, en 442/1051, le calife fatimide el-Moustansir envoya en Ifriqiya les Hilaliens: des tribus venues de la Basse-Egypte déferlèrent sur l’Afrique du Nord et saccagèrent sa capitale, Kairouan, qui fut désertée par la majorité de sa population. Depuis, la ville a perdu son rôle politicoéconomique et s’est retranchée derrière ses murailles, rompant avec une campagne hostile et gardant un rôle essentiellement spirituel, tout en se transformant en bourg à vocation artisanale et commerciale. Cependant, la ville connut une renaissance relative sous les Hafsides. En effet, dès la fin du VIIe/XIIIe siècle, Kairouan commença à relever ses remparts selon un nouveau tracé, et le triomphe du maraboutisme provoqua la prolifération des mausolées et zaouïas qui marquèrent l’urbanisme de la ville. Celle-ci se transforma en centre de tannage, de pelleterie et de tissage et ses souks furent réorganisés. A la suite du déclin du pouvoir des Hafsides, Kairouan fut conquise, en 944/1538, par les chefs de la confrérie de la Chabbiyya qui en firent leur capitale pendant quarante ans et le bastion de l’opposition du pays aux Espagnols chrétiens venus à la rescousse du sultan hafside Hassan. Au XIe/XVIIe siècle, Kairouan bénéficia de la sollicitude des Mouradites, surtout Hammouda Mohamed; celui-ci y transféra sa capitale à la suite de la rébellion de son oncle et de son frère Ali. Mais en 1112/1701, Mourad III se fâcha contre les Kairouanais, rasa leurs demeures, bénéficia de la sollicitude des Husseinites et Hussein Ibn Ali prodigua une attention particulière à Kairouan en reconstruisant ses remparts et en édifiant la médersa husseinite. Ses successeurs suivirent son exemple en signe de reconnaissance pour la position prise par la ville lors de la rébellion de Ali Pacha. Le voyageur français Desfontaines, qui visita la ville en 1784, note qu’elle était “la plus grande du royaume après Tunis. Elle est même mieux bâtie et moins sale que celle-ci…” Le voyageur Guérin estime sa population, en 1861, à 12 000 habitants. Actuellement, Kairouan est siège de gouvernorat avec une population de 130 000 habitants. C’est une région essentiellement agricole, vouée à la céréaliculture et à l’arboriculture. La ville est réputée pour son artisanat, essentiellement le tapis et la dinanderie.","extra":{"author":"Mourad Rammah"}},"5ad5f826-2904-5528-ab27-f4e26e5ca962":{"title":"SOUSSE","description":"Fondée au IIe/IXe siècle av. J.-C. par les Phéniciens afin de servir de point d’attache pour leurs bateaux de commerce en Méditerranée occidentale, Sousse connut à l’époque romaine un essor remarquable et se distingua comme l’une des principales cités d’Afrique. Aucun fait marquant n’est signalé à l’époque vandale ni byzantine, tout comme à la première période musulmane. Devant la suprématie qu’exerçait la marine byzantine sur la Méditerranée occidentale et face à l’anarchie qui régnait en Ifriqiya tout le long du IIe/VIIIe siècle, les musulmans choisirent de se retrancher à l’intérieur du pays alors que Sousse, formée de quelques hameaux, vivait sous la protection de son *ribat*, sorte de fortin qui servait de poste de guet et de refuge à ses habitants. Au IIe-IIIe/d. IXe siècle, les Aghlabides parvinrent à pacifier le pays et à s’assurer la maîtrise de la mer. Ils choisirent Sousse afin de leur servir de base navale et Ziyadat-Allah Ier la dota en 205/821 d’une casbah qui engloba le *ribat* et l’arsenal où stationnait une garnison militaire; le tout fut entouré d’un rempart. C’est ainsi que Sousse servit de point de départ pour la conquête de la Sicile en 211/827, ce qui raviva la lutte entre Aghlabides et Byzantins, d’où une série d’incursions dont les sources historiques se font l’écho. Ce danger incita les premiers princes aghlabides à renforcer l’infrastructure défensive de leur base, cible des attaques les plus percutantes. \n \nUne nouvelle casbah fut édifiée par Abou Abbas en 229/844 puis, quinze ans plus tard, Abou Ibrahim Ahmed entoura la ville d’une enceinte en pierre de taille. Sousse profita depuis d’une paix relative qui favorisa son développement. D’une base à vocation militaire, elle se rehaussa au rang des plus grandes villes de l’Ifriqiya et servit de principal débouché maritime à Kairouan. \n \nL’artisanat s’y développa et notamment le tissage d’étoffes fines, fort appréciées à l’étranger. Le problème de son approvisionnement en eau potable fut résolu par l’aménagement de la *sofra*, ancienne citerne romaine transformée en prison à l’époque aghlabide. Une canalisation amène l’eau des environs jusqu’à l’intérieur des murailles. La fondation de Mahdia par le calife fatimide el-Mahdi, en 304/917, la relégua au second plan; Sousse souffrit énormément lors du siège imposé par le Kharijite Abou Yazid en 333/945. Néanmoins, elle avait pu se relever grâce à la place de choix qu’elle occupait dans la géographie économique de l’Ifriqiya. Tout au long de son histoire et selon les fluctuations politiques, Sousse se développa tantôt en rapport direct avec son arrière-pays, tantôt en rupture avec celui-ci, en se cantonnant principalement dans des activités maritimes. \n \nLa fin du IVe/Xe siècle et le début du Ve/XIe siècle furent notamment une période de grande croissance urbaine. Mais cette prospérité fut brusquement arrêtée à l’arrivée des Hilaliens qui ravagèrent le pays. Le sort de Sousse passa entre les mains de Jebara Ibn Kamel, chef arabe allié des Zirides. Coupée de son arrière-pays, elle se recroquevilla sur ellemême et ne put survivre que grâce à ses relations commerciales maritimes avec les autres ports méditerranéens. Comme plusieurs villes du littoral, elle fut annexée par les Normands de Sicile et demeura sous leur domination pendant quinze ans, jusqu’à l’avènement des Almohades en 555/1160. \n \nAu VIIe/XIIIe siècle, la ville bénéficia d’une grande attention de la part des Hafsides qui la dotèrent de plusieurs monuments. Mais lorsque, au Xe/XVIe siècle, le sultan Moulay Hassan fit appel aux Espagnols pour l’aider à retrouver son trône, Sousse se souleva contre les envahisseurs; deux expéditions punitives l’endommagèrent sévèrement. \n \nLes Turcs, en parvenant à pacifier le pays, récupérèrent la ville. Le XIe/XVIIIe siècle fut marqué par deux faits. A l’intérieur, Sousse fut profondément secouée par les luttes intestines qui mirent aux prises les frères Mohamed et Ali Bey de 1085/1675 à 1097/1686, puis Mourad III et son cousin Romdhane qui se réfugia à Sousse où il fut pourchassé et décapité en 1110/1699. A l’extérieur, Sousse participa, comme la plupart des villes côtières, à la Course qui sévissait alors dans toute la Méditerranée et fut à ce titre plusieurs fois l’objet de représailles de la part des Etats européens dont notamment la France et Venise. Au XIIe/XVIIIe siècle, lors de la rébellion d’Ali Pacha en 1140/1728, Sousse opta pour le camp de Hussein ibn Ali et fut le théâtre de plusieurs batailles, jusqu’à la victoire finale des Husseinites en 1170/1757. En reconnaissance, le bey Mohamed accorda à Sousse plusieurs droits et privilèges. Par contre, au XIIe/XIXe siècle, lors de la révolte menée par Ali ibn Ghdhahum, elle se rangea du côté des rebelles. Après l’échec de l’insurrection, le général Ahmed Zarrouk, envoyé du bey, exerça une répression impitoyable sur Sousse qui ne cessa de perdre de son importance jusqu’au débarquement des troupes françaises en septembre 1881. Elle n’était alors qu’une bourgade de 8 000 habitants.","extra":{"author":"Mourad Rammah"}},"5e324c55-9fd9-5301-a247-48afa528bb80":{"title":"VICARI"},"5eabf1d5-83d6-5a67-a5bf-736936927ed9":{"title":"HOUMT SOUK","description":"Le mausolée qui abrite le musée des Arts et Traditions Populaires de Jerba était, il y a deux décennies, le seul bâtiment religieux dans l’espace boisé qui borde les *menzel*s de Houmt Taourit. Ce beau monument surmonté d’une coupole verte fut érigé par le gouverneur de l’île, Hamida Ben Ayed, au XIIe-XIIIe/f. XVIIIe pour glorifier l’oeuvre du cheikh Abou Bakr Zeytouni, magistrat malékite qui, grâce à l’exercice de ses fonctions à Jerba, contribua au renforcement du malékisme dans l’île. Tuiles vernissées vertes à l’extérieur, décorations en stuc et carreaux de céramiques tapissant les murs intérieurs, plafonds en bois peints impriment ce mausolée de la marque officielle qui caractérise les monuments d’époque husseinite. En fait, ce monument se développe en deux bâtiments d’époques différentes. Le mausolée du XIIe/XVIIIe a été agrandi ultérieurement par la transformation, au XIIIe/XIXe siècle, du patio qui précède la salle du saint en une grande salle à haut plafond appelée *fnar* où avait lieu le culte d’un autre saint: Sidi Ameur. La deuxième construction, *Koubba el-Khayal* ou Dôme du Fantôme, ne porte aucune date mais semble plus ancienne. Elle est liée à la guérison miraculeuse de certaines maladies d’ordre psychique, selon la croyance populaire. \n \nLe musée, aménagé en 1970, a tiré profit de la beauté de l’ensemble pour mettre en valeur son contenu qui présente quelques aspects de la vie traditionnelle des insulaires jerbiens, et ce à travers une collection de costumes de cérémonies où l’on perçoit, au-delà de l’unité apparente, beaucoup de diversité, fruit de l’apport de chaque localité —chacune tenant à se distinguer de sa voisine par la couleur, le port du vêtement ou alors par la forme de l’indispensable chapeau. Une collection de bijoux d’argent émaillé nous raconte la belle époque où les artisans juifs de la Hara Kébira et de Houmt Souk faisaient de Jerba l’un des principaux foyers de l’orfèvrerie tunisienne. La reconstitution d’un atelier de poterie dans l’ancienne citerne désaffectée nous introduit dans le monde enfoui où l’artisan potier créait paisiblement ses multiples objets. Une galerie où sont exposés des objets vernissés de Guellala, et deux cours où se trouve une série de contenants de différents calibres et de formes variées, clôturent le thème de la poterie. La reconstitution d’une cuisine traditionnelle illustre l’utilisation de quelques pièces de vaisselle en terre cuite. Enfin une collection de boiserie complète l’ensemble, donnant une idée du mobilier qui était en usage dans les intérieurs des habitations jerbiennes.","extra":{"author":"Aziza Ben Tanfous"}},"64bb56e8-0f61-53ae-8eaf-e9e556cbf8d6":{"title":"SÉTIF","description":"La ville de Sétif, chef-lieu de *wilaya*, est située à 300 km à l’est d’Alger dans la région des Hautes Plaines, à 1,100 m d’altitude, entre la Kabylie et les Aurès ; elle est limitée au nord par une zone montagneuse, la chaîne des Babors, qui s’étend sur une centaine de kilomètres couvrant le nord de la *wilaya* et abritant des cimes élevées, dont le *djebel* Babor qui culmine à 2 004 m. La région est riche de sites naturels et historiques. Elle dispose aussi de six sources thermales, dont Hammam Guergour et Hammam Soukhna. \n \nL’histoire de la ville remonte à la plus haute Antiquité. Sétif fit partie du royaume numide des Massaessyles. Avec l’occupation romaine, elle porte le nom officiel de “Colonia Nerviana Augusta martialis veteranorum Setifensium”, car elle fut transformée en colonie sous Nerva, en 543. Devenue capitale de la Maurétanie sitifienne, elle s’étendait sur 40 hectares. Lorsque le général Justinien Salomon occupa la ville en 593, c’était une capitale à moitié abandonnée. Le rempart byzantin qu’il fit construire était en retrait de trois à quatre mètres sur l’ancien. La ville connut une certaine prospérité. \n \nAvec l’avènement de l’islam, elle est soumise au règne des Abbassides et jouit d’une grande autonomie. Al-Bakri la décrit comme “importante, bien peuplée et riche, pourvue d’eau et entourée de vergers”. Au IVe/Xe siècle, elle est prise par le *da’i* (propagandiste chiite) Abou Abd Allah, qui détruira le mur byzantin et fera des hauteurs de Sétif, à Ikdjane, sa base opérationnelle, créant ainsi le premier califat fatimide. La ville connaîtra alors une période de stabilité politique et d’expansion urbaine jusqu’au début du IVe/Xe siècle. Après quoi l’insécurité due à l’arrivée des nomades réduira cette prospérité, mais le site gardera son importance. En 546/1152, Abdelmoumen l’Almohade, déjà maître de Béjaia, y inflige une défaite aux Beni Hilal et la ville entame son déclin. Au début du Xe/XVIe siècle, Léon l’Africain la décrit comme presque inexistante, et elle le restera jusqu’à l’arrivée des premiers colonisateurs en 1838. \n \nActuellement Sétif, qui s’industrialise et connaît un développement urbain considérable, représente un centre touristique important. Au centre-ville, le parc archéologique abrite un lac et un musée. Également dignes d’intérêt : Aïn Fouara, grande fontaine romaine mise au jour et restaurée à l’époque coloniale, et le mausolée appelé “tombeau de Scipion”.","extra":{"author":"Author: Comité scientifique (Farida Benouis, Houria Chérid, Lakhdar Drias, Amine Semar)"}},"6646f14c-5bbf-50cd-9780-c676b1e8d95e":{"title":"COIMBRA"},"6d2bb3f2-9a47-5a1f-b429-480eb82732bf":{"title":"İZNİK"},"6e7af898-4728-5e8e-9c18-2239f1c9f4cb":{"title":"TORO"},"6f2d8ee7-1c2b-5dd1-bba7-940d4ec9aeff":{"title":"MEHDIA","description":"Aucun site du Maroc atlantique n’a suscité autant de convoitises que l’estuaire du Sebou, que dominent actuellement les ruines de la casbah de Mehdia. Il fut, durant des siècles, le lieu de passage de peuples et de nations qui ont déferlé sur les cités marocaines et devint ainsi le théâtre d’événements importants de l’histoire du pays. \n \nLa première localité installée, au Moyen Âge, près de l’embouchure était dénommée *Marsa al-Maamora*. Elle aurait été fondée à la fin du IVe/Xe siècle et le monarque almohade Abd al-Moumen y installa, au VIe/XIIe siècle, des chantiers navals. Au Xe/XVIe siècle, *al-Maamora* était un petit centre commercial actif que fréquentaient des marchands européens. Devenue au début du XIe/XVIIe siècle l’un des principaux centres de la piraterie d’Afrique du Nord, elle se constitua en République autonome. Les Espagnols prirent d’assaut le fort en 1022/1614, et édifièrent, sur la colline qui domine l’embouchure, une forteresse dont les principaux ouvrages d’enceinte constituent l’essentiel du périmètre de la casbah de Mehdia.Après 67 ans d’occupation, la forteresse fut conquise par Moulay Ismaïl en 1092/1681. Libérée, elle reçut le nom d’Al-Mehdia et le nom de Maamora ne servit plus qu’à désigner la grande forêt de chênes-lièges située au nord-est de Salé. \n \nMoulay Ismaïl restaura l’enceinte en y perçant une porte monumentale à chicane. 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Pour ses initiateurs, il y avait un impératif : l’établissement devait s’inscrire dans la durée, contrairement à la ville-mère de Tahert puis à l’éphémère Sédrata. Il fallait assurer la défense militaire en même temps que la fertilisation de la vallée, tout en demeurant en parfaite harmonie avec l’idéal communautaire ibadite et les exigences du terrain. L’option fut de créer cinq villes échelonnées d’amont en aval le long de la vallée du M’zab. Des villes solidement ancrées sur des pitons rocheux au sommet desquels s’impose la mosquée qui en est l’élément structurant. \n \nLes maisons de Ghardaïa sont agglomérées et étagées en terrasses sur le plateau. La ville est enfermée dans une enceinte ininterrompue de hauts murs. Des portes aux monumentales tours massives et aux larges voûtes donnent accès à la cité. La ville est divisée en quartiers. Les ruelles sont toutes semblables, tracées entre une double rangée de murs uniformes. 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Trois artères principales parallèles, d’une largeur relativement importante, reliées d’une manière orthogonale par des rues latérales moins larges, délimitent des îlots allongés. La grande place constitue un élément important de ce tissu urbain. Elle est le centre de la vie de la cité et peut être considérée comme l’espace public par excellence. Plusieurs édifices importants la surplombent: la Grande Mosquée, le hammam, les cafés et jadis des fondouks. En outre, cette place constitue une apparition précoce de la place de type européen dans le Maghreb. \n \nLe souk occupe l’artère médiane, qui porte son nom, traverse la ville de bout en bout et se prolonge par les boutiques bordant la place centrale. Aucune maison d’habitation ne vient s’intercaler entre les échoppes, mais le souk comporte cependant quelques édifices à caractère public, notamment les mosquées. \n \nLa tradition attribue à la ville de Testour quatorze mosquées dont la plupart sont de petits oratoires de quartier. Cinq d’entre elles sont actuellement ouvertes au culte, les autres conservent parfois quelques vestiges ou ont complètement disparu. La plupart de ces édifices ont été construits, comme la ville, au XIe/XVIIe siècle. Testour compte également d’autres édifices religieux ou civils tels les médersas, une synagogue, un mausolée israélite, un hammam, des zaouïas, tous du XIe/XVIIe siècle. \n \nParmi les zaouïas, celle de Sidi Nasr s’élève à l’extrémité occidentale de la rue *el- Hara*. Elle renferme tous les éléments caractéristiques d’une zaouïa-médersa, englobant deux salles funéraires à coupole, un oratoire, deux cours —la plus grande entourée de portiques et plusieurs dépendances dont des chambres réservées pour l’hébergement des étudiants.**","extra":{"author":"Ahmed Saadaoui"}},"807595a2-8a0d-5851-aab9-b1dc209f869c":{"title":"MÉRTOLA"},"80c4a6b8-15f2-53aa-83df-bef4da2876a9":{"title":"Tafessera","description":""},"80c97588-3473-5f34-af5f-90dbac53709e":{"title":"Sédrata","description":""},"8192ebfd-2898-5761-90e0-0869085cebaa":{"title":"Mansourah","description":""},"898711aa-0972-5da9-9e55-756aa27b9de6":{"title":"MALUENDA"},"89cf8234-4f0c-507a-b94f-c01159eda8a0":{"title":"Timimoun","description":""},"8c050798-6235-5949-bdda-f7a2c2ce8e75":{"title":"Ouargla","description":""},"8db6d4c1-9393-5139-851b-6cc331ff2747":{"title":"LA QALAA DES BENI HAMMAD","description":"La Qalaa des Beni Hammad est érigée, en 397/1007, à près de 1000 mètres d’altitude, sur le mont Takarboust, haut de 1418 m, dans les monts du Hodna, à environ 250 km au sud-est d’Alger. \nComme pour Achir, distante d’environ 150 km, le site a une valeur stratégique certaine : une seule voie d’accès à la cité, des ravins escarpés, des contreforts élevés et un belvédère dominant les plaines alentour. La montagne avait été le refuge d’Abou Yazid, “l’homme à l’âne” dont la révolte contre les Fatimides chiites avait duré vingt ans et qui trouva son épilogue dans cette région du *djebel* Maadid. \nComme l’avait fait son aïeul Ziri pour Achir, Hammad ibn Bulughin la peupla en déplaçant, de force cette fois, les habitants de M’sila et de Souk Hamza, qui allaient contribuer à l’embellissement de la ville par leur savoir-faire traditionnel. L’abondance de ses ressources en eau, pâturages et vergers, ainsi que l’immigration d’une population de citadins, de lettrés, d’étudiants et de marchands en assurèrent la prospérité. \nNeuf ans après sa fondation, en 405/1015, Hammad se révolta contre son oncle Badis, l’émir ziride qui, voyant d'un mauvais oeil le développement de la Qalaa et du domaine de Hammad vers l’est, lui intima l’ordre de se dessaisir des territoires dont il s’était rendu maître. Devant son refus, Badis assiégea alors la Qalaa, qui ne dut son salut, après six mois de siège, qu’à la mort subite de l’émir, le 28 *dhoul qaada* 406 / 8 mai 1016. L’armée ziride leva le siège et s’en retourna en Ifriqiya. \nAvec l’arrivée des Beni Hilal au Maghreb, les deux principautés rivales se trouvent confrontées à un ennemi commun, et les liens familiaux se resserrent : al-Qaïd, l’émir hammadide, envoie 1000 cavaliers en renfort à al-Mouiz, l’émir ziride assiégé par les Beni Hilal. La Qalaa reçoit bientôt les réfugiés d’Ifriqiya ravagée par les nomades. \nAl-Bakri, qui y vécut au Ve/XIe siècle, décrit la ville comme “une grande et forte place de guerre (…) et un centre de commerce qui attire les caravanes de l’Irak, du Hedjaz, de l’Égypte, de la Syrie et de toutes les parties du Maghreb”. Ibn Khaldoun précise que cette affluence de voyageurs avait pour cause “les grandes ressources que la nouvelle capitale offrait à ceux qui cultivaient les sciences, le commerce et les arts”. La Qalaa des Beni Hammad attira nombre de savants, poètes et docteurs en théologie, surtout après la prise de Kairouan par les Hilaliens. \nLa fondation de la ville de Béjaia, en 459/1067, par l’émir hammadide al-Nasir, est une date importante dans l’histoire de la Qalaa. C’est dans cette ville que les Hammadides se réfugieront, en 482/1090, sous la pression des Beni Hilal, qui, bientôt arrivés au Maghreb central et installés aux alentours de la ville, lui imposent tribut. Avec al-Mansour, fils d’al-Nasir, la ville connaît encore des heures de gloire : les Hammadides remportent une victoire à Tlemcen contre les Almoravides et échappent ainsi à l’occupation. Al-Mansour y édifiera quatre palais : palais du Gouvernement, du Manar, du Salut et de l’Étoile. La pression des nomades se faisant plus lourde, Yahia ibn al-Aziz, le dernier prince hammadide, emporte à Béjaia, promue ainsi seconde capitale des Hammadides, les derniers objets de valeur qui s’y trouvent encore. Vidée de ses habitants, la cité périclite alors lentement. En 573/1152, elle tombe aux mains des Almohades qui la livrent aux flammes et laissent 18000 cadavres. Les armées d’Abdelmoumen s’y installent et tiennent garnison, restaurant quelques ruines et installant un petit oratoire sur les vestiges de la Grande Mosquée. La ville s’étant dépeuplée, ceux qui y demeurèrent, ne pouvant plus subvenir à son entretien, choisirent d’y implanter un oratoire plus petit. La cité est ensuite reprise par les Beni Ghanya, descendants des Almoravides, qui s’étaient réfugiés aux Baléares avant de revenir au Maghreb. Ils en seront délogés, à nouveau, par les Almohades qui la reprirent en 580/1185 et la ruinèrent de fond en comble. Ainsi s’est fait le silence sur l’ancienne capitale des Hammadides. \nLes fouilles ont révélé le plan de la ville, inspiré de celui d’Achir, et son étendue. L’est et l’ouest du site sont protégés naturellement par des gorges profondes et des montagnes difficiles à escalader. Une muraille de sept kilomètres de long ceinture la cité, suit les crêtes du Gorayan et escalade les flancs du Takerboust jusqu’au sommet où fut construit un ouvrage militaire de guet. Cette muraille abritait des constructions remarquables, militaires comme le donjon du Manar, religieuses comme la Grande Mosquée et le petit oratoire, des palais et des édifices d’utilité publique. La ville fut dotée de trois portes : au nord, Bab al-Aqwas, en bas de la cité Bab Djarawa et Bab Djenane. Seule la première subsiste. Une rue principale traverse la cité d’est en ouest. Au sud de cet axe apparaissent les ruines de la Grande Mosquée, inspirée de celle de Kairouan, avec cour à péristyle et salle de prière à treize nefs et dont il ne subsiste que le minaret. Elle avait un plan rectangulaire de 63 x 53 m et était, après la mosquée de Mansoura (Tlemcen), la plus grande d’Algérie. \nAu nord du même axe sont visibles, sur des croupes assez bien isolées les unes des autres, les ruines de plusieurs palais : Kasr al-Salam ou palais du Salut, dont seule une partie à été exhumée. Vers l’est se devinent Kasr al-Kawkab (palais de l’Étoile) puis Kasr al-Bahr (palais de la Mer), au centre duquel se trouvait un vaste bassin rectangulaire où avaient lieu, selon les chroniqueurs, des joutes nautiques. \nComme à Achir, on trouve déjà dans l’architecture de cette capitale berbère les traits précurseurs qui figureront dans les futures grandes villes du Maghreb comme Tlemcen ou al-Djazaïr, témoignant de la continuité architecturale : cellules d’habitat comprenant des cours entourées de chambres (dont une pièce de réception), entrée de chaque cellule précédée d’un avant-corps, chambres en T. L’Andalousie héritera, elle aussi, des influences de la Qalaa lorsque les deux frères de Hammad y fonderont de petites principautés où ils reproduiront les modèles artistiques maghrébins.","extra":{"author":"Author: Comité scientifique (Farida Benouis, Houria Chérid, Lakhdar Drias, Amine Semar)"}},"92520a49-8540-5a70-aab7-9c4fc3a8ef85":{"title":"BIZERTE","description":"Bizerte est une ville maritime du nord de la Tunisie, et qui s’étend à l’embouchure d’un canal reliant la mer au lac. Elle occupe l’emplacement de l’antique Hippo Diarrhytus, colonie romaine, baptisée après la conquête arabe *Binzart*. La ville médiévale, avec ses bazars, sa Grande Mosquée et ses bains, était entourée de murailles. Après une période de somnolence, elle connut une certaine prospérité lorsqu’elle devint le siège d’une petite principauté indépendante gouvernée par les Banou El-Ward (444/1053-599/1203). Au bas Moyen Âge, la ville déclina à nouveau et devint, tout au long du Xe/XVIe siècle, le terrain de violents affrontements entre les Turcs et les Espagnols. A l’époque moderne et surtout durant les XIe/XVIIe et XIIe/XVIIIe siècles, la ville profita de la relative stabilité instaurée par les deys et les beys ottomans. Siège de l’amirauté, Bizerte était l’un des foyers les plus actifs de la piraterie barbaresque, ce qui contribua largement à sa prospérité. L’établissement des Andalous vers 1017/1609, dans de nombreux villages du Sahel bizertin et dans l’un des quartiers de la médina qui porte toujours leur nom, eut également un impact très positif sur l’expansion démographique et la reprise des activités militaires, commerciales et agricoles de la ville. Enfermée derrière des murailles, Bizerte était formée, jusqu’à la fin du XIXe siècle, de plusieurs unités séparées: la médina, la casbah, la *qsiba*, le quartier franc et le quartier andalou. \n \n \n**La médina** \n \nLa médina qui s’étend à l’ouest de la casbah, était jusqu’à la fin du XIXe siècle entourée de remparts percés de plusieurs portes. De ces murailles, en grande partie détruites, il ne reste plus que deux tronçons dont l’un relie le fort d’Espagne au quartier des Andalous. L’étude des tronçons encore existants révèle un mur haut, d’environ 6 m de large pour 3,50 m d’épaisseur, couronné d’un parapet percé de meurtrières. \n \nLa Grande Mosquée qui s’élève dans la médina fut construite sur l’emplacement d’une mosquée médiévale, en 1060/1650, par le dey Mohamed Laz. Elle s’élève en plein centre de la médina, sur les quais du vieux port. L’édifice est construit sur une plate-forme dont le niveau inférieur, donnant sur les berges du port, est occupé par cinq boutiques. \nLe minaret, qui se distingue par sa forme octogonale, se dresse sur le côté nord de la cour. S’appuyant sur une base carrée, il est couronné par un balcon protégé par un auvent. Au-dessus de la tour octogonale, se dresse un lanternon, de même forme, coiffé d’un toit pyramidal. Moins élancé que ceux de Tunis, ce minaret n’en constitue pas moins une oeuvre originale et révélatrice de l’influence ottomane sur l’architecture religieuse de cette ville qui avait abrité l’un des principaux ports de la Régence à cette époque. \nNon loin de la Grande Mosquée se trouve la zaouïa de Sidi el-Mostari, saint patron de la ville. Construit sur une plateforme dont le niveau inférieur est occupé par des boutiques, il a été bâti sur ordre de Mourad Bey en 1083/1673. C’est un complexe architectural qui comporte tous les éléments habituels d’une zaouïa-médersa, à savoir une salle d’ablutions, une salle funéraire à coupole, donnant dans un long vestibule qui conduit à une belle cour dallée et entourée, sur quatre côtés, de galeries. Plusieurs chambres, un *Kouttab* et une salle de prière ouvrent sur ces galeries.","extra":{"author":"Ahmed Saadaoui"}},"93549f8b-099f-522d-a86b-a7a643c095d0":{"title":"SALÉ","description":"S’il n’a fallu que trois ans (de 154/771 à 156/773) pour que l’Espagne (al-Andalus) soit soumise par les Arabes, la *Reconquista* euro-chrétienne s’étala sur plusieurs siècles, depuis la défaite almohade de Las Navas de Tolosa en 608/1212 jusqu’aux édits d’expulsion des musulmans pris par Philippe III, 1017/1609, en passant par la capitulation de Grenade en 897/1492. À chacune de ces dates fatidiques correspond une vague d’immigration andalouse vers le Maroc. Mais celle qui intéressa plus particulièrement les rives du Bou Regreg fut la dernière en date, à savoir l’exode des Morisques chassés d’al-Andalus au début du XIe/XVIIe siècle et qui allaient rendre célèbre à travers le monde le nom de Salé. Cette ville, située sur la rive droite du Bou Regreg et dont la date de création demeure inconnue, fut probablement au IVe/Xe siècle la capitale du royaume des Beni Ifren. Elle devint, à la fin du VIe/XIIe siècle, un port animé qui excita au VIIe/XIIIe siècle la convoitise de l’Espagne. Ainsi, profitant des dissensions entre Almohades et Mérinides, Alphonse X de Castille la saccagea, en 658/1260, le jour de l’*Aïd al-Fitr*, “Fête de la rupture du jeûne du Ramadan”, avant qu’Abou Youssef Ya‘coub ne la reprenne quatorze jours plus tard. Ce souverain mérinide éleva alors une muraille pour protéger la cité, et édifia à l’intérieur de l’enceinte une médersa, une zaouïa, une école de médecine et un aqueduc. \n \nTels furent les Mérinides: protecteurs des arts et des lettres. Comme leurs contemporains, les rois de Grenade, ils embellirent les principales cités de leur royaume. Dès lors, Salé devint le port principal du Royaume de Fès, et l’entrepôt commercial le plus important de la côte occidentale; il fut fréquenté par les commerçants de tout le monde chrétien: Méditerranéens, Flamands et Anglais, qu’attiraient les aptitudes commerciales et la courtoisie des marchands salétins, qui vendaient peaux, laine, tissus, tapis, ivoire, cire et miel, et achetaient aux Pisans, aux Catalans, aux Génois et aux Vénitiens draps et objets manufacturés. Quand les Morisques (musulmans et juifs) furent expulsés d’Espagne, ce sont des familles entières venues de Castille, de Catalogne, d’Andalousie et de Murcie qui s’installèrent sur les *ribat*s du Bou Regreg: Salé l’Ancienne, l’actuelle Salé et Salé la Neuve, Rabat. Sous l’impulsion des *Hornacheros*, ces riches négociants des environs de Badajoz, rompus aux techniques de la navigation maritime, ils se spécialisèrent dans une nouvelle forme de *Djihad*: la course flibustière à laquelle ils s’adonnèrent pendant plus d’un demi-siècle, autant pour faire fortune que pour se venger de ces chrétiens qui les avaient spoliés de leur terre natale. L’arrivée de ces Morisques coïncida avec les luttes fratricides entre princes saadiens, luttes qui présageaient la fin de la dynastie et se traduisaient par un grand affaiblissement de l’autorité politique centrale. Récalcitrants vis-à-vis du pouvoir espagnol christianisé face auquel ils refusèrent d’abandonner la part arabo-musulmane de leur patrimoine culturel, ils se montrèrent, de l’autre côté de la Méditerranée, de nouveau récalcitrants vis-à-vis d’un pouvoir marocain en déliquescence face auquel ils refusèrent d’abandonner la part européenne de ce même patrimoine culturel. En dix ans, plus de 1 000 navires furent capturés et “*Ces Messieurs les Andalous, gouverneurs du Château et de ses dépendances*” comme les désignaient leurs captifs, décidèrent de se détacher de l’autorité du sultan de Marrakech à qui ils cessèrent de verser le dixième de leurs bénéfices, et organisèrent en entité autonome une cité-État dirigée par un gouverneur élu pour un an et qui vint renforcer la ceinture défensive du pays contre les velléités belliqueuses et dominatrices de l’Europe. Parallèlement à ces activités flibustières, Salé a entretenu un commerce fructueux avec plusieurs nations européennes (Espagne, France, Hollande, Italie) et signa des traités de non-agression ou de trêve négociée avec les représentants de certaines de ces puissances. \n \nEntre-temps, la dynastie alaouite avait remplacé la saadienne et cette “République des Deux Rives” finit par être considérée comme un haut lieu d’excès et de débauche par les *chorfa* alaouites, nouveaux maîtres du pays, qui occupèrent les rives du Bou Regreg en 1076/1666. Ils placèrent les corsaires sous leur tutelle, leur confiant, à l’occasion, des missions politiques comme l’ambassade du Raïs Abdallah Ibn Aïcha auprès de Louis XIV, en 1109/1698. \n \nC’est à cette époque, comme le note Charles-André Julien, que se situe l’origine du Maroc moderne, un Maroc qui ne cessera de se heurter aux visées impérialistes des États européens qui s’évertueront à le dominer et à le morceler. Moulay Ismaïl (1082/1672-1139/1727) confia la garde de la forteresse à des membres de la tribu nomade des Oudayas et ses successeurs la consolidèrent, la fortifièrent et en développèrent l’armement. \n \nAprès avoir été un des principaux pôles des échanges commerciaux avec l’étranger et contribué à l’ouverture du Maroc sur l’extérieur, le port du Bou Regreg vit ses activités décliner avec la création du grand port d’Essaouira (Mogador) en 1177/1764. Les deux villes du Bou Regreg tourneront de plus en plus le dos à la mer, mais resteront un lieu de passage obligatoire entre Fès et Marrakech. Rabat devint cité royale sous le règne du sultan Sidi Mohamed Ibn Abdallah qui y construit la mosquée Sounna, inaugurée en 1199/1785. Mais l’épidémie de peste qui sévit de 1211/1797 à 1214/1800, décimant plus du tiers de la population du pays, évaluée à l’époque à 5 millions d’âmes, réduisit la population de Rabat à moins de 20 000 habitants et la fit entrer dans une nouvelle période de léthargie. En 1248/1833, le sultan Moulay Abderrahman sédentarisa des éléments de la tribu des Oudayas entre Rabat et Témara pour faire bouclier contre les turbulentes tribus des Zaers. \n \nCe sont les autorités d’occupation françaises qui choisirent Rabat comme capitale du royaume en 1912, afin de pouvoir y asseoir leur Protectorat loin de ces symboles des grands empires marocains, Fès, Marrakech, Meknès. La casbah des Oudayas fut alors restaurée et transformée en musée, agrémentée d’un jardin andalou, et Salé s’adonna à des activités plus pacifiques: la religion et l’artisanat. \n \nMais la paisible agglomération bourgeoise de 20 000 âmes deviendra vite le berceau du nouveau mouvement nationaliste d’indépendance, et connaîtra après l’indépendance, en 1956, un grand essor qui perpétue, en particulier, l’empreinte profonde de la civilisation arabo-musulmane d’al-Andalus, aussi bien dans les édifices du culte que dans ceux du pouvoir ainsi que dans certaines demeures particulières, sur les deux rives du Bou Regreg.","extra":{"author":"Kamal Lakhdar"}},"993034ab-4b19-549e-b9cc-0dddc44f13b3":{"title":"GHAR EL-MELH","description":"Ghar el-Melh est une petite ville côtière située à mi-chemin entre Tunis et Bizerte; sa fondation, qui remonte à 1047/1638, a été décidée par le dey Osta Mourad pour des raisons stratégiques. La cité, créée autour du complexe portuaire et militaire, fut colonisée par des Andalous venus en majorité de Tunis, attirés par des concessions particulièrement favorables. Enserrée entre la montagne et le lac, Ghar el-Melh occupe un site exceptionnel. Son plan présente un tracé régulier: deux larges artères parcourent la ville d’un bord à l’autre. L’artère médiane traverse la place centrale, tandis que l’artère méridionale passe à travers le petit souk couvert. Ces deux artères sont reliées par des rues perpendiculaires moins larges. \nLa médina de Ghar el-Melh, qui a relativement peu souffert des reconstructions récentes, compte plusieurs édifices d’une valeur architecturale et archéologique certaine, dont quelques anciennes habitations, deux hammams, le complexe maritime, les fortifications et plusieurs édifices religieux (mosquées, médersas et zaouïas). La médersa de Ghar el-Melh, qui remonte au XIe/XVIIe siècle, est connue actuellement sous le nom de Mosquée de la Médersa. De taille moyenne, elle se compose d’un oratoire, d’une cour à ciel ouvert, d’une salle d’ablutions, d’un minaret reconstruit récemment et de huit chambres. Cet édifice était destiné, à l’époque de sa fondation, à l’enseignement et à l’hébergement des jeunes réfeccampagnards qui venaient y étudier pendant quelques années. \nLa mosquée de la *Rahba*, du XIe/XVIIe siècle, se situe au coeur de la ville, au bord de la place centrale qui lui a donné son nom. Son petit minaret carré, qui se dresse dans la cour de l’édifice précédant l’oratoire, domine la place de la ville et les habitations avoisinantes. \n \n \n**L’installation portuaire et ses fortifications** \n \nGhar el-Melh se distingue par l’importance accordée à ses installations maritimes et à ses fortifications. Son port artificiel, l’arsenal qui lui est contigu et les trois forts de ceinture, qui remontent tous au XIe/XVIIe siècle, constituent un complexe architectural des plus représentatifs de l’architecture militaire de la Tunisie ottomane. En outre, ces ouvrages sont réalisés par des ingénieurs morisques et portent la marque de l’école andalouse.","extra":{"author":"Ahmed Saadaoui"}},"9ac899da-b170-56dc-abc7-2f5bdd89f7a6":{"title":"SELÇUK"},"9ff000e8-4f6e-5535-b750-94ac0d439c28":{"title":"CHÉBIKA","description":"Chébika s’accroche à mi-hauteur à peu près de sa montagne, occupant une plateforme qui lui permet de dominer l’oasis et la gorge de son oued. Le village serait l’antique ad-Speculum, poste romain de défense sur la voie Tacape-Theveste, Gabès-Tébessa. Construite en pierre et pisé couleur terre, elle s’intègre à son environnement. Chébika est actuellement abandonnée au profit de constructions banales établies sur les pentes. 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Au pied des massifs montagneux aux couleurs dégradées, avec ses plaines et ses oasis verdoyantes, ses sites culturels et cultuels qui témoignent de multiples civilisations, la “reine des Ziban” est depuis longtemps l’une des régions touristiques les plus visitées. \nAujourd’hui, Biskra est réputée pour ses dattes, la “Deglet Nour” étant considérée comme la meilleure au monde. La palmeraie s’étend le long de l’oued Ghir et regroupe des milliers de palmiers et d’arbres fruitiers. L’eau y est abondante, accessible par des puits artésiens. De multiples activités artisanales font la spécificité de chaque localité. La station thermale Hammam Salihine jouit d’une grande réputation attestée depuis la colonisation romaine. \nIbn Khaldoun, qui a séjourné à Biskra en 784/1382, affirme que cette cité existait depuis 65/685 et qu’elle était la capitale du “Zab” ou “Ziban”, qui signifie “oasis”. Elle est construite sur l’emplacement de l’antique Vescera, qui fut un poste du *limes* romain. Soumise par les Aghlabides de Kairouan, elle supplanta Tobna, alors capitale du Hodna oriental. Sous les Hammadides, au Ve/XIe siècle, elle fut autonome. Al-Bakri décrit son bel aspect et sa prospérité, ses remparts, la richesse de son oasis, les pasteurs berbères Maghrawa et Sédrata qui nomadisaient alentour. Selon le géographe al-Idrissi, la ville fut fortifiée à l’époque almohade. Sous les Hafsides, elle devint le chef-lieu de toute la partie sud-ouest de leurs territoires. \nDurant la période ottomane, Hassan Agha en 948/1542 et Salah Raïs s’y établirent et construisirent un fort. Sous la colonisation française, Biskra est occupée par le duc d’Aumale en 1844. \nBiskra conserve aujourd’hui la Grande Mosquée de Sidi M’barek qui date du Ve/XIe siècle, la *zaouïa* Nassiriya qui rayonna au VIe/XIIe siècle, le mausolée Sidi Abderrahmane et la mosquée Khaled el-Abassi.","extra":{"author":"Author: Comité scientifique (Farida Benouis, Houria Chérid, Lakhdar Drias, Amine Semar)"}},"a966d007-2f83-5f97-b87a-5221f821358c":{"title":"BELYOUNESH","description":"Belyounesh, site archéologique, où s’est implanté un village de pêcheurs et de commerçants frontaliers, était, aux époques médiévales, le verger et le château d’eau de Ceuta, et relevait de la juridiction du Cadi de la cité du détroit. \n \nSitué dans une vallée encaissée verdoyante qui descend en pente vers la mer, arrosé amplement par des eaux de sources, il était considéré aux époques médiévales comme un lieu idyllique, chanté par les poètes dont le fameux Cadi Ayad. Dominé par le Djebel Moussa, appelé également “Mont aux singes”, où les mythologues placent une des colonnes d’Hercule (l’antique Abyla) et dont les flancs étaient couverts de bois épais, le site de Belyounesh servait de réserve de chasse aux habitants de Ceuta: les *Sebti*s. C’est également dans ce coin enchanteur, fait pour frapper les imaginations, que l’on situe le lieu où la magicienne Circé retenait Ulysse. \n \nDès le Ve/XIe siècle, sous le règne du roitelet Saqut, contemporain et émule du prince de Séville, al-Mou‘tamid Ibn Abbad, qui a marqué pour la ville de Ceuta une des périodes les plus glorieuses de son histoire, les notables possédaient de belles maisons au milieu de jardins où l’on utilisait les techniques d’irrigation les plus évoluées. Ces villas de plaisance ou *mounia*s, à la construction et à l’ornementation desquelles on avait apporté un grand soin, étaient en fait des centres d’exploitations qui remplissaient les mêmes fonctions que les villas romaines. La vallée produisait des fruits en abondance et dans les eaux de la baie était pêché un corail de très bonne qualité qui, taillé dans des ateliers spécialisés de *Sebta*, était exporté vers les pays subsahariens et en particulier vers le Ghana et le Soudan. \n \nCette opulence, qui dura jusqu’à la fin du VIIIe/XIVe siècle, prit fin au IXe/XVe siècle, avec l’occupation de Ceuta par les Portugais qui ne purent exploiter le village et sa campagne environnante en raison de sa difficulté d’accès. 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Le site de Mahdia présentait des garanties idéales de sécurité pour une dynastie héritière d’une importante flotte navale et dominant la partie centrale de la Méditerranée. Bâtie sur un éperon qui s’avance dans la mer sur 1 400 m, la ville était imprenable de terre. Vingt-cinq ans seulement après sa fondation, qui date de 303/916, elle fut mise à rude épreuve. En effet, après avoir dévasté toute l’Ifriqiya, Abou Yazid, l’homme à l’âne, fit le siège de Mahdia en 329/941. Le califat fatimide était à deux doigts de sa perte et elle ne retrouva son salut que grâce aux défenses de Mahdia. Après l’écrasement de la révolte, el-Mansour édifia une nouvelle capitale à Sabra. Néanmoins, Mahdia continua à être la base de la flotte navale et une plaque tournante du commerce maritime maghrébin. Son port constituait le départ de Kairouan pour l’exportation de l’huile et des produits textiles vers l’Orient et la Sicile. Mahdia retrouva son rôle de capitale d’une minuscule principauté après les invasions hilaliennes qui obligèrent el-Mou‘izz Ibn Badis à y chercher refuge en 448/1057, face aux assauts des flottes chrétiennes. En 479/1087, Pisans et Génois se rendirent maître de Mahdia et du faubourg de Zawila qu’ils pillèrent et incendièrent. Les luttes fratricides entre Zirides et Hammadites, qui firent le siège de Mahdia en 528/1134, affaiblirent la résistance de la ville face aux Normands qui finirent par l’asservir, en 542/1148. La ville fut libérée par Abd el-Mou’min Ibn Ali, en 555/1160, lors de sa campagne de reconquête de l’Ifriqiya. La fin du VIe/XIIe siècle fut houleuse pour la population à la suite de la révolte du gouverneur de la ville contre l’autorité centrale almohade, en 595/1199. Au VIIe/XIIIe siècle, Mahdia retrouva une prospérité relative grâce au développement de son commerce avec les villes italiennes et la piraterie, ce qui finit par exaspérer les chrétiens qui montèrent une croisade contre la ville, en 792/1390. Malgré l’échec de l’expédition, Mahdia dut payer une rançon et un tribut pendant quinze ans. Au Xe/XVIe siècle, Mahdia fut le théâtre de plusieurs épisodes de la lutte entre Turcs et Espagnols pour la suprématie en Méditerranée occidentale. Le Raïs Dragut parvint, en 951/1545, à s’emparer de Mahdia et en fit un port d’attache pour sa flotte qui sema la terreur sur les côtes chrétiennes. Ces méfaits entraînèrent une réaction vive de la part de Charles Quint dont l’amiralissime André Doria parvint à pénétrer au sein de la ville à la suite d’un siège mémorable. En 961/1554, les Espagnols abandonnèrent la ville après avoir fait sauter ses remparts maritimes à la poudre à canon. 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Les Almohades, vers 588/1192, la baptisant *Ksar Es-Seghir*, la reconstruisent et l’embellissent. Ils y établissent des chantiers de constructions navales et la transforment en centre industriel important en y installant de nombreux artisans, tisserands, charpentiers, armuriers... \n \nRéservant le port de Ceuta aux activités commerciales, ils font de *Ksar Es-Seghir* leur port militaire, par lequel les troupes musulmanes se rendaient dans la péninsule ibérique et en revenaient. \n \nAu VIIIe/XIVe siècle, les Mérinides entourent la ville d’une enceinte circulaire, dont on peut suivre les traces aujourd’hui encore, et y élèvent des bâtiments publics et privés. \n \nSecond port après Ceuta à avoir été conquis par les Portugais en 862/1458, il demeura sous leur domination jusqu’en 956/1549. Ces derniers renforcent la muraille et construisent un réduit fortifié relié à la mer par un long fossé, *Curaça*. Ils transforment les monuments de culte musulman en églises et adaptent les bâtiments publics à leur mode de vie. \n \nAprès son évacuation par les Portugais, le site servira, au début du XIe/XVIIe siècle, de port de débarquement aux *Moriscos* refoulés d’al-Andalus. \n \nDes fouilles entreprises dans les années 70 dégagèrent des vestiges portugais et certains restes de monuments d’époque mérinide. Un lot important d’objets tant musulmans que portugais y fut découvert.","extra":{"author":"Naïma El-Khatib Boujibar"}},"b61e581c-6f65-51e6-87a2-07473182756d":{"title":"Bejaïa","description":""},"b8e173fa-3a23-581d-8c95-c98dcaa436c1":{"title":"El-Eubad","description":""},"b9f9c1e6-e988-5d4d-8fdc-d50701602035":{"title":"Biskra","description":""},"ba7d8d55-c367-5fe2-bfab-fdb3c1139f2d":{"title":"L’ère ayyoubide. Art et architecture dans la Syrie médiévale","description":"L’itinéraire syrien se développe tant en milieu urbain (Damas, Alep, Bosra…) qu’à travers les plaines désertiques, autour de huit sous-itinéraires qui couvrent les particularités des mouvements d’art atabeg puis ayyoubide. Développés au Proche-Orient entre le XIe et XIIIe siècle, ces mouvements artistiques ont connu l’influence de l’art chrétien au temps médiéval. \nSi le centre du pouvoir Ayyoubide se trouve au Caire, la Syrie connait un mécénat plus développé, à l’origine de remarquables réalisations architecturales, notamment de nombreux mausolées et madrasas. Un des plus beaux spécimen d’architecture militaire est sans conteste la citadelle d'Alep dont la construction en pierre témoigne du climat d’insécurité qui régnait à l’époque. 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Répondant à la vocation de leur ville, les Charfi, Sfaxiens prestigieux, ont établi au Xe/XVIe siècle des portulans pour les marins et les commerçants qui voulaient s’aventurer jusqu’à la mer Noire. Deux exemplaires de ces portulans se trouvent l’un à Oxford, et l’autre à la Bibliothèque Nationale de Paris. \n \nL’activité commerciale de Sfax avec le Levant, épaulée par un intense trafic caravanier, se développe au XIIe/XVIIIe siècle. Son rythme commercial entraîna la création de fondouks et de souks qui sont distribués sur le flanc de l’artère principale de la ville. Cette artère relie la porte sud, Bab el-Jebli, à la porte nord, Bab el-Diwan. La première que Charles Lallemand qualifie de porte des Champs, composée d’un vestibule profond, donnait sur la place où stationnaient les caravanes. Bab el-Diwan, en forme de chicane, donnait directement sur le mouillage. Quoiqu’il en fût isolé avec la construction du faubourg dit des chrétiens au XIIe-XIIIe/d.m. XVIIIe, il resta une place très animée où changeurs, commerçants, portefaix, pêcheurs, bêtes de somme allant vers le port se mêlaient dans un mouvement intense. L’accumulation de capitaux favorisa le développement de l’agriculture et de l’artisanat ainsi que l’extension de la vie urbaine. A l’extérieur des remparts, la zone des jardins s’étend en auréole autour de la cité. Le nombre de *borj*s, habitations estivales s’accroît. En ville, des monuments privés et publics sont reconstruits: le fondouk des Forgerons, agrandis: la Grande Mosquée, la mosquée Sidi Bouchwaïcha; restaurés et embellis: le Dar Jallouli, le mausolée Sidi Belhassen. Les remparts forment quant à eux l’objet d’une attention particulière. \n \nSfax, tout en continuant à utiliser les mêmes matériaux de construction et ses traditions architecturales, enrichit ses monuments, sans exagération, de *kadhal* sculpté, de bois peints et de carreaux de faïence de facture andalouse et turque. 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Jusqu’au XIIIe/XIXe siècle, les routes des caravanes qui venaient de Tombouctou et d’Agadès au Niger transitaient par Ghadamès, aujourd’hui en Libye, pour aboutir à Gabès. \n \nAu milieu du VIIe siècle,Tacapes, ville intégrée à l’Africa romaine puis à l’Empire byzantin, devint Qabis, cité arabo-musulmane relevant du pouvoir central installé à Kairouan. Sous les Aghlabides au IIIe/IXe siècle, et les Fatimides, au IVe/Xe siècle, elle vécut une période de stabilité politique qui a généré une brillante civilisation, marquée surtout par le nombre et la splendeur de ses monuments.A ce sujet, les textes sont intarissables. Le géographe Ibn Hawqal parle au IVe/Xe siècle d’une cité ceinte de remparts entourés d’un fossé, et pourvue de plusieurs souks.Au VIIIe/XIVe siècle, le voyageur el-Tijani ajoute que Gabès est entourée d’un rempart en gros appareil, élevé par les anciens, et compte de vastes faubourgs où se tiennent la plupart de ses souks. Les textes parlent aussi, dans un langage laudatif s’il en est, des monuments qui y furent érigés, tels la Grande Mosquée, la citadelle, la casbah, les caravansérails et le fameux phare qui annonçait aux caravanes venant d’Orient leur arrivée en ville. \n \nMais, dès le Ve/XIe siècle, suite à l’affaiblissement du pouvoir ziride et l’arrivée concomitante de bédouins venus de HauteÉgypte, une longue période de troubles va s’installer pour affecter la ville dans son organisation urbaine et sa vie sociale. Elle ne s’en relèvera que des siècles plus tard sous les Mouradites, une dynastie d’origine turque du XIe/XVIIe siècle. \n \nAuparavant, Gabès, cette ville si prospère, qu’Ibn Khaldoun qualifia de métropole maritime, sombra dans les ténèbres de l’histoire puisque, mystérieusement, rien ne subsiste des monuments tant vantés par les chroniqueurs et voyageurs arabes. C’est la légende qui vient alors relayer l’histoire. La mémoire collective rapporte que jadis, quand l’ordre et la sécurité régnaient, les bêtes transportaient en toute confiance légumes et fruits jusqu’au marché de la ville sans être accompagnées, puis retournaient à la palmeraie avec les revenus de la vente dans leurs bissacs. Un jour, l’argent fut volé et, subissant le courroux de Dieu, la ville fut détruite de fond en comble et ses vestiges servirent à la construction des quartiers du nouveau Gabès. Lorsqu’elle reprend ses droits, l’histoire nous raconte qu’au Xe/XVIIe siècle les habitants ont abandonné leurs demeures pour aller s’installer aux abords de la palmeraie, créant ainsi de nouveaux noyaux urbains au tissu apparenté à l’urbanisme arabo-musulman: Jara, Menzel, Chénini... \n \nLe timide redressement du XIe/XVIIe siècle, conséquence d’une relative stabilité, est marqué par la rénovation ou l’édification de plusieurs monuments dans un style à la fois noble et sobre. L’architecture mouradite de Gabès se distingue par une austérité née du recours au gros appareil en pierre de taille qui orne les façades, et l’agencement discret des éléments architecturaux que rythment les voûtes, les coupoles et les arcs brisés et outrepassés, souvent supportés par des colonnes et des chapiteaux de réemploi, dans une scansion qui alterne les courbes et les droites.","extra":{"author":"Naceur Baklouti"}},"cb8ec515-f103-5516-96f7-db0e7ac64674":{"title":"SALEMI"},"cc4d4463-078c-5835-8e98-12aaae0a91a4":{"title":"NÉDROMA","description":"Capitale du massif des Traras, la petite ville de Nédroma, nichée au fond d’un joli cirque au pied d’une montagne, est un ancien village berbère appelé Fillaoucène, du nom de la montagne qui le surplombe, culminant à 1150 mètres ; la ville aurait pris son nouveau nom dès le IIIe/IXe siècle. Les illustres voyageurs qui l’ont traversée, tels Ibn Khaldoun, Léon l’Africain et al-Idrissi, ont abondamment décrit ses hautes murailles ainsi que ses jardins et vergers donnant toutes sortes de fruits grâce à l’abondance de l’eau. \nNédroma a vu naître Abdelmoumen, premier roi de la dynastie almohade qui supplanta l’Empire almoravide et régna sur l’Andalousie et le Maghreb de 541/1147 à 667/1269. \nAbdelmoumen ibn Ali, l’enfant de la tribu des Koumia, dont les Nédroma sont l’une des branches, dirigea trois campagnes majeures qui conduisirent à l’unification du Maghreb. C’est à cette époque qu’apparaît le premier cadastre de ces régions daté de 554/1159. \nPromue alors capitale de l’Empire, Nédroma a conservé jalousement, tout comme Tlemcen, l’histoire de son glorieux passé. \nQuelques pans de remparts et des tours crénelées sont encore visibles. Les neuf mosquées sont à visiter, particulièrement la Grande Mosquée et celle de Sidi Bouali. À Nédroma, tout comme à Tlemcen, l’art andalou est particulièrement présent et remarquable, dans l’architecture mais également dans la musique.","extra":{"author":"Author: Comité scientifique (Farida Benouis, Houria Chérid, Lakhdar Drias, Amine Semar)"}},"d1d218dc-ec8f-509d-a884-ab514bdbd6f5":{"title":"Nédroma","description":""},"d24a9da7-ba71-5502-b316-1dfdf1bb21bb":{"title":"CALATAYUD"},"d279bee3-f6b6-5f26-ba6d-68f7ae36fe97":{"title":"Alger, l'enceinte fortifiée","description":""},"d40e8ef4-4f29-5385-8aa9-7b8a217a82d8":{"title":"TAMERZA","description":"Tamerza s’accroche aux flancs d’un gigantesque canyon dans lequel se déversent d’abondantes chutes d’eau, vitales pour cette oasis de montagne. Son agriculture, et depuis peu ses activités touristiques, en dépendent. \n \nLe site de Tamerza, si bien protégé par la nature, serait celui de l’antique ad-Turres, ouvrage défensif romain et siège épiscopal à l’époque byzantine. L’histoire de Tamerza à l’époque musulmane nous reste inaccessible. Toutefois, les dimensions restreintes de ce village-oasis, sa structure et ses monuments nous autorisent à dire qu’il a vécu sur sa défensive. La rue principale, axiale, se coude à l’est et se termine par un passage couvert, un *sabat* obscur, où se greffe un dédale de chemins qui finissent par se disperser dans la montagne. Cet artifice avait pour but de leurrer l’ennemi et de le surprendre. Abandonnée pour un nouveau village, Tamerza se réduit de plus en plus à l’état de ruine. Le mausolée Sidi Touati nous montre que Tamerza avait ses particularités architecturales comme la Grande Mosquée, appelée aussi mosquée Sidi el- Abid, qui se trouve à l’extrémité est de la rue axiale de ce village.","extra":{"author":"Kadri Bouteraa, Ali Zouari"}},"d422ad3b-fdba-5e4a-bb6e-045b63f63553":{"title":"CATANE"},"d43e148a-b4da-5321-8531-c985d4bf377a":{"title":"Pèlerinage, Sciences et Soufisme. L'art islamique en Cisjordanie et à Gaza","description":"L'art islamique a connu en Palestine un essor spectaculaire malgré la modeste superficie du pays. La tradition artistique locale y a prospéré dans une grande diversité, enrichie par les influences hellénistiques, romaines et byzantines. Au carrefour entre l'Égypte et la Syrie, entre le Croissant fertile et la péninsule Arabique la situation géographique centrale de la Palestine a contribué au développement d’un art profondément marqué par les influences architecturales et artistiques des périodes ayyoubide et mamelouke des grands centres voisins que sont Le Caire, Damas ou Alep. \nL’art islamique en Palestine se décline le long de neuf circuits, en quantité de bâtiments religieux, commerçants et civils : mosquées, madrasas, zawiyas, caravansarays, hammams, souks... C'est ainsi que la Palestine possède le monument islamique le plus ancien et le plus important qui ait survécu jusqu'à nos jours: le Dôme du Rocher à Jérusalem, contribuant à faire de la ville trois fois sainte une des plus belles du Moyen Âge, mais aussi une des plus riches sur le plan religieux, culturel, social et artistique.","extra":{"introd_type":"other-intro#3"}},"d5980b14-163a-5a92-9654-477f32a924b8":{"title":"HONAÏNE","description":"Si la ville de Tlemcen est admirablement située en tant que carrefour est-ouest et nord-sud, peut-être serait-elle restée isolée sans Honaïne, son port naturel et son prolongement vers la mer. \n \nComptoir phénicien puis romain, Honaïne, vieux village berbère et port abrité par le cap Nouha, a joué un rôle commercial, et sans doute politique, considérable en ouvrant l’arrière-pays sur la Méditerranée et en s’établissant comme le port de Tlemcen, aboutissement de la route de l’or qui fit les beaux jours et le prestige de la dynastie des Zyanides. \n \nLa ville est signalée par nombre d’historiens pour sa forteresse et ses murailles, bâties au VIe/XIIe siècle, ouvertes par une monumentale porte, Bab al-Bahr (porte de la Mer) et surmontées d’un chemin de ronde entourant la Citadelle. Al-Bakri (Ve/XIe siècle) en parle comme d’un “bon mouillage très fréquenté par les navires”. La ville était également dotée d’un hammam et d’une mosquée. \n \nLe chemin est encore visible et la porte a été restaurée, mais il ne subsiste pratiquement plus rien du hammam et de la mosquée Abou al-Hassan. \n \nDévastée par les Espagnols en 940/1534, l’ancienne Honaïne possédait de célèbres remparts dominés par sept tours carrées, et percés de portes dont l’ornementation à base d’entrelacs floraux et de losanges ne se devine plus guère.","extra":{"author":"Author: Comité scientifique (Farida Benouis, Houria Chérid, Lakhdar Drias, Amine Semar)"}},"d72d7f6c-5efd-5faa-8482-7776b7e05887":{"title":"TÉBOURBA","description":"Tébourba est un autre centre morisque qui se situe près du site de l’ancienne Thuburbo Minus, à 35 km de Tunis, sur la rive gauche de la Medjerda. Elle est entourée de jardins et de beaux et vastes vergers d’oliviers ainsi que d’autres plantations. La culture de l’olivier sur le site a connu un grand développement grâce à l’établissement des Morisques. La médina présente un plan assez régulier: les rues se croisent de façon orthogonale; huit d’entre elles convergent vers la grande place rectangulaire qui constitue l’élément principal de la structure urbaine. Ce plan régulier témoigne d’un urbanisme réfléchi; la ville a été bâtie par les immigrés morisques vers 1018/1610. La place centrale, entourée par des mosquées, des fondouks et des commerces, est un élément structurel urbain d’origine hispanique. \nL’attachement de la population à ses origines était encore très fort aux XVIIe et XVIIIe siècles, comme l’atteste Ximenes, le religieux espagnol qui visita la ville en 1724; il nous révèle qu’une partie de la population a conservé, plus d’un siècle après son installation, la connaissance de la langue espagnole: “Juste après leur arrivée d’Espagne, ils avaient des écoles en notre langue”, nous dit-il. \nLa médina de Tébourba possède trois oratoires de quartier et une grande mosquée qui dateraient du XIe/XVIIe siècle. Elle comprend également plusieurs zaouïas édifiées à différentes époques. L’une des plus anciennes, celle de Sidi Thabet, remonterait à la première moitié du XIe/XVIIe siècle; elle a été rénovée, d’après une inscription, en 1112/1701.","extra":{"author":"Ahmed Saadaoui"}},"d7495e66-fc72-5a73-a0ac-485c333d8598":{"title":"GAFSA","description":"Gafsa, héritière de la Capsa romaine, a donné son nom à une civilisation qui a fleuri dans sa région, au néolithique. Située à un carrefour de passages naturels, elle a pu véhiculer les hommes entre le Tell et le Sahara et diriger les caravanes maghrébines, transitant par Tébessa et le Jérid, vers l’Egypte par Gabès. Grande et forte au IIe siècle, bien protégée par ses remparts, elle fut élevée au rang de municipe puis de colonie. Les Byzantins l’ont dotée de puissantes fortifications et ont fait d’elle une capitale de la Byzacène. Conquise définitivement par les Arabes en 78/698, elle a gardé pendant plus de deux siècles son aspect de ville antique et des traces de sa latinisation et de sa christianisation. \n \nLes chroniqueurs arabes du haut Moyen Âge sont unanimes à dire que ses remparts, construits en pierres, sont solides et bien conservés, et que ses rues sont dallées. El-Bekri au Ve/XIe siècle, plus précis, nous dit que Gafsa “était bâtie sur des portiques de marbre dont on a bouché les arcades avec de fortes cloisons construites de moellons”. Le *Kitab el-Istibsar*, dont l’auteur est inconnu, ajoute que Gafsa portait le nom de *haniyya*, sans doute à cause des arcades, *hanaya*, qu’elle avait. \n \nGafsa est restée, jusqu’aux alentours du VIe/XIIe siècle, une ville dynamique et prospère. Elle le devait à ses produits agricoles et artisanaux, ainsi qu’à son activité caravanière. Son oasis, ses champs et ses cultures, *mazrou‘at*, arrosés par les cours d’eau, les oueds, qui sont alimentés par les deux grandes sources: *el-‘Ayn el-Kebira et el-Tarmid*, jaillissantes à l’intérieur de la ville, et par l’oued Bayyach, produisait selon ces chroniqueurs des dattes aussi grosses que des oeufs de pigeons, des olives, des figues, des pommes, des raisins, des pistaches et d’autres fruits. Les pistaches, “aussi grosses que des amandes, meilleures que celles de *Bled el-Cham*”, la Syrie, étaient vendues dans toutes les régions de l’Ifriqiya et exportées vers l’Andalousie, Sijilmassa et l’Egypte. Plus élogieux, le *Kitab el-Istibsar* décrit avec précision ses sources d’eau et son oasis “où sont dispersés, ditil, 18 *manzil* appelés *qura’s*: hameaux”. Cette oasis était entourée d’un rempart, appelé Sour el-Ghaba, percé de quatre portes, *Abwab el-Durub*, surmontées de tours habitées. “A Gafsa, finit-il par ajouter, on fabrique des couvertures, des châles, des turbans de laine, des ustensiles en poterie fine, éclatante de blancheur, appelés *rihiyya*s, des verreries et des ustensiles exceptionnels et d’autres bien dorés. Ses habitants, conclut-il, sont aisés”. Pourtant Gafsa, qui d’après tous ces témoignages était riche, l’était sûrement moins que Tozeur. L’impôt que payait Gafsa, égal à 50 000 dinars selon el-Bekri, ne représentait que le quart de ce que payait Tozeur. \n \nGafsa va être durement éprouvée par des événements épisodiques brutaux, relatifs à ses choix politiques. Se sentant à l’abri par les distances qui l’éloignaient du pouvoir central et attachée à ses anciennes traditions d’obéissance à Kairouan, d’obédience abbasside, Gafsa ouvrait ses portes aux dissidents ou se déclarait indépendante, sous les impulsions de familles puissantes, à chaque moment d’affaiblissement du pouvoir central. Cette attitude lui occasionnait de dures représailles. \n \nSuite à l’effondrement ziride, elle s’est déclarée indépendante sous la bannière des Banou Rand en 566/1171, jusqu’au moment où le calife almohade Abou Ya‘coub les délogea en 575/1180. En 580/1185, elle ouvrait ses portes aux Majorquins Banou Ghaniya, en lutte contre les Almohades. El-Mansour la punit en 582/1187 en rasant ses remparts et en réduisant les propriétaires terriens en colons partiaires sur leurs propres terrains. En 795/1393, Abou el-Abbas, en réprimant une nouvelle révolte, dévasta sa palmeraie. Dans des moments de répit, les murs de Gafsa furent réédifiés, mais à nouveau détruits au début du IXe/XVe siècle. Elle fut alors dotée d’une nouvelle casbah, dont il ne reste d’ailleurs qu’- une partie. \n \nDurement éprouvée, Gafsa avait déjà perdu au VIIe/XIIIe siècle son éclat. El-Hamawi, au VIIe/XIIIe siècle, tout en copiant ses prédécesseurs quant à sa production agricole, précise qu’elle était une petite ville. Léon l’Africain, au Xe/XVIe siècle, s’il rappelait que la ville s’était repeuplée, ne manqua pas de relever la pauvreté des édifices, des habitants et l’insalubrité de l’endroit. \n \nMêlée aux événements inhérents aux instabilités de l’époque ottomane et victime d’exactions fiscales, Gafsa tomba encore plus dans le déclin. La ville et ses monuments furent encore plus touchés à l’époque coloniale par des rajouts et des transformations. Compacte, elle ne garde de ses anciennes splendeurs romaines et médiévales que les bassins de rassemblement des eaux, appelés improprement piscine romaine, des colonnes, des chapiteaux éparpillés dans les demeures et lieux de culte, et quelques mosquées. \n \nLa Grande Mosquée de Gafsa est excentrique, contrairement à la planification normative des médinas qui accorde à la Grande Mosquée une position centrale. Elle se trouve dans la partie sud de la ville, au voisinage des remparts qui n’existent plus. Le choix de placer la Grande Mosquée à côté des remparts sur un point élevé lui accordait le rôle d’une forteresse de contrôle et de défense, comme un *ribat*. C’était le cas, dans le Jérid, de la mosquée Sidi Mezhoud à Nefta et de la mosquée d’el-Ayyacha. \n \nLa mosquée originelle, probablement aghlabide, a connu des agrandissements dont le plus important eut lieu au début du IXe/XVe siècle. Il a englobé le passage qui séparait les remparts des constructions intérieures. Cette opportunité a permis de conserver un pan de remparts, incorporé à la mosquée et correspondant actuellement à son côté sud. Cet agrandissement est perceptible, car ses travées n’ont pas la même direction que celles de la partie ancienne. \n \nA la façade orientée à l’est est accolé un petit mausolée attribué obscurément à Sidi Sahib el-Waqt, dit le maître des heures. S’agissait-il du responsable qui, en utilisant le cadran solaire, déterminait les heures de l’appel à la prière ? \n \nLe minaret, qui copie maladroitement les minarets hafsides, est sans intérêt historique. Il a remplacé, après la Première Guerre mondiale, l’ancien minaret qui était, d’après la seule photographie qui est restée, de section octogonale et datant probablement de l’époque mouradite. \n \nL’époque ottomane nous a cependant légué quelques belles maisons: Dar el- Smaoui, Dar el-Longu, Dar el-Qaroui... Semblables à celles de Tunis, de Sfax et de Kairouan, elles sont dotées d’une *driba*, d’un patio et de plafonds peints. Ces maisons témoignent que Gafsa, comme ville intermédiaire, a été influencée par des familles immigrantes.","extra":{"author":"Kadri Bouteraa, Ali Zouari"}},"d7afbc00-831c-5e6e-941f-aef9ecd3213b":{"title":"IRBID","description":"Irbid, deuxième ville de Jordanie, est située au nord-ouest d’Amman, près de la frontière syrienne. Elle est voisine de Tell al-Rameith, l’antique Ramoth Gilead, située à l’est et célèbre pour son site archéologique du début de l’âge du bronze. Au nord de la ville moderne se trouve le *tell* d’Irbid, où l’on a découvert des tombes du début de l’âge du bronze, de la fin du bronze moyen et du début de l’âge du fer. Il s’élève à 578 m (au-dessus du niveau de la mer) avec, à l’origine, une surface d’environ 500 m sur 400 m de côté. Autrefois s’y élevait un imposant mur défensif d’une épaisseur de trois rangs de gros blocs de pierre basaltique roulée, dont l’édification remonte environ à 2 000 av. J.-C. L’alimentation en eau de la ville, qui comprend un canal souterrain, remonte aussi à cette époque. Ce système, réaménagé, est encore en service de nos jours. \nIrbid a été identifiée comme étant l’ancienne Abyla, une des villes de la Décapole, mais la seule mention historique du site se trouve dans l’Onomasticon d’Eusèbe, au début du IVe siècle (314-15). L’auteur byzantin situe Abyla en *Palestina Secunda*, aux confins de l’antique Judée et dans le territoire de Pella. \nIrbid devient célèbre sous son nom arabe d’Arbed pendant la période omeyyade, grâce à sa proximité avec Bayt Ras où Yazid II réside et meurt en 105/724. \nBayt Ras, au nord d’Irbid, était rattachée à cette cité dans l’Antiquité. Elle est mieux connue qu’Irbid, car elle a été identifiée plus tôt comme étant Capitolias, une autre ville de la Décapole. Elle n’est pas aussi ancienne, mais on y trouve des ruines gréco-romaines mieux préservées. La curiosité archéologique de la ville est son conduit d’eau, taillé à même la roche, qui se déverse dans un grand réservoir. Les vestiges d’une église byzantine dédiée à la Vierge Marie ont été exhumés à l’occasion de la construction d’une mosquée moderne. À côté de cette mosquée, des fouilles récentes ont permis de mettre au jour un souk de la période islamique à couverture en voûtes. Dans une sépulture de la fin de l’époque romaine, on a retrouvé des fresques en bon état illustrant la guerre de Troie et la victoire d’Achille sur Hector. Un des panneaux représente la création de l’Homme par Prométhée.","extra":{"author":"Fawzi Zayadine"}},"d8ba4563-4e7f-5b67-8ea6-eb1e8d1b63c0":{"title":"AGRIGENTE"},"dafc39e4-ee1d-521d-bf45-b02a3bf27169":{"title":"Le Maroc Andalou. À la découverte d'un Art de Vivre","description":"En parcourant l’itinéraire marocain, le visiteur va à la découverte d'un art islamique qui s’échelonne sur plus de cinq siècles, aux confins de la frontière occidentale du Maghreb et d’Al-Andalus. Ici, des dynasties successives ont façonné un art et une architecture qui se révèlent le long de huit sous-itinéraires, dans la splendeur des minarets, mosquées et madrasas. L’apport de l'architecture cordouane voisine et des modèles décoratifs andalous témoigne des interpénétrations continues qui ont fait émerger des sites et monuments prestigieux à Meknès, Fès, Chefchaouen, Tétouan et tant d’autres. À Rabat-Salé, les auteurs proposent la découverte d’un haut-lieu de l’itinéraire marocain. Tout comme ils ont tenté, à Fès par exemple, de recréer le style de vie à l’époque du Maroc andalou, en se mettant dans les pas d’un arisant, d’un étudiant ou d’un membre de la minorité juive.","extra":{"introd_type":"other-intro#3"}},"df3ffe4e-8add-523d-9e52-42be047d1aea":{"title":"DÉGUÈCHE","description":"Déguèche est l’altération du vocable Taqyus, qu’on appliquait sur quatre bourgades ou ksour, fortifiées de remparts. Il s’agit de: Déguèche, Ouled Majid, Kriz et Sdeda. “Ces ksours sont si proches l’un de l’autre, dit *Kitab el-Istibsar*, que leurs habitants peuvent se parler de leurs places”. El-Idrissi cite Taqyus comme une ville située entre el-Hamma et Gafsa, “belle ville, dit-il, bien peuplée. Elle produit le henné, le cumin, le carvi et divers légumes. Ses palmiers donnent d’excellents fruits”. Ses dattes de grande qualité restent encore aujourd’hui les plus appréciées en Tunisie et les plus demandées pour l’exportation. L’ancienne Déguèche est, avec el-Hamma, l’une des rares oasis qui utilisaient la pierre au lieu de la brique dans la construction. Ce matériau est extrait de carrières environnantes.","extra":{"author":"Kadri Bouteraa, Ali Zouari"}},"df8de2dc-6e2a-5fc3-8a3c-3a0eb453cafb":{"title":"BURSA"},"e0c4fc28-0eee-5420-a270-c8b492320838":{"title":"TIMIMOUN","description":"Plusieurs hôtels et campings accueillent des touristes, nombreux durant les fêtes de fin d’année et surtout lors de la célébration du Sbou’, le Mawlid Ennabaoui ou anniversaire de la naissance du prophète Muhammad. Il est conseillé d’effectuer la visite de ce circuit à cette occasion afin de profiter des manifestations rituelles et découvrir la pratique de *l’ahellil*. \n \nL’actuel centre urbain de Timimoun, de conception coloniale, n’a d’attrait particulier que par ses constructions d’argile rouge d’inspiration soudanaise, et particulièrement le vieux *ksar* ceint de murs en pisé et dominant la palmeraie.","extra":{"author":"Author: Comité scientifique (Farida Benouis, Houria Chérid, Lakhdar Drias, Amine Semar)"}},"e2af7f0b-9b0e-50ed-8a07-86d9f6ad72fc":{"title":"LA MARSA","description":"Au début du Xe/XVIe siècle, Léon l’Africain décrivit La Marsa comme “une petite ville ancienne, bâtie sur le bord de la mer. C’est là que se trouvait le port de Carthage. Elle fut ruinée jadis l’exet le demeura longtemps. Mais elle est aujourd’hui habitée par les pêcheurs, les cultivateurs et les blanchisseurs de toiles. Il existe près d’elle des palais royaux et des propriétés où le roi actuel a coutume de passer l’été”. Il s’agit des trois palais appelés *el-‘Abdelliya*, occupés par les Hafsides puis les Mouradites et les Husseinites. Au début du XIIIe/XIXe siècle, Mahmoud Bey (1229/1814- 1239/ 1824) édifia non loin de la Abdelliya le Dar el-Taj, agrandi et modernisé par le Bey Mohamed au milieu du XIIIe/XIXe siècle. Autour de cette résidence beylicale va se constituer un noyau urbain décrit par Charles Lallemand à la fin du XIXe siècle. “En traversant la cour du palais, écrit-il, on arrive dans une rue bordée de dépendances. Puis viennent des habitations privées et des fondouks où grouille une population juive. Une autre rue à droite conduit vers la mer (...). La rue principale aboutit à une place qui n’a de remarquable qu’un café étrange, le café de la Source du peuplier (*safsaf*). Ce café est divertissant avec un puits au milieu dont un dromadaire fait tourner le manège...” \n \nL’exemple des souverains fut suivi par les ministres et les dignitaires, et les jardins ponctués de *borj*s s’étendirent jusqu’aux collines de Gammarth. Les consuls, notamment ceux de France et de Grande-Bretagne, bénéficièrent du privilège d’avoir des résidences d’été, dans le voisinage des beys.Aujourd’hui, sous l’effet de l’urbanisation, seules subsistent quelques résidences tronquées de leur verger (Dar el-Sa‘ada, Seniet Ben Achour, Seniet Ismaïl Bey...). Quant au Dar el-Taj, il fut démoli dans les années 60, ainsi que le noyau urbain qui l’entourait. Seules furent épargnées la mosquée hafside, restaurée à la fin du XIXe siècle, le café Safsaf et quelques bâtiments tardifs. Placettes et parkings mettent en relation ce vieux noyau avec le quartier plus récent, développé autour de la gare et du café el-Hafsi.","extra":{"author":"Jamila Binous"}},"e3437a46-c0bf-5c98-99a9-5ce4e574046a":{"title":"Alger, les fortifications extérieures","description":""},"e9c64785-2332-51b6-9290-9358fe28b17f":{"title":"Tlemcen, Nédroma, berceaux zyanide et almohade","description":"Tout de blanc parée, construite sur un haut plateau bordé de falaises rougeâtres et cerné de verdure, Tlemcen, l’antique Pomaria (littéralement “les vergers”) des Romains, est encore cette ville arrosée d’eau et parsemée de beaux jardins. Grâce à la proximité de la mer qui atténue l’effet desséchant des plaines présahariennes, Tlemcen a gardé son charme, ombragée par ses cyprès, figuiers et oliviers centenaires, et autres orangers et grenadiers. \n \nCe site particulier est attesté comme foyer de peuplement dès 1000 avant J.-C. D’abord dénommée Agadir par les anciens Berbères (*agadir* : forteresse ou falaise selon les étymologies), c’est l’une des plus anciennes villesì du Maghreb. Carrefour important en tant que dernière cité avant les grandes étendues du Sud et ville d’accès vers l’Ouest et le Maroc, Tlemcen a suscité la convoitise des Romains, puis des premières dynasties berbères. Ralliées à l’islam, ces dernières allaient prendre tour à tour la vieille cité mythique pour capitale. \n \nAu Ier/VIIe siècle, l’islam et Abou el- Mouhadjir pénètrent dans Agadir, et Abou Qorra, chef d’obédience kharidjite, donc schismatique, y établit une royauté éphémère. À la fin du IIe/VIIIe siècle, les Idrissides construisent la première mosquée du Maghreb central. \nMais ce sont surtout les Almoravides, grands nomades sahariens partis des confins du désert, qui laisseront leur empreinte sur la ville. \n \nEn 471/1079, Tagrart, le campement militaire établi pour assiéger Agadir, deviendra la ville nouvelle, par opposition à Agadir l’ancienne. En fusionnant, Tagrart à l’ouest et Agadir à l’est formeront Tlemcen, “sources d’eau” en berbère. Mais les Almoravides, austères Sahariens, n’étaient pas des constructeurs, et à part la Grande Mosquée qu’ils ont tôt fait de bâtir, ils n’ont pas tout de suite contribué à la grandeur de la ville. Mais ils n’allaient pas s’arrêter à Tlemcen. Poursuivant leur conquête en Espagne, ils seront eux-mêmes conquis par le raffinement andalou et la douceur des villes de Grenade, Cordoue et Séville, d’où ils rapporteront vers Tlemcen ce nouvel art de vivre. Les premières constructions en briques rougeâtres des Almoravides se transforment alors en mosquées et palais raffinés, entourés d’agréables jardins, inaugurant ce qu’on s’appellerait plus tard l’art hispano-mauresque. “Le paradis de l’éternité, ô Tlemcéniens, ne se trouve que dans votre patrie et s’il m’était donné de choisir, je n’en voudrais d’autre que Tlemcen”, écrit Ibn Khefadja de Cordoue. Se développant rapidement, Tlemcen subira ensuite l’assaut des montagnards originaires du Maroc actuel, les Almohades, en 539/1145, puis passera sous la domination successivement des Abdalwadides et des Zyanides au VIIe/XIIIe siècle. \n \nDevenue ville royale, à l’instar de sa voisine de toujours, Fès la marocaine, considérée comme la capitale du royaume mérinide, Tlemcen connaîtra alors un nouveau développement, attirant artistes, lettrés et architectes. Vingt-sept rois de la dynastie des Zyanides s’y succèderont (633/1236 à 962/1555), ayant tous le souci de rendre leur ville encore plus belle. “C’est la ville des beaux cavaliers, de l’air et de l’eau”, dit d’elle un fameux poème arabe de l’époque. \n \nDevenue hafside après l’assaut des rois de Tunis, Tlemcen passera au Xe/XVIe siècle sous la suzeraineté du gouverneur espagnol d’Oran, puis sous la domination d’Aroudj Barberousse de la Régence d’Alger et enfin des Turcs en 960/1553. “Grande et royale cité”, disait d’elle Léon l’Africain au XVIe siècle, émerveillé par la civilité et le raffinement de ses habitants. “Tlemcen a sept murailles, sept enceintes et ses habitants ne dorment jamais”, répètent de leur côté les vieux citadins pour rappeler que de tout temps, la ville a été convoitée et s’est habituée à la menace. Ce sont donc autant de superpositions culturelles qui font Tlemcen, et depuis les vieux remparts romains ou berbères jusqu’aux mosquées contemporaines de celles de Grenade, la ville déroule le fil de son histoire. \nSi l’on tombe indéniablement sous le charme de Tlemcen, on ne peut s’empêcher d’admirer l’environnement qui a présidé à la construction de la ville. La région des Beni Snous est parsemée de villages nichés dans les montagnes, ou encaissés dans des vallées qui bruissent du son des cascades, ou encore isolés au milieu du plateau désertique du Mefrouch. Du haut de Tlemcen, d’où le panorama est sublime, on peut admirer la plaine de Hennaya, coupée par l’oued Tafna, et apercevoir la mer par beau temps. Au nord-ouest, le massif des Traras pointe ses pics du Fillaoucène, du Tadjera et du Sfyane. À l’ouest, la route de Fès, au Maroc voisin, est visible par une trouée naturelle. \n \nDe toutes les régions qui entourent le pays tlemcénien, c’est certainement la vallée des Beni Snous qui possède le cachet le plus particulier et les ressources touristiques les plus prometteuses. Vallée mystérieuse sortie du fond des âges, elle est située à 40 km de Tlemcen, allongée d’est en ouest sur une superficie d’environ 40 km qui s’étend entre Maghnia et Sebdou, entre le massif du Ténouchfi et la haute Tafna. Dans un cadre féerique où l’on ne peut faire un pas sans entendre le tonnerre des eaux gronder aux pieds des montagnes déchiquetées, l’ensemble Beni Snous comporte plusieurs villages alignés dans la vallée fertile : Zahra, Tafessera, Mghanine, el-Khemis, el-Kef, Beni Bahdel, Beni Achir, Sid el-Arbi, Beni Zidas, Mazzer et Beni Hagel. Réservoir historique de populations, la vallée des Beni Snous a fourni de nombreux savants, le plus connu étant un grand théologien, Essnoussi, ainsi que plusieurs rois berbères de la dynastie des Zyanides. \n \nCes populations Zénata qui parlent encore, en grande partie, la langue berbère, comme à el-Kef et à Sid el-Larbi, sont d’excellents agriculteurs et font de bons artisans. Les femmes sont connues pour la préparation d’huiles essentielles aux mille vertus. \n \nAttestée dès la période romaine, l’occupation de la vallée est très ancienne. Avec leurs vieux *ksour* qui constituent les centres de leurs villages, les Beni Snous ont gardé des traditions authentiques, dont la plus connue est la fête de Ennayer, Nouvel An de rite agraire toujours célébré par la population, et qui fait d’elle la dépositaire d’une antique culture berbère très spécifique. Également appelée Ayrad (le lion), cette fête, qui marque l’ouverture de l’année le 12 janvier, est une vieille coutume mettant en scène des lions qu’il faut nourrir symboliquement. La tradition étant observée ici mieux que partout ailleurs, cette fête accorde aux Beni Snous une facture culturelle très originale.","extra":{"introd_type":"ET-long#2","et_introduction":"IAM;dz;IV;en;1"}},"eb01170e-205c-5495-b0d9-1cf58404bca5":{"title":"Les Hammadides et la naissance des villes fortes au Maghreb central","description":"Après la fondation et la domination des royaumes kharidjites de Tahert et de Tlemcen au IIIe/IXe siècle sur le Maghreb central, celui-ci tombe sous les coups de la nouvelle force apparue dans la région, la dynastie fatimide, d’obédience chiite – du mot chiisme, ce schisme légitimiste, comme le kharidjisme, mais auquel il est opposé par son attachement strict aux descendants d’Ali, gendre du Prophète. À partir de 289/902, toutes les cités du Maghreb central tombent tour à tour aux mains des Fatimides qui s’installent, en 297/910, à Raqqada, la capitale aghlabide d’Ifriqiya. \n \nNéanmoins, une véritable résistance contre la doctrine chiite ne tarde pas à provoquer des soulèvements parmi les tribus berbères, tandis que d’autres restent fidèles aux Fatimides. Ainsi les Sanhadja, grande confrérie de tribus berbères islamisées du Maghreb central, qui, selon Ibn Khaldoun, “sont si nombreux que bien des personnes les \nregardent comme formant le tiers de toute la race berbère”, luttent aux côtés des Fatimides. Les Sanhadja se subdivisent en plusieurs branches, soixante-dix, parmi lesquelles les Talkata. Menad ibn Manqouch fut le premier chef qui les organisa et en assura l’autorité, mais c’est surtout son fils, Ziri ibn Menad, que l’histoire a retenu pour ses faits de guerre et sa loyauté envers les Fatimides. Lors de la grande révolte populaire d’Abou Yazid, “l’homme à l’âne”, fervent opposant aux chiites fatimides, ceux-ci ne durent leur salut qu’aux renforts que leur apporta Ziri à la tête de son armée de Sanhadja. En signe de reconnaissance, ce dernier fut alors autorisé par le calife fatimide à créer une ville. En 323/935, il choisira le site de la cité qui deviendra sa capitale, Achir, \ndans l’Atlas tellien dominant la steppe. \n \nAprès la mort de Ziri, c’est son fils, Bulughin ibn Ziri, qui reçoit le commandement du Maghreb central en vassal des Fatimides qui, ayant conquis l’Égypte, partent s’y installer et lui laissent le soin de gouverner en leur nom les territoires s’étendant sur le Maghreb central mais aussi sur l’Ifriqiya et la Tripolitaine : la dynastie ziride était créée. Bulughin eut sept successeurs : al-Mansour, Badis, al-Mouiz, Tamim, Yahia, Ali, al-Hassan. Partis s’installer en Ifriqiya en tant que successeurs des Fatimides, les Zirides avaient confié le commandement de la ville d’Achir à leurs cousins, les Beni Hammad. Ceux-ci, après une période de loyauté, marquent leur volonté d’autonomie en créant une nouvelle ville, rivale de celle d’Achir : la Qalaa des Beni Hammad. La ville est fondée en 397/1007 dans les monts du Hodna, près de la ville de M’sila, au sud-est d’Alger. Elle eut un grand rayonnement et ne tarda pas à éclipser sa rivale Achir en devenant la capitale de la dynastie hammadide, qui y éleva de nombreuses et importantes constructions : châteaux fortifiés, mosquées, plusieurs palais et un rempart de sept kilomètres. Elle fut un centre caravanier important. \n \nHammad ibn Bulughin, le fondateur de la cité et de la dynastie hammadide, eut huit successeurs : al-Qaid, al-Muhsin, Bulughin ben Mohammed, al-Mansour, al-Nasir (qui marqua l’apogée de la dynastie hammadide et de la ville de Béjaia), Badis, al-Aziz et Yahia. \n \nLa guerre ne tarda pas à se déclarer entre les cousins zirides d’Ifriqiya et hammadides du Maghreb central. La rupture eut lieu en 405/1015 et occasionna des luttes jusqu’en 433/1042, date à laquelle leurs descendants conclurent la paix qui vit alors l’ensemble des tribus berbères du Maghreb central et d’Ifriqiya passer sous la domination berbère sanhadjienne. \n \nCette période du Maghreb central est unanimement reconnue par les géographes de l’époque comme ayant connu une grande prospérité : agricole (blé, oliviers, vergers), artisanale (textile, cuivre) et commerciale, à l’abri des villes fortes d’Achir et de la Qalaa des Beni Hammad, “construites en bordure de plaines sur des terrasses élevées protégées par des pics ou des chaînes peu pénétrables, elles se posent en sentinelles face à l'ennemi\". \n \nAvec leurs palais et leurs mosquées, ces deux capitales, bientôt rejointes par Béjaia, participent au rayonnement de la région. Elles développeront une architecture locale qui inspirera durablement celle de villes prestigieuses comme Tlemcen ou al-Djazaïr, longtemps après elles. \n \nEn 439/1048, al-Mouiz, l’émir ziride, acquis au malékisme, école juridique religieuse opposée au chiisme, fait acte de rébellion à l’égard des Fatimides. Il proclame la suzeraineté du calife abbasside. Après la répudiation politique, la rupture religieuse est plus décisive : dans les mosquées, les chiites font l’objet d’anathème. La frappe d’une nouvelle monnaie permet également de se démarquer des anciens suzerains fatimides. \n \nEn représailles à cette rupture du lien de vassalité, le calife fatimide du Caire décide d’envoyer contre le Maghreb rebelle les tribus arabes des Beni Hilal et des Banu Solaym, originaires de la péninsule Arabique mais campant en Égypte où elles occasionnaient des troubles incessants. Elles apparaissent alors au Maghreb vers 442/1051 avec familles et \ntroupeaux. \n \nLe déferlement des Arabes nomades marque un tournant dans l’histoire de la région. Les Zirides assistent, impuissants, à la désagrégation de leur territoire, où Kairouan est ravagée. Réfugiés à Mahdia, ils se montrent incapables de lutter contre l’invasion. L’Ifriqiya est livrée à l’anarchie. Ses habitants s’enfuient à la Qalaa des Beni Hammad car les Hammadides se font, un temps, les alliés des nomades. Rapidement, le sultan hammadide al-Mansour doit leur payer un lourd tribut sur ses récoltes. Peu après, ils l’obligent à leur abandonner la ville. \n \nC’est à Béjaia que les Hammadides trouvent refuge lorsqu’ils quittent la Qalaa. Al-Nasir, en 459/1067, avait fondé la ville sur le site antique de Saldae. Il lui donne le nom de Nasiria, mais la ville garde son nom de Béjaia en référence à la tribu des Bgayet. \n \nLa ville de Béjaia gagne en importance tandis que la Qalaa décline avec le départ d’al-Nasir puis d’al-Mansour (483/1090) fuyant la pression exercée par les tribus des Beni Hilal et l’insécurité qu’elles faisaient régner. \n \nL’exode le plus important fut enregistré à la suite de la victoire, en 547/1152, des Almohades et d’Abdelmoumen ben Ali sur les Beni Hammad et l’écrasement de la Qalaa. Les populations s’éparpillèrent dans les localités voisines de Béjaia pour bénéficier de la protection directe du souverain almohade, et dans les montagnes du Djurdjura, des Bibans et des Babors, ainsi que dans la vallée. Béjaia elle-même n’échappe pas aux représailles du vainqueur almohade. Yahia, le dernier émir hammadide, est démis de son \ntrône et les personnalités connues pour leur attachement à l’ancienne dynastie sont expulsées vers Alger, Tunis et Constantine où elles trouvent refuge et emploi. La région connut, dans son ensemble, un bouleversement important, d’une part à cause de la disparition de nombreuses familles citadines aisées et célèbres par leur savoir ou leurs fonctions, et d’autre part à cause de l’implantation de nouveaux habitants dans les montagnes jusque-là relativement peu peuplées. \n \nLa constitution des trois royaumes maghrébins à la suite de l’effritement de l’empire almohade rendit à Béjaia, en certaines périodes, sa renommée de capitale intellectuelle, sa prospérité et sa puissance dans le Maghreb. Les guerres que se livrèrent les Hafsides, les Mérinides et les Abdalwadides entraînèrent le long siège d’Abou Hamou Moussa, sultan de Tlemcen. \n \nLa population citadine de Béjaia connut un autre bouleversement dans sa composition \nethnique lors de la prise de la ville par les Espagnols en 915/1509. Ceux-ci obligèrent toute la population à évacuer la ville afin d’appliquer la politique de Charles-Quint qui visait à la création de places fortes et de colonies peuplées uniquement de chrétiens. Les réfugiés andalous qui s’y étaient installés par vagues successives s’expatrièrent, une fois encore, vers Alger, Tunis, Constantine. La ville fut prise en 962/1555 par Salah Raïs et passa sous la bannière de l’empire ottoman.","extra":{"introd_type":"ET-long#2","et_introduction":"IAM;dz;II;en;1"}},"eb5af3cd-3b8e-5316-bac4-7ac2694f4cc6":{"title":"LE FAHS D’ALGER","description":"Le Fahs d’Alger correspond géographiquement aux collines vallonnées de la région du Sahel dont fait partie la colline d’Alger. Il s’étend sur les communes de Bir-Khadem, Hussein-Dey, Dely-Ibrahim, Bouzaréah, Birmandreis, el-Biar, Cheraga, et faisait partie de Dar al-Soltane, placé directement sous l’autorité du dey. \n \nLa proximité de la ville et la fertilité de son sol en font une zone de cultures intensives de vergers et de cultures maraîchères. Les terres sont bien entretenues et irriguées grâce à de nombreux travaux hydrauliques rendus possibles par la présence d’eau en abondance : puits, citernes, norias, sources captées et conduites d’eau auxquels il faut rajouter les nombreux aqueducs construits par les Andalous à leur arrivée dans la région. \n \nLa production est abondante et variée : figuiers, vignes, agrumes, légumes … De nombreuses descriptions témoignent de sa richesse. Ainsi le moine espagnol Fray Diego Haëdo écrivait en 1020/1612 à propos du Fahs : “Dès que l’on sort dans la campagne, la vue est très agréablement flattée par l’aspect de nombreuses vignes et jardins qui entourent la cité. De toutes parts on ne voit que des orangers, des citronniers, des cédratiers et des arbres de toutes espèces, puis une grande quantité de fleurs, surtout des roses qui fleurissent toute l’année au milieu de plantes potagères les plus variées”. \n \nOn ne peut exclure aussi la culture de plantes “industrielles” comme le lin, le chanvre ou le mûrier qui profitent à l’artisanat local : en 1032/1623, on dénombrait 3 000 tisserands, 600 éleveurs de vers à soie et 600 tissant la toile. Toutes ces cultures sont stimulées par l’approvisionnement des marchés d’Alger. \nOutre ces raisons liées à l’agriculture, dès le XIe/XVIIe siècle, de plus en plus de familles aisées s’installent sur les collines du Fahs. En effet, la conjoncture économique favorable due aux bénéfices tirés de la Course contribue à l’enrichissement de la classe des corsaires, des commerçants et de la caste militaire, créant ainsi une bourgeoisie de négoce. Ces riches familles prennent alors pour habitude de se faire construire des résidences d’été, échappant ainsi à la promiscuité générée par l’augmentation de la population citadine. Haëdo estime le nombre de ces villas à près de 1000. Le dey luimême se réserve un séjour où le luxe ne le cède en rien à la fonctionnalité de ces véritables “palais d’été” officiels avec salles de réception et salons d’apparat. \n \nIl est cependant difficile de dater précisément l’occupation du Fahs. Des fouilles archéologiques ont révélé la présence de domaines ruraux datant déjà de l’époque d’Icosium. Sans doute n’étaient-ils que de simples champs ou petites exploitations avant que les habitants de la médina n’aient l’idée d’y adjoindre un bâtiment d’habitation. \n \nD’un point de vue architectural, ces demeures répondent aux mêmes principes de construction que ceux de la maison citadine. On y distingue néanmoins deux types d’architecture. Le premier est celui de la transposition à l’identique du modèle citadin adapté à l’environnement rural : ne craignant pas l’indiscrétion du voisinage, les ouvertures sont plus nombreuses et plus larges, permettant de profiter de la campagne et des jardins inexistants dans la médina. On note aussi la réduction de la *sqifa*, rendue inutile par le jardin qui fait office de tampon avec l’extérieur. L’entrée, quant à elle, est plus nettement marquée par la présence d’avant-corps, d’avancées constituant un porche à colonnes précédant la porte d’entrée. \n \nDans le deuxième type, le classique ordonnancement régulier autour du patio est rompu par un agencement beaucoup plus libre de pavillons très aérés communiquant entre eux par des cours bordées de corps de bâtiments disposés en harmonie avec le jardin, comme c’est le cas à la villa du Bardo. À l’étage supérieur, le renfoncement ou *qbou* qui, dans la maison urbaine, fait face à la porte, prend ici des dimensions plus amples, devenant une vraie pièce carrée percée sur tous ses côtés de fenêtres, la transformant en véritable belvédère sur la campagne avoisinante. \n \nOn imagine à quel point a pu être forte l’admiration des voyageurs à la vue de ces vastes demeures agréablement nichées dans leurs écrins de verdure. Ainsi Théodore de Quatrebarbes décrit-il le paysage qui se présente à lui : “Des maisons blanches entourées de vergers, des oliviers, des figuiers énormes, des cyprès, des grenadiers, des vignes d’une beauté rare annoncent la richesse des habitants et la fertilité du sol. Ça et là, l’on distingue, au milieu des arbres, les dômes blanchis de petites chapelles : ce sont les tombeaux des pieux musulmans qui voulurent, suivant le principe du Prophète, qu’après leur mort, le voyageur fatigué pût se reposer sous le figuier qui ombrage leurs cendres, cueillir en paix ses fruits…” \n \nCes maisons nous renseignent non seulement sur l’existence d’une classe aisée dont le niveau de vie est proche de celui de la classe dirigeante, mais également sur les différents corps de métiers impliqués dans l’édification et l’entretien de ces demeures : maçons, charpentiers, esclaves… Nombreux étaient les captifs au service des maîtres de ces maisons, où ils connaissaient un sort plus enviable que celui des bagnards de la médina. \n \nLa profusion et la richesse des matériaux employés pour la décoration de ces demeures attestent l’existence de techniques artisanales sophistiquées : les stucs, marbres, boiseries, ferronneries, céramiques contribuent à l’élaboration d’un art islamique propre à la région. Certes, céramiques, colonnes et chapiteaux sont importés de Tunisie et d’Italie, mais les boiseries, les plafonds peints et sculptés, l’ameublement semblent être le fruit d’un artisanat local ancien qui atteste le degré de raffinement atteint par ces belles demeures du Fahs d’al-Djazaïr.","extra":{"author":"Author: Comité scientifique (Farida Benouis, Houria Chérid, Lakhdar Drias, Amine Semar)"}},"ebe00cf0-2621-533f-ba29-72f99688e2ec":{"title":"CEFALÙ"},"ecb04545-3b09-5d83-8ba2-b02e1345154e":{"title":"SIDI-BOU-SAÏD","description":"Ce lieu de retraite, dominant le Golfe de Carthage appelé ultérieurement Golfe de Tunis, aurait abrité au IIIe/IXe siècle un fortin situé à l’emplacement du fort actuel.Tels les *ribat*s, ce lieu était gardé par des *mourabitouns*. Abou Saïd el-Béji avait coutume de passer de pieuses retraites sur ce promontoire où il fut inhumé en 628/1231. Le voisinage de ce tombeau fut choisi comme lieu de sépulture, d’où la naissance d’une nécropole, dont on voit encore les vestiges. Au début du XIIe/XVIIIe, le bey Hussein Ben Ali fit construire une mosquée avec une entrée monumentale à grand escalier. Cette entrée constitue aujourd’hui le café des Nattes appelé aussi *Qahoua el- Alia* (le Café haut). Mahmoud Bey (1229/1814-1239/1824) y édifia sa demeure d’été, ce qui fit de Sidi-Bou-Saïd, le lieu de villégiature privilegié des notables de Tunis. Ici, point de *borj*s clairsemés dans de vastes parcs. La cause en est peut-être le caractère accidenté du relief ou le désir d’être le plus proche du saint Sidi-Bou-Saïd afin de bénéficier au mieux de sa “baraka” et de sa protection. Les maisons s’édifièrent en ordre continu, s’épaulant les unes les autres, selon l’organisation urbanistique des médinas. Le village s’est structuré le long d’un axe escarpé dont le point de départ se situe à la confluence des routes venant de Tunis et de la Marsa et dont l’aboutissement est à la mosquée. Des commerces quotidiens, transformés aujourd’hui en bazars touristiques, firent leur apparition le long de cette rue principale que les villageois appellent “souk”. Un deuxième pôle d’attraction fut créé dans les années 70, autour de la zaouïa de Sidi Cheb‘ane, un autre mystique, musicien et fin poète. Des agrandissements et aménagements de ce local ont abouti à un café ouvert sur le Golfe de Tunis, dont le djebel Bou Kornine constitue le fond. Dès le début du XXe siècle, séduits par la beauté du site, de nombreux artistes et esthètes étrangers élurent domicile sur cette colline. Le plus célèbre parmi eux fut le baron Rodolphe d’Erlanger. 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L’art manuélin est ainsi le fruit de cette rencontre de talents et de cultures diverses. \n \nLa floraison de cet art et de cette architecture, emblématiques du pays et du monarque qui leur a légué son nom, se veut le reflet du pouvoir et son meilleur moyen de communication. 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À la croisée de l’Orient ottoman, de l’Occident andalou et des apports autochtones, les expressions architecturales et artistiques y révéleront un syncrétisme spécifique. \nEn cette période d’avènement de l’islam en Méditerranée occidentale, le « Maghreb central », relativement éloigné du siège du pouvoir du califat, voit se développer des mouvements dissidents tels que le kharidjisme. L’émergence des imamats rostémides de Tahert, de Tlemcen et de Sédrata appuient une politique d’opposition aux centres du pouvoir que sont Damas puis Bagdad. Mais si une rupture politique s’entame, les relations culturelles -à travers l’art et l’architecture-, restent vivaces. En effet, l’art qui se développe dans ce contexte revêt des influences venues de l’Orient abbasside ou fatimide, mais aussi de la proche Andalousie. Aujourd’hui, en parcourant la région de Tlemcen, le visiteur y admirera les plus importants monuments d’art islamique en Algérie : mosquées, mausolées, palais, mais aussi musique, poésie et artisanat. Tout un patrimoine matériel et immatériel y est préservé autant dans les centres urbains que dans les petits villages de montagne des Beni Snous et des bords de mer. La ville d’Alger n’est pas en reste : désormais siège de la Régence ottomane, elle inaugure une ère de prospérité et de rayonnement qui durera tout au long des XVIe et XVIIe siècles.","extra":{"local_team":"**Comité scientifique et auteurs:** \nFarida Benouis \nHouria Chérid \nLakhdar Drias † \nAmine Semar \n \n*Avec des contributions de:* \nFarida Bakouri \nNedjma Serradj-Remili \n \n**Coordinateur local** \nBoussad Ouadi \n \n**Photographies** \nMusée national des antiquités et des arts islamiques","introd_type":"other-intro#3"}},"f5fe78dc-f363-5fb7-a9c3-58913f0bc018":{"title":"Constantine","description":""},"ffea8eaa-d5b6-5227-ac5a-413e7376d129":{"title":"Alger : De la médina des Beni Mazghenna à la capitale de la Régence ottomane","description":"Selon la tradition historique la plus crédible, le territoire qui correspond à l’Algérie dans l’Antiquité émergea de la préhistoire lorsque, vers le XIe siècle av. J.-C., y débarquèrent les Phéniciens, fameux navigateurs et commerçants de la côte syro-libanaise qui sillonnaient la Méditerranée. \n \nLe site d’Alger offrait, du côté de Bab al-Oued, une large plage abritée des vents d’ouest par l’avancée du massif de la Bouzaréah dans la mer, qui représentait un excellent mouillage pour les navires. De l’autre côté, la baie bien dégagée et ses quatre îlots proches du rivage offraient une position de repli idéale en cas d’attaque. \n \nEn 1940, la découverte archéologique d’un lot de 158 pièces de monnaie a révélé, gravé sur l’avers, le nom de ce comptoir, “Ikosim” (île aux Mouettes), tandis que la date de sa fondation, IVe siècle av. J.-C., fut attestée par la mise au jour de débris de céramiques retrouvés au fond d’un puits en 1952. \n \nAvant l’arrivée des Romains, Ikosim fait partie du royaume maure de Bocchus et de ses successeurs, puis, après la pénétration romaine, du royaume de Juba II, vassal de Rome pour, en 43 ap. J.-C., être rattachée à la province de Maurétanie césarienne, prenant, sous l’empereur Vespasien, le nom d’Icosium. \n \nElle est citée par Ammien Marcellin, dans sa relation de la révolte du prince berbère Firmus, qui mit la ville à sac en 371-372 avant de la restituer, avec tout le butin, au général Théodose, envoyé par Rome. \n \nCette révolte constitue un épisode du schisme donatiste qui a profondément marqué l’histoire du christianisme en Afrique et dont l’introduction à Icosium se situerait vers le IIIe ou IVe siècle. On connaît, en effet, au Ve siècle, trois de ses évêques, dont le plus célèbre, Crescens Episcopus Cositanus, participa à la conférence de Carthage en 411. \nÀ cette époque, la ville, entourée d’une muraille fortifiée, occupait la partie basse du site, îlots compris, jusque vers Bab al-Oued. Les restes d’une nécropole romaine y ont été retrouvés, ainsi que les emplacements d’un théâtre romain, d’une église, de maisons, d’édifices thermaux. Des vestiges d’égouts et de voies romaines, cardo et decumanus, ont aussi été exhumés. \n \nLes habitants d’Icosium vivaient des produits de l’agriculture et de l’élevage qu’ils tiraient des fertiles collines et plaines environnantes du Sahel et de la Mitidja. Ils fournissaient probablement du blé et de l’huile à Rome. \n \nL’invasion vandale, de 430 à 530, entraîne la destruction du rempart romain d’Icosium. Elle est suivie par l’occupation byzantine de 533 à 649. \n \nAprès cette date, la ville connaît une longue période de silence. Le site n’a plus porté qu’un habitat léger ou considérablement réduit pendant deux siècles et demi, jusqu’à sa refondation, dans la seconde moitié du IVe/Xe siècle, par un prince de la dynastie berbère ziride, Bulughin ibn Ziri. \n \nAprès la conquête arabe, à la fin du Ier/VIe siècle, le Maghreb central est devenu une province de l’Empire musulman. Les tribus berbères islamisées des Sanhadja du Maghreb central sont sous le commandement du prince berbère, Ziri ben Menad installé à Achir, sa capitale, située près de Médéa. Son fils, Bulughin, grand guerrier, fonde trois villes sur un axe stratégique les reliant à Achir : Médéa, Miliana et Djazaïr Beni-Mezghenna, l’Alger actuelle. Il donnera ce nom à la ville en référence aux îlots tout proches (Djazaïr, “les îles” en arabe) et à la tribu des Beni-Mezghenna, de la confédération des Sanhadja, qui y vivait sur les vestiges d’Icosium. \n \nLa ville est ressuscitée et se reconstruit à partir des matériaux provenant de ses propres ruines. Ibn Khaldoun situe sa refondation et son repeuplement autour de 338-348/950-960. La muraille antique est renforcée ou reconstruite ; le tracé de la ville reprend les principales voies romaines, bien que rétrécies et obéissant plus ou moins au plan orthogonal propre aux Romains. \n \nC’est par les géographes et voyageurs de l’époque que nous sommes renseignés sur la vie économique, essentiellement agraire, de Djazaïr Beni-Mezghenna. Ibn Hawqal, le premier, met l’accent sur les activités du port, parle d’exportations “de beurre, miel, figues et autres fruits”. Au Ve/XIe siècle, al-Bakri parle de relations importantes avec la côte espagnole, et au VIe/XIIe, al-Idrissi évoque un “commerce florissant”, qui s’est étendu au froment, à l’orge et au bétail. Au VIIe/XIIIe, al-Djazaïr est signalée sur les cartes géographiques, signe de l’importance prise par le port et la ville qui échangent “peaux, laine, huile contre draps et tissus européens”. \n \nDe nombreux bazars, le long de trois ou quatre rues principales aux activités spécialisées, constituent le premier noyau commercial et urbain qui va se développer au fil des siècles. \n \nLa vie religieuse se concentre autour de deux établissements principaux, encore debout aujourd’hui : la Grande Mosquée, construite sous la dynastie berbère des Almoravides, en 490/1097, et la mosquée Sidi-Ramdane avec sa *madrasa* (école). \n \nDe cette époque date le premier système défensif de la ville. Si, aux IVe/Xe et Ve/XIe siècles, les îlots servent encore de refuge, au IXe/XVe siècle, Léon l’Africain, peu avant l’arrivée des Ottomans, peut parler de “murailles très belles et très solides faites de grosses pierres”. \n \nOn signale déjà, dans le mur d’enceinte, les quatre portes que l’on retrouvera sous les Ottomans, à l’exception de Bab al-Djadid, ajoutée ultérieurement. L’ancienne Citadelle surplombant la médina, al-Qasba al-Qadima, se trouvait trois cents mètres plus bas que l’actuelle. Elle remonterait à la dynastie almohade (544-647/1150-1250), connue pour son architecture militaire. \n \nDe nombreuses sources d’eau ont permis la construction de hammams, généralement accolés aux mosquées, comme Hammam Sidna, que l’on peut encore voir aujourd’hui. \nLes habitations, quant à elles, commencent à gravir les premières pentes du site, se répartissant de part et d’autre des dépressions causées par le ruissellement des eaux de pluie qui servaient de lieux de passage. \n \nSur le plan politico-militaire, l’histoire de la ville va rejoindre celle du Maghreb central. \nDeux dynasties berbères réussiront de courtes tentatives d’unification territoriale. Les Almoravides, partis du Maghreb extrême, se rendront maîtres, sous la conduite de leur chef, Youssef ibn Tachfin, d’un immense empire englobant tout le Maghreb et l’Espagne. Alger tombera en 474/1082. Les Almohades, avec à leur tête Abdelmoumen, reprendront toutes les possessions des Almoravides, dont Alger à partir de 546/1152 et jusque vers le milieu du VIIe/XIIIe siècle. \n \nLes trois dynasties suivantes, les Hafsides de Tunis, les Abdalwadides de Tlemcen et les Mérinides de Fès, verront leur pouvoir s’affaiblir progressivement, au détriment les unes des autres, leurs territoires s’amputant respectivement. La ville subit les vicissitudes de ces querelles et des occupations diverses. \n \nÀ partir de 909/1504, les offensives espagnoles et portugaises, véritable croisade africaine, se renforcent, menant à l’occupation des ports maghrébins aménagés en places fortes avec garnisons. Oran est livrée en 914/1509, Béjaia, berceau de la piraterie, tombe en 915/1510. \n \nAprès la prise de cette ville, les gouvernants d’al-Djazaïr se hâtent d’y envoyer une délégation pour faire acte de soumission au souverain espagnol. Celui-ci impose au sultan de la ville, le cheikh Salim Toumi, de lui livrer un des îlots du port sur lequel il édifie la forteresse du Peñon (le rocher) chargée de contrôler les mouvements des navires et de surveiller la ville. En 921/1516, après la mort de Ferdinand de Castille, les notables d’al-Djazaïr se considèrent comme libérés de leur serment à l’égard du nouveau souverain espagnol et font appel aux frères Barberousse. \n \nCes corsaires, originaires de l’île de Metelin (Lesbos), s’étaient rendus célèbres en aidant les Andalous qui fuyaient l’Inquisition espagnole à rejoindre les villes du littoral maghrébin pour y trouver refuge. C’est à ce titre de champions de l’islam contre la chrétienté que les habitants d’al-Djazaïr firent appel à eux pour les délivrer de l’emprise espagnole. \n \nLa première tentative d’Aroudj, un des deux frères Barberousse, pour reprendre le Peñon est un échec. Transgressant les accords avec les notables d’al-Djazaïr, il fait assassiner leur chef et se proclame sultan de la ville. Appelé à intervenir à Tlemcen, il est battu et tué en 923/1518 après s’être emparé des villes du Maghreb central, laissant à son frère, Khair-Eddine, le noyau d’un empire. \n \nCelui-ci prend sa suite, mais l’ère des initiatives individuelles est révolue. Il recherchera la protection du sultan de l’Empire musulman turc, Sélim Ier, qui accepte avec empressement, lui envoie 6000 hommes avec artillerie et lui octroie le titre de pacha et de beylerbey. Al-Djazaïr devient la première ville vassale de l’Empire ottoman au Maghreb, la Régence. \n \nAvec l’avènement de la Régence ottomane d’Alger par Khair-Eddine, les bases d’une nouvelle organisation sont posées. État-gendarme, doté d’une sorte de constitution militaire, ses structures politiques et administratives ne varieront que très peu jusqu’en 1830. Au sommet, se trouvent les beylerbeys jusqu’en 994/1586, puis les pachas triennaux jusqu’en 1069/1659 (trente pachas), les aghas jusqu’en 1081/1671, puis les deys jusqu’en 1232/1817. Ils sont assistés par un Conseil ou Diwan, formés d’officiers ou dignitaires de l’armée, dont les membres sont désignés par eux. La région d’Alger est sous l’autorité directe du dey : c’est le Dar al-Soltane. Le pays est divisé en trois provinces ou beyliks, beylik d’Oran à l’ouest, de Médéa au centre et de Constantine à l’est, avec à leurs têtes, un bey nommé par le dey. \n \nLes deux autres forces de la Régence sont la milice militaire des janissaires ou Odjak, et la confédération des corsaires ou Taïfa des Raïs. Ils sont tous deux les soutiens du nouvel État. \n \nÊtre janissaire était un grand honneur. Ils bénéficiaient de nombreux avantages, achetant leurs produits alimentaires à des tarifs inférieurs à celui fixé pour la population. \nIls logeaient dans huit casernes construites sur le type de la maison traditionnelle. Ils accomplissaient leur service selon le rythme de la vie en garnison, puis dans des camps mobiles pour collecter les impôts. Ils représentaient le pilier essentiel du pouvoir, ne souffrant pas le moindre retard dans le paiement de leurs soldes, se révoltant fréquemment et n’hésitant pas à recourir à la plus grande violence. \n \nLa Taïfa des Raïs constitue le troisième pouvoir. Le port d’al-Djazaïr était déjà anciennement un repaire propice aux navires corsaires musulmans. Il comptait parmi les places où les prieurs de l’ordre de la Merci rachetaient, depuis le VIe/XIIe siècle, les captifs chrétiens pris lors des combats. Ibn Khaldoun écrivait déjà en parlant des premiers corsaires : “Ces guerriers vont faire des descentes sur les côtes et îles habitées par les Francs, ils y arrivent à l’improviste et enlèvent tout ce qui leur tombe sous la main. Ils attaquent aussi les navires des Infidèles, rentrent chez eux chargés de butin et de prisonniers. De cette manière, les ports se remplissent de captifs : les rues retentissent du bruit de leurs chaînes.” \n \nAl-Djazaïr n’est pas la seule ville de course en Méditerranée. Surtout, celleci n’est pas une invention musulmane ou algéroise. C’est une pratique courante en Méditerranée, créée par les Européens eux-mêmes : Rhodes, puis Malte avec les Chevaliers de Saint-Jean, La Valette, Palerme, Messine poursuivaient et rançonnaient les bateaux musulmans au nom de la religion. Les Raïs combattaient, au nom de l’État, pour protéger les navires musulmans et en particulier ceux des Andalous expulsés d’Andalousie. En 935/1529, Khair-Eddine réussira à débarrasser les Algérois des Espagnols installés dans la forteresse du Peñon, “cette épine plantée dans leur coeur”. Il commence à aménager le port par la construction, à partir des matériaux du Peñon détruit, d’une jetée reliant la ville aux îlots. Cet abri sûr derrière ce môle va doter la ville du port qui fera sa notoriété. \n \nAlger devient alors la cible privilégiée des attaques espagnoles. En 947/1541, Charles-Quint, irrité par les incursions des redoutables corsaires d’al-Djazaïr, se présente à l’embouchure de l’oued al-Harrach, non loin de la ville, avec 516 navires et 40000 hommes. En raison d’une violente tempête, l’opération tourne au désastre et les Espagnols perdent le tiers de leurs moyens matériels et humains. \n \nLes bénéfices de la Course réalisés par les Raïs, chefs corsaires, sont considérables et la ville entière en vit. “Tout Alger”, note H. de Grammont, qui séjourne dans cette ville, “se mêlait à la Course. Les grands étaient armateurs, les petits marchands et les baldis \\[citadins\\] se cotisaient pour acheter et équiper un navire ; les femmes elles-mêmes vendaient leurs bijoux pour prendre part à cette fructueuse opération”. \n \nHaëdo raconte : “La société des corsaires où figuraient de nombreux renégats, c’est-à-dire des chrétiens convertis, les Turcs de profession”, était caractérisée par son cosmopolitisme où Turcs et Kouloughlis (descendant de père turc et de mère autochtone) côtoient les Maures réfugiés d’al-Andalus, des juifs, des chrétiens, des Arabes et des Berbères autochtones, attirés par la manne corsaire. \n \nLe XIe/XVIIe siècle apparaît comme l’âge d’or des corsaires algérois, de gloire et de prospérité pour Alger, ville-État invincible. Les nombreuses expéditions punitives contre Alger échouent. \n \nLa supériorité des corsaires d’Alger sur les navires chrétiens vient, d’après Haëdo, de l’adaptation des galères, galiotes et brigantins à la guerre de course et surtout à l’entraînement et à la discipline impitoyable des chiourmes. Équipés de navires plus grands et plus rapides, et surtout des fameux “vaisseaux ronds”, les Raïs ne se contentent pas de la Méditerranée. Ils franchissent le détroit de Gibraltar et mènent des incursions jusqu’en Angleterre et en Islande. En 1024/1616, Mourad Raïs en ramena un riche butin et 400 captifs. Pendant la guerre contre la France (1039-1043/1630-1634), les corsaires algériens s’emparent de 80 navires et font plus de 1300 captifs. \n \nAlger, dans cette conjoncture, devient une grande métropole méditerranéenne dont la population dépasse les cent mille habitants, sans compter les milliers de captifs. On en a compté jusqu’à vingt-cinq mille. La ville s’agrandit, se dote de nombreuses mosquées et de maisons de maître, particulièrement dans son Fahs ou campagne alentour, dans lesquelles l’ameublement et la décoration constituent un véritable patchwork : faïences de Delft, marbres d’Italie, verreries de Bohême, glaces de Venise, pendules d’Angleterre, mais aussi les armes, les tapis et cuivres locaux, ainsi que les broderies de soie sur étamine ou toile.","extra":{"introd_type":"ET-long#2","et_introduction":"IAM;dz;III;en;1"}}}
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